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coin Caratini I César

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LA PHRASE

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Oscar Wilde

coin Caratini I César

 

Bienvenue dans le "coin Caratini". Roger Caratini (1924-2009) a écrit plusieurs biographies à la fois romancées et érudites sur César et ceux qui lui ont succédé...

Ecrivain, encyclopédiste, historien compilateur (il ne travaille pas à partir des sources historiques mais à partir de biographies et de travaux universitaires déjà existants), Roger Caratini a procédé à un extraordinaire travail de vulgarisation des connaissances. On le compare parfois à Pic de la Mirandole.

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  • JULES CESAR, Roger Caratini, 1997 (I et II), 1998 (III).


Trilogie romancée biographique de vulgarisation, bien documentée et passionnante. Mon compte-rendu suit fidèlement la division en chapitres -progression chronologique- pour chacun des trois volumes.

 


 

 

 

 

 

 

 

I Rome, ville à vendre!

 

 

  1. Le premier volume de cette trilogie biographique romancée s'ouvre sur la naissance de César le 13 juillet -101 dans une maison particulière du quartier populaire de Subure: celle de la famille Julius dont on nous rappelle les origines divines et royales.  César serait un lointain descendant de ...Vénus en personne ( Ascagne, devenu Iule, fils d'Enée et petit-fils d'Anchise et de Vénus selon la légende). Le surnom de Caius, qu'on prend souvent pour son nom de famille quand on fait de Julius l'équivalent du prénom Jules, trouverait deux explications : l'un de ses ascendants serait né par césarienne...ou bien un sien ancêtre aurait tué un éléphant carthaginois lors des guerres contre Hannibal ce qui lui aurait valu le surnom de "Julius l'éléphant" car caesar aurait été le mot carthaginois pour "éléphant".
  2. Neveu de Marius -général victorieux devenu consul à plusieurs reprises, leader incontesté du parti populaire- César nait  non pas dans une villa située sur l'une des sept collines, mais bel et bien au pied de celles-ci, au coeur de Subure. Le deuxième chapitre propose une visite de Rome et insiste sur la corruption qui y règne à tel point que Jugurtha lui-même, roi numide finalement vaincu par Marius, aurait dit de Rome qu'elle était une "Ville à vendre": cette expression, qu'il aurait utilisée après avoir acheté les généraux qui devaient le combattre, et des juges qui devaient le juger, est celle que Caratini a retenue comme titre du premier volume de sa trilogie.
  3. L'enfance de César (101-91) est marquée par une sollicitude bienveillante de la part des femmes qui l'entourent et par une éducation qui s'attache d'abord à l'essentiel: une connaissance de la légende troyenne (et donc du mythe familial!), jouer à l'écart des enfants de Subure, lire, écrire, et compter...Son précepteur Gniphon s'occupe du mens sana de son élève en lui apprenant la grammaire et la rhétorique, quand Marius se préoccupe lui du corpus sanum de son neveu. César ira au Champ de Mars une fois par semaine pour apprendre aussi la gymnastique, le maniement des armes, l'équitation le combat et la natation. César récite des passages entiers de L'Odyssée à Gniphon, quand son oncle Marius lui explique l'art d'assiéger une place, de livrer une bataille en pleine campagne et lui enseigne l'amour du peuple... La politique plait beaucoup à César, surtout quand sa tante Julie en parle avec tant de véhémence, pour dénoncer "ces bandits qui nous gouvernent" et qui défendent leurs privilèges aux dépens des alliés de Rome. "Rome aux Romains"?...
  4.  Le 10 novembre 662 de Rome (i.e. -91 pour nous..), un cousin du père de César est élu consul. César se rend au Champ de Mars avec son père après s'être préparé, pour assister à l'élection des consuls. Vêtu de sa toge prétexte (grand morceau de tissu en laine blanche, bordé d'une large bande de pourpre) comme tous les enfants de moins de seize ans, la bulle d'or (bulla aurea, signe d'appartenance à la noblesse) autour du cou, César apprend le fonctionnement électoral romain (centurie, tribu, classes) et perçoit combien la citoyenneté romaine est difficile à obtenir: avoir plus de 16 ans, n'être ni esclave, ni affranchi, ni allié mais bien romain -et pas romaine. Il comprend aussi le rôle quinquennal des censeurs -chargés du recensement. Les citoyens romains doivent faire leur service militaire et payer leurs impôts.
  5. César s'intéresse de  près au déroulement de la guerre sociale, ou guerre des alliés de Rome qui se comporte comme une puissance coloniale, prédatrice et peu soucieuse de donner les mêmes droits à ses alliés quand ceux-ci ont les mêmes devoirs...Les alliés choisissent la cité de Corfinium -qu'ils ont débaptisée et appelée Italia- comme capitale. La guerre sociale n'est pas encore finie que Rome entreprend une expédition difficile contre Mithridate, roi du Pont (Pontus = la haute mer, la mer Noire pour les Romains). C'est dans ce contexte que s'opposent deux figures antagonistes de la vie politique d'alors: Marius et Sylla. Ce dernier marche sur Rome avec ses légions et fait déclarer "ennemis de l'Etat" les chefs populaires. Marius s'enfuit et se réfugie dans l'île de Djerba. Sylla fait voter des lois constitutionnelles qui ôtent le pouvoir législatif à l'assemblée du peuple et le restituent au Sénat, avant de s'en aller en Orient pour combattre Mithridate.
  6.  Marius profite de l'éloignement de Sylla et des déchirements  intestins à Rome(Cinna, consul déchu par le parti sénatorial) pour lever une armée d'alliés et de vétérans: il marche sur Rome qu'il assiège: il sait bien que les guerriers qu'on achète vous trahissent toujours et se vendent au plus offrant, tandis que ceux auxquels on a donné la liberté vous restent fidèles, à la vie et à la mort. Une épidémie de peste éclate dans Rome qui manque de nourriture. Les alliés de Sylla à Rome se détournent de lui et cèdent: Marius et Cinna entrent dans Rome. Marius -qui avait été banni- se venge contre le parti sénatorial, fait couler le sang et régner la terreur. Sylla est déclaré ennemi public. Cinna et Marius, élus consuls, sont intronisés en grande pompe le 1er janvier -86. Dans le même temps, la nouvelle parvient à Rome des premières victoires de Sylla sur Mithridate. Marius meurt le 17 janvier -86.
  7. Après les obsèques de Marius sur l'Aventin -lieu symbolique pour cet homme du peuple qui y avait acheté un tombeau- Rome connait deux années de paix (-86; -84). César revêt la toge virile à l'aube de ses seize ans et quitte sa bulle d'or comme sa toge prétexte au cours de la cérémonie traditionnelle. Son père mort, il devient le paterfamilias et décide d'épouser Cornélie, fille du consul Cinna, assassiné quelques jours avant le mariage. C'est que Sylla fait voile vers Rome... César, alors qu'il était sur le point de devenir flamine de Jupiter (les flamines des dieux tutélaires de Rome -Jupiter, Minerve et Junon- étaient des prêtres chargés d'allumer le feu des sacrifices offerts aux trois dieux tutélaires de Rome), jeune marié, devient père...d'une petite Julia!
  8.  Sylla, victorieux du roi Mithridate, revient à Rome, désireux de se venger: il débarque à Brindes (-83) où il est rallié par deux puissants Romains, Metellus et le jeune Pompée. En trois mois, ils sont devant Rome dans laquelle ils n'entreront que plus tard. Sylla et Metellus s'autoproclament proconsuls et plongent Rome dans un bain de sang : c'est le règne des proscriptions. César ne fait pas partie de la liste des proscrits et cherche à pousser son avantage en demandant la date de son investiture officielle au collège des flamines. Sylla lui demande, comme gage de fidélité, de répudier Cornélie (fille de Cinna) et d'épouser une autre femme...ce que refuse César, qui prend la fuite avant même d'apprendre que son nom figure sur la liste des proscrits. Engagé  comme officier d'état-major auprès du général Minucius Thermus, César s'en va en Bithynie, où le roi Nicomède a promis sa flotte à son alliée, Rome.
  9. L'ambassadeur de Rome auprès de Nicomède devient pendant plusieurs nuits la femme du roi de Bithynie. Pour enrichir son vocabulaire latin, on se réfèrera utilement à ce passage où l'on nous parle de leurs ébats: te paedico, irruo...Caratini de rappeler que le scandale ultérieur viendra moins de la relation homosexuelle (interdite certes entre citoyens romains mais pas entre un citoyen et un esclave,  un affranchi ou un étranger) que du rôle joué par César dans la relation, de la publicité de celle-ci et de la confusion des genres...César n'en remplit pas moins sa ..mission et obtient la flotte promise pour assiéger Mytilène qui sera prise. César décide de rester dans la région: il s'initie à l'administration d'une province, trouve du plaisir à retourner de temps en temps en Bithynie, et reste surtout éloigné de Rome. Mais une fois que la nouvelle de la mort de Sylla lui parvient (-78), il s'en retourne à Rome retrouver les siens.
  10.  César observe l'échec prévisible de Lépide : consul opportuniste, élu en -78, il s'attire les faveurs du peuple pour avoir fait voter des distributions gratuites de blé à tous les nécessiteux de Rome, pour avoir promis de rappeler tous les proscrits et de leur rendre les biens qu'on leur avait confisqués, Lépide marche sur Rome mais se heurte à Pompée, général doté des pleins pouvoirs. César, quant à lui, fait preuve de plus de prudence: la "reine de Bithynie", le "mari de toutes les femmes et la femme de tous les hommes" préfère attendre car la situation politique ne lui est pas favorable. Pour se refaire un nom, il intente successivement deux actions judiciaires contre des prévaricateurs (Dolabella, ancien gouverneur de Macédoine puis Caïus Antonius Hybrida, chef de la cavalerie romaine dans la guerre contre Mithridate) qui finissent par l'emporter. César n'est plus cependant seulement un coureur de jupons, un noceur, un grand chasseur de femmes mariées...
  11.  Nicomède mort (-75), une nouvelle guerre entre Rome et Mithridate se prépare car le fidèle allié de Rome lui lègue son royaume quand son voisin voudrait bien l'annexer. César s'embarque pour la Bythinie, s'éloignant ainsi de Rome, de Dolabella et de ses créanciers. Après s'être enrichi sur le dos de pirates qu'il fait châtier, César s'apprête à livrer bataille contre Mithridate quand une nouvelle le rappelle à Rome: il est appelé à entrer dans le collège des pontifes...grâce aux manoeuvres de sa mère qui le ramène ainsi auprès d'elle.
  12.  César a 28 ans quand il devient pontife (développement sur la religion à Rome) : il s'agit d'une dignité religieuse qu'il cumule rapidement avec le tribunat militaire (il est élu en -72), propédeutique à la carrière des honneurs qu'il ne pourra commencer qu'à l'âge de trente ans...
  13.  Trois fronts simultanés préoccupent Rome: l'Orient, l'Espagne, la Campanie et le Sud de l'Italie (révolte [-73]du mirmillon Spartacus, qui entraine avec lui nombre de compagnons puis nombre d'esclaves dans une rébellion contre Rome). Le riche Crassus, nommé pour la circonstance proconsul, écrase les rebelles après les avoir enfermés dans la botte italienne: les survivants sont exécutés (-71) , exceptés 6000 prisonniers qui sont crucifiés vivants sur la route de Rome, tout au long de la via Latina, une croix étant dressée tous les cinquante mètres. Il aura droit pour cela à une ovatio, cérémonie modeste au cours de laquelle le général vainqueur défile à pied ou à cheval, et non pas sur un char; Pompée en revanche, qui de retour d'une Espagne qu'il a "pacifiée", prétend avoir "coupé les racines du mal" quand Crassus se serait contenté de l'avoir vaincu en matant Spartacus, Pompée le Grand, a doit à un triumphus, cérémonie exceptionnelle en l'honneur d'un général vainqueur qui défile sur son char. Tous deux sont élus consuls pour l'année -70. César observe tout cela et s'attend à ce que les consuls ne s'entendent pas. Les tribuns de la plèbe quant à eux retrouvent des droits que Sylla leur avait confisqués (droit d'intercessio, initiative des lois et des plébiscites, droits judiciaires d'accuser et de faire juger un citoyen): la justice est alors un peu moins injuste, les sénateurs n'étant plus les seuls détenteurs du pouvoir judiciaire.
  14. César se présente à la questure et est élu questeur de Bétique (Andalousie) quand il aurait préféré être questeur urbain. Il s'y ennuie et rentre à Rome où sa tante Julie, puis sa femme Cornélie (qui n'avait que trente ans) meurent tour à tour. Il obtient du Grand Pontife de prononcer alors deux oraisons funèbres aux dimensions évidemment politiques qui le mettent en scène, comme l'héritier notamment de Marius, dont on promène pour la première fois depuis sa mort le masque dans les rues de Rome.
  15.  Ancien questeur, César décide de se faire inscrire sur la liste des sénateurs (inscription de droit pour les anciens magistrats comme pour les magistrats). Sénateur piéton, comme 300 de ses collègues, il découvre qu'il doit rester debout quand les sénateurs curules ont le droit de ...siéger. Le siège curule -tabouret pliant et confortable, transportable en tous lieux- est accordé à titre honorifique aux consuls, aux préteurs et à certains édiles, les édiles curules. Il soutient le projet de loi du tribun de la plèbe Gabinius: la loi Gabinia accorde à Pompée le commandement suprême sur la mer qui devient pour les Romains, une fois nettoyée de ses pirates, Mare nostrum. (-67) César, veuf depuis un an, épouse Pompéia (fille d'un homonyme de Pompée) ..qui le fera cocu et qu'il répudiera!
  16. César est élu édile curule, et devient le conseiller politique du riche Crassus: en tant qu'édile, il est amené à contrôler toutes les manifestations qui pourront avoir lieu dans la Ville, ainsi que la police.
  17.  Crassus fomente un coup d'Etat audacieux pour rétablir ses amis Cornélius et Autronius, dont l'élection comme consuls a été annulée pour non respect de la loi Calpurnia sur la brigue électorale: les deux autres consuls (Aurélius Cotta, oncle de César, et Manlius Torquatus, le fameux..), désignés par le sénat pour remplacer les consuls initilament élus par les comices centuriates, doivent être intronisés officiellement le premier janvier. -65 Crassus prévoit de faire égorger les deux consuls et leurs licteurs ...et de les faire remplacer par de faux licteurs et les deux consuls dont l'élection avait été annulée. Il pense que les sénateurs, devant le fait accompli et les couteaux sous la gorge, n'auront d'autre choix que d'approuver leur investiture consécutive à une prétendue mort accidentelle des consuls!
  18. César, présent lors de la préparation d'un coup d'Etat qu'il désapprouve, profite de sa charge d'édile pour déjouer la manoeuvre sans donner de noms. Il ne donne pas le signal aux conjurés et expliquera à Crassus qu'il lui a sauvé la vie ainsi.
  19.  L'Egypte est un royaume grec qui brille par son passé et par sa capitale, Alexandrie, fondée en -331 par Alexandre le Grand. Les rois et reines qui règnent sur ce royaume sont les descendants d'un lieutenant d'Alexandre, Ptolémée: ils constituent la dynastie grecque des Lagides. L'Egypte entretient des rapports politiques et économiques nombreux avec Rome, dont elle est l'un des greniers à blé. En mars -65, Ptolémée XIII chassé du trône par les Alexandrins laisse un trône vacant. Il régnait depuis quinze ans sur l'Egypte après avoir usurpé le pouvoir: il n'était qu'un bâtard de Ptolémée XII, installé par Sylla en -80, et mort après seulement 19 jours de règne..Pompée risquant de loucher sur l'Egypte, César entreprend des démarches pour que l'Egypte devienne une province romaine conformément au testament de Ptolémée XII (cf Nicomède en Bithynie)...dont il serait...gouverneur. Ses démarches n'aboutissent pas. Pour se venger de son échec, César commande des images d'or de Marius et des répliques des trophées commémorant ses victoires sur les Cimbres et les Teutons pour orner Rome à l'occasion des jeux de la Bonne Déesse, Cybèle.
  20. Conformément aux plans de César, Catilina n'a pas été autorisé à se présenter aux élections consulaires de -65, une procédure judiciaire pour meurtre ayant été alors engagée contre lui. Il est injustement acquitté d'un crime qu'il a commis, grâce à son ami Crassus et à ...César.
  21. "Respecté et aimé, il ne restait plus à César que de se faire aimer". Comme il est alors édile, la meilleure façon de s'attirer la faveur des foules, c'est encore d'organiser des Ludi, des "jeux", qui comprennent aussi bien des représentations théâtrales que des courses de chars ou des combats de gladiateurs. En principe, leur budget est à la charge de l'Etat, et alimenté par la caisse des amendes municipales; mais cela n'y suffit pas toujours et les édiles doivent mettre la main à la poche. Les plus fameux de ces jeux étaient les Ludi Romani ("jeux romains"), qui avaient lieu tous les ans, du 4 au 19 septembre, depuis trois siècles. Or, en cette année -65, il s'agissait de célébrer le trois centième anniversaire de ces jeux: ils se devaient d'être grandioses. César fait appel à Crassus et à son collègue (édile comme lui) Bibulus, lui aussi fortuné, patricien proche du parti sénatorial: jouant de l'émulation entre des riches partisans l'un du peuple, l'autre des sénateurs, César obtient tout ce qu'il veut ou presque:  une distribution aux pauvres de Rome de pain, de vin et de raisin au matin du premier jour des jeux; des représentations théâtrales, des courses de chars et de chevaux au cirque Flaminien; mais aussi des combats de gladiateurs, 320 paires de gladiateurs ayant été autorisées par le sénat dans le cirque Maxime. Du jamais vu! Caratini de donner force détails sur les différents types de gladiateurs, sur les parieurs, sur les conditions de réalisation de ces spectacles, sur les mimes, mais aussi sur le rôle des vestales, de la foule et des consuls  dans l'acquittement donné ou non aux combattants.César est évidemment acclamé comme organisateur des jeux On ne parle plus d'ailleurs dans Rome que des "Jeux de César", oubliant le rôle joué par Bibulus, son collègue. César devient l'idole du peuple.
  22.  Cicéron est l'un des hommes les plus riches de Rome sans qu'on sache d'où vient sa fortune, sinon des libéralités posthumes accordées par voie testamentaire aux avocats qui n'avaient pas le droit de se faire payer. Bien qu'il n'aimât ni les nobles, ni les populaires, il profite de la médiocrité des autres candidats et de son caractère modéré pour être candidat au consulat. Il est élu à l'unanimité en juillet -64. Son collègue sera Hybrida, qui avait mené campagne pour les populaires avec Catilina, lequel est battu, après avoir été inéligible aux élections précédentes. Pendant ce temps en Orient, Pompée remporte victoires sur victoires. Il proclame la Syrie province romaine en décembre -64. Désormais, hormis la côte égyptienne, toutes les rives de la Méditerranée sont romaines.
  23. César continue d'avancer ses pions en convainquant l'un des dix tribuns de la plèbe, investis officiellement le 10 décembre -3 semaines avant l'investiture des consuls- de faire une proposition de loi (la rogatio Servilia) révolutionnaire, qui s'inspire des lois agraires (Tiberius Gracchus, -134) et frumentaires (Caius Gracchus, -124), mais aussi de celle que le vainqueur de Jugutha, des Cimbres et des Teutons, Marius,  avait fait adopter qui prévoyait aussi la distribution des terres à ses vétérans, aux pauvres de Rome. Cette fois, il s'agit de lotir l'intégralité de l'ager publicus, en rappelant à ses occupants qu'ils doivent un loyer à l'Etat, en chargeant des décemvirs élus pour 5 ans de veiller à l'installation de colonies de plébéiens. La loi n'est évidemment pas adoptée (un tribun a été soudoyé et a opposé son veto) mais elle a amené Cicéron a se montrer sous son vrai jour et elle habitue les esprits à l'idée selon laquelle le fonctionnement électoral annuel confisqué par une poignée de sénateurs ne mène à rien de bon...
  24.  César est élu grand Pontife en mars -63: il a usé pour cela de clairvoyance (et de corruption!) en faisant modifier son mode d'élection peu avant la mort de son prédecesseur. Cette élection assure à César une autorité sacrée et inébranlable qui le place au-dessus des contingences électorales. Un Grand Pontife ne peut vivre à Subure: il doit demeurer sur le Forum, dans la Régia, l'ancienne demeure de Numa Pompilius, en bordure de la Voie sacrée, près de la Maison des vestales. De fait, César fait transférer ses Pénates, les dieux protecteurs de sa famille, de la villa de l'Esquilin à la Régia.
  25. Au printemps -63, César s'en prend au principe du sénatus-consulte ultime, décision sénatoriale grave qui, dans des circonstances graves, permet d'accorder aux hauts magistrats des pouvoirs dictatoriaux (lever des troupes, entreprendre une guerre, condamner à mort sans jugement n'importe quel citoyen). César s'appuie sur un tribun de la plèbe (Caratini de rappeler au début du chapitre le rôle de ses tribuns dans l'évolution du fonctionnement de la république romaine), descendant lui-même d'un tribun Saturninus, qui avait fait sédition et avait été exécuté. L'assassin avait alors été couvert par le sénatus-consulte ultime. Mais César s'appuie sur l'inviolabilité de la personne des tribuns pour qu'un procès pour haute-trahison ait lieu. L'important pour lui n'est pas le résultat du procès, mais bel et bien la remise en cause du sénatus-consulte ultime. Encore une fois, il parvient à ses fins.
  26.  Cicéron, compte tenu des rumeurs sur l'imminence d'un coup d'Etat, fait ajourner  les éléctions au mois de septembre -63. Il peut ainsi aggraver les dispositions de la loi Calpurnia de -67, contre la brigue électorale, qui n'atteignait que les candidats corrupteurs( elle les frappait de dix ans d'inéligibilité), mais non pas leurs agents, dont l'activité perdurait dangereusement à Rome. Cicéron fait voter in extremis une loi très sévère, la loi Tullia, qui étend les peines prévues par la loi de -67 aux intermédiaires, les diviseurs, et même aux juges qui montreraient trop de clémence en la matière. Silanus et Muréna sont élus consuls pour -62; César, avec sept autres candidats, est élu préteur.
  27. Les chapitres 27 à 29 évoquent dans les détails la conjuration de Catilina : ils ont ceci d'intéressant qu'ils replacent dans leur contexte des discours très célèbres et permettent de comprendre certains motifs psychologiques, parfois fort drôles d'ailleurs...Caratini de rappeler que la conjuration de Catilina doit consister en deux soulèvements simultanés contre le pouvoir en place, l'un à Rome, et l'autre dans le Nord de l'Italie, en Etrurie. Tout au long de l'affaire Cicéron a la chance d'avoir un informateur de qualité: Quintuce Curius, proche complice de Catilina, a une maîtresse, Fulvie, femme cupide moins soucieuse du salut de la république que de son or. Moyennant récompenses sonnantes et trébuchantes, elle renseigne Cicéron durant ces mois de trouble. Après avoir tenté d'alerter en vain le sénat dès le 23 septembre -les sénateurs étaient alors en vacances- Cicéron est mis en garde par César et Crassus eux-mêmes en octobre: la conjuration est imminente, les espions de César et des lettres anonymes apportent même des précisions précieuses au consul, qui obtient les pleins pouvoirs (sénatus-consulte ultime) avec son collègue Hybrida: soutenus par le sénat unanime, ils mettent en place un dispositif anti-terroriste dans Rome. Le 8 novembre, deux hommes de main de Catilina se présentent au domicile de Cicéron pour l'assassiner mais ils sont éconduits fermement, Cicéron ayant été averti par ses indicateurs. Quelques heures plus tard, au milieu du Sénat convoqué pour une assemblée extrordinaire non pas à la Curie, mais dans le temple de Jupiter Stator (véritable forteresse, en haut du mont Capitole), Cicéron prononce la Première Catilinaire. Il invective violemment Catilina qui a eu l'audace de venir siéger au sénat et l'exhorte à quitter Rome, à s'exiler. Le lendemain, Cicéron adresse un deuxième discours contre Catilina dans lequel il justifie sa position: une fois Catilina en exil, tout rentrera dans l'ordre, pense-t-il alors...Mais en réalité, Catilina s'en va rejoindre Manlius en Etrurie: ils sont alors déclarés ennemis publics.
  28. En décembre -63, des députés allobroges (peuple de Gaule Transalpine, implanté au Sud du Rhône et du lac Léman) se trouvent en ambassade à Rome pour porter leurs doléances contre un gouverneur, Muréna, qu'ils accusent de concussion. Ils tombent mal: Muréna, consul désigné pour l'année suivante, est l'ami et le client de Cicéron. Les députés allobroges sont éconduits par le consul et par le sénat. En l'absence de Catilina dans la Ville où il est interdit de séjour, le chef des conjurés à Rome est Lentulus, qui comprend vite le profit qu'il peut tirer de la présence des Allobroges à Rome. Il leur promet l'annulation de leurs dettes s'ils s'asocient à la conjuration; mais les Allobroges diffèrent leur réponse et s'en vont trouver le magistrat romain responsable de leurs cités, Fabius Sanga, qui informe Cicéron. Celui-ci leur recommande par la voix de Fabius Sanga de feindre d'accepter l'offre et de réclamer des engagements écrits et signés par le plus grand nombre de conjurés possible. Enfin détenteur de la preuve matérielle de la conjuration et des intentions des conjurés, Cicéron convoque immédiatement le sénat au temple de la Concorde, sur le Forum. Le 3 décembre, il convoque les tribus au Champ de Mars pour rendre public son réquisitoire : c'est la Troisième Catilinaire par laquelle il informe ses concitoyens de l'arrestation de neuf conjurés. Il explique l'indulgence du sénat par l'espoir d'un rétablissement de la situation. Cicéron n'en fait pas moins preuve de prudence: il fait occuper militairement le Capitole et y passe la nuit du 3 au 4 décembre. En effet, cette nuit-là, on célèbre à Rome comme chaque année, la fête de Cybèle, la "Bonne Déesse", dans la maison de l'un des plus hauts magistrats de Rome, qui se trouve être Cicéron en -63. Le rituel de la fête interdisant la présence de quelque homme que ce soit, Cicéron est dans l'obligation de découcher. Il reste encore à décider, sans délai, du sort des coupables. Théoriquement, en vertu du sénatus-consulte ultime, Cicéron peut prendre seul , et sans avoir à s'en expliquer, la décisison qui lui semble la meilleure. Mais c'est là une terrible responsabilité qu'il tient à partager avec le sénat. Les délibérations ont lieu aux nones de décembre, dans le temple de Jupiter, sur le Capitole. Cicéron ouvre le débat pour annoncer qu'il s'en remettra à l'avis du sénat. Silanus, l'un des deux consuls désignés pour -62, parle ensuite et opte pour la peine capitale. César intervient alors: il invoque les traditions,  la prévalence de la dignité humaine sur des représailles, et demande la prison à perpétuité. Selon lui, il ne peut être question de créer un précédent en introduisant une peine de mort qui n'est pas prévue en droit pour un des accusés qui sont des citoyens romains. Cicéron tient à la peine de mort et il prononce la Quatrième Catilinaire en invoquant le salut public et en expliquant que la peine de mort est finalement moins barbare que la détention à vie. Caton le Jeune emporte finalement la décision en invoquant à son tour le péril immédiat et le salut public; il compare le crime des catiliniens à un flagrant délit, lequel est puni de mort selon l'usage des ancêtres. Caton est acclamé. Les conjurés sont exécutés le soir même. Cicéron est acclamé comme le sauveur de la République. Catilina, quant à lui , meurt aux côtés des siens, (20 000 hommes environ) en janvier -62, écrasé par l'armée consulaire envoyée pour exterminer les rebelles.
  29.  Sexualité et politique sont intimement liées, notamment à Rome. Caratini se plaît à éclairer la séance des nones de décembre à la lumière de préoccupations qui font sourire César et qui n'ont pas forcément parties liées -oups!- avec le salut de la République. Silanus, après avoir demandé la peine capitale puis écouté l'intervention de César qui prônait la prison à perpétuité, opère une volte-face: dans son discours, par peine capitale, il fallait comprendre non pas peine de mort mais peine maximale, c'est-à-dire la perpétuité en l'occurrence. S'il retourne ainsi sa ..toge, c'est qu'il ne veut pas déplaire à sa femme, Servilia, dont l'amant n'est autre que César....et le demi-frère..Caton! Caton n'hésite pas dans son discours à s'en prendre à César qu'il soupçonne fortement d'être lié aux conjurés. Il lui en veut aussi d'être l'amant de sa demi-soeur qui n'est autre que la femme du consul en personne.
  30.  Le 1er janvier -62, au lieu de participer au cortège d'investiture des consuls Silanus et Muréna vers le mont Capitole, César se rend sur le forum pour accuser le prince du sénat en personne, Quintus Lutatius Catulus, qui avait eu le malheur de houspiller le préteur urbain et Grand Pontife au sénat durant l'affaire Catilina : il l'accuse de détournement de fonds publics, le temple de Juppiter capitolin n'étant toujours pas restauré complètement, quinze ans après qu'il eut brûlé, alors que Catulus avait été chargé -moyennant finances- d'en assurer la restauration. Il n'ira finalement pas plus loin que cette humiliation en guise d'avertissement. César n'en continue pas moins de tirer les ficelles: il fait proposer par le tribun de la plèbe Métellus Népos une loi tendant à faire revenir Pompée en Italie. La demande de Népos tourne vite au pugilat, car Caton -tribun de la plèbe également- s'oppose à la lecture de la proposition de loi. Des esclaves et des gladiateurs se trouvent alors sur le forum et il faut l'intervention des vigiles pour séparer les tribuns. Les sénateurs, en cette période où la mémoire des troubles catiliniens est encore vive, investissent les consuls d'un sénatus-consulte ultime pour troubles à la République et démettent de leurs fonctions le tribun Népos et le préteur César. César continue de l'exercer néanmoins le lendemain, avant de s'incliner devant la décision du sénat quand il voit que les vigiles sont appelés à intervenir.  César, maître de la rue mais respectueux des décisions du sénat, retrouve ses fonctions.
  31. Alors que l'affaire Catilina se termine, la chasse aux catiliniens reprend de plus belle à Rome. Le questeur Novius Niger promet des récompenses alléchantes aux délateurs zélés. Le même Curius qui avait servi d'indicateur à Cicéron tente de glaner quelques sesterces en allant dire que César a été le plus fidèle partisan de Catilina. Une lettre circule même dans Rome qui aurait été écrite par César et adressée à Catilina. La riposte de César ne tarde pas qui fait témoigner Cicéron: l'ancien consul confirme que la remise de lettres anonymes en octobre lui a permis d'ouvrir le procès de Catilina. La prison (carcer, tullianum) vient récompenser les calomniateurs. Crassus, sachant le retour de Pompée proche, s'expatrie en Macédoine, ce qui laisse le champ libre à César, qui est désormais le leader unique des populaires. Pompée, quant à lui, imbu de sa gloire, est persuadé qu'il va être accueilli à Rome comme un sauveur; que le sénat lui offrira bientôt l'imperium sur tout le monde romain d'Occident, comme il le lui avait été conféré sur l'Orient. Alors qu'il approche de Brindes, on l'informe qu'il est cocu. Mucia, la troisième épouse du brave général, occupé à faire la guerre depuis 15 ans, n'a pas perdu son temps et a couché avec tout ce que Rome compte de beaux hommes, y compris, naturellement, César. Pompée la répudie. [pages intéressantes sur la prison à Rome: escalier des Gémonies,etc]
  32.  Arrivé à Brindes, Pompée remercie et licencie ses soldats, auxquels il donne rendez vous à Rome, le jour de son triomphe.  A Rome, la fête de la Bonne Déesse organisée chez César par sa femme Pompéia tourne court : un homme s'est introduit dans la Regia, déguisé en femme. Il s'agit de Clodius, amant de Pompéia. César répudie sa femme le 15 janvier -62 car "la femme de César ne saurait être soupçonnée". Clodius, à l'alibi pourtant démenti par Cicéron en personne, est acquitté.
  33. César, devenu propréteur, se voit attribuer par le sort l'Espagne Ultérieure (l'Andalousie et une partie du Portugal actuel). Grâce au retour et à la générosité de Crassus (Pompée a licencié son armée), César paie ses dettes et quitte précipitamment Rome, craignant peut -être la colère du mari trompé. Il part en compagnie du beau Masintha, jeune chef berbère, originaire de Numidie, poursuivi par Juba, roi de Numidie, auquel il refuse de payer des redevances annuelles autorisées par le sénat Romain.Métellus Céler (homme du sénat, frère de Mucia) et Lucius Afranius (homme de Pompée) sont désignés consuls pour l'année -61. Pompée quant à lui n'est pas candidat car la loi le lui interdit (dix ans ne se sont pas encore écoulés depuis son dernier consulat) et parce qu'il tient à savourer son triomphe; or, un général auquel cet honneur est accordé doit rester en dehors des murailles de la Ville jusqu'à la cérémonie. Les 28 et 29 septembre -61, le triomphe de Pompée enchante Rome. Un premier cortège, constitiué des dignitaires romains (consuls, censeurs, préteurs, édiles, questeurs, tribuns militaires, 600 sénateurs), présente les victoires et le butin de Pompée; il se dirige vers le cirque Maxime et le mont Capitole. Le deuxième cortège est celui des des victoires,: il est composé de soldats qui tiennent à bout de bras les cartes des pays conquis par l'imperator, les plans des principales villes conquises, les portraits des rois soumis, et le butin (armes, rostres, meubles, vaisselle d'or, bustes monumentaux de Mithridate et de Pompée). Le 29 septembre, le cortège triomphal est ouvert par 324 captifs (ils ne sont pas enchainés à la demande de Pompée), suivi du triomphateur sur son char blanc: il est vêtu de la chlamyde blanche jadis tissée pour Alexandre le Grand (les habitants de l'île de Cos l'avaient offerte à Mithridate); il porte sur sa tête une couronne d'or imitant  le feuillage du laurier; il est suivi par ses centurions, ses officiers, ses légats. L'immense cortège se termine devant le temple de Jupiter, sur le mont capitolin, où l'imperator offre au roi des dieux les sacrifices traditionnels: un boeuf, une génisse et deux chèvres blanches (il a néanmoins interdit les sacrifices humains). Après la cérémonie religieuse, Pompée fait savoir que les prisonniers seront libérés et rapatriés; il annonce une distribution d'argent au peuple et fait prélever sur son butin les sommes nécessaires pour enrichir la Ville de bâtiments nouveaux: un temple de Minerve, un temple de Vénus, un temple d'Hercule et un grand théâtre en pierre. Il fait un don au Trésor public romain de 50 millions de deniers d'argent (200 tonnes d'argent pur). Son troisième triomphe (après celui qu'on lui avait décerné pour ses campagnes en Afrique , puis contre Spartacus et en Espagne) est plus splendide que ceux de Scipion et de Sylla. Pompée, qui a triomphé en Afrique, en Europe et en Asie, pense avoir triomphé de toute la terre et se compare volontiers à Alexandre le Grand.
  34.  César se rend en Espagne en litière (50 km par jour), propédeutique au gouvernement : l'Espagne sera un laboratoire. Il comprend que celle-ci doit être unifiée et sécurisée.Il met en place une force militaire indigène, diminue considérablement les impôts et mène la guerre aux Lusitaniens et aux autres brigands des montagnes qui refusent sa requête: il les somme de descendre s'installer dans les plaines. César leur fait la guerre, se retire un peu trop tôt et se décide à poursuivre les rebelles les plus farouches jusqu'à l'île de Berlenga où il les fait exterminer. Victorieux des Lusitaniens et des Galiciens, il se voit décerner le titre d'imperator par ses troupes.
  35. De retour à Rome où le sénat s'apprête à ratifier ce titre en accordant un triomphe à César, le propréteur s'installe dans la villa publica, à l'extérieur de Rome, comme les généraux victorieux qui l'ont précédé. Pompée quant à lui voit les deux projets qui lui tiennent à coeur (ratification du statut politique qu'il a instauré en Asie et octroi à ses vétérans par le biais d'une loi agraire des bonnes terres italiennes qu'il leur a promises) repoussés par les sénateurs, notamment par le trio Caton-Lucullus-Crassus: le premier craint une dictature militaire, le deuxième estime être le vainqueur de Mithridate et jalouse le généralissime, le troisième  craint pour des raisons personnelles une dictature pompéienne. Le consul Métellus Céler est emprisonné pour avoir insulté violemment le tribun pompéien porteur du projet de loi agraire. Il est finalement envoyé par le sénat en Gaule Narbonnaise pour rétablir la situation. Pompée comprend alors que seul César peut l'aider à convaincre Crassus de sortir d'une alliance étonnante avec les sénatoriaux. Les trois s'entendent en secret sur un programme politique commun: fort de la gloire de Pompée, de la richesse de Crassus, et de sa propre clairvoyance politique, César sera le consul arbitre de la réconciliation entre Pompée et Crassus. Le sénat maintient les élections consulaires au 30 juillet, alors que  certains voudraient en avancer la date pour empêcher la candidature de César (il faut avoir 41 ans révolus pour être candidat; or César ne les a que le 13 juillet..!) Cicéron est persuadé que César tient davantage au triomphe. César essaie bien de se porter candidat pour le consulat de -59 sans entrer dans Rome (candidature "en absence" que le sénat lui aurait bien accordé si Caton n'avait pas fait obstruction par un discours interminable), mais décide finalement de renoncer au triomphe et d'être candidat: il est élu consul à l'unanimité.

II La Symphonie gauloise


  1.  César organise chez Crassus un dîner (une cena) le dernier jour d'octobre -60, occasion d'une rencontre entre Pompée, Crassus et César. Officiellement, il s'agit de célébrer l'élection des consuls César et Bibulus: outre Pompée, César et Crassus, Cicéron (grand ami de Pompée), Cluvius (riche banquier) et Varron (plébéien enrichi, intelligent et curieux, ami de Pompée et de Cicéron) sont invités. Après le dîner, les triumvirs se rencontrent en secret -César se méfie de Cicéron qui a des espions partout-pour parler de leur plan d'action: Pompée réclame toujours de bonnes terres pour ses vétérans et les ratifications de ses actes administratifs en Asie; Crassus veut remettre à l'ordre du jour la reconnaissance de Ptolémée Aulète comme roi d'Egypte, refusée six ans plus tôt par le sénat. César lui, propose un projet plus vaste qui intègrera les requêtes de ses alliés: il veut endormir la vigilance de son collègue Bibulus et  rassurer les sénateurs sensibles aux craintes qu'exprime Caton quand il voit en César un autocrate masqué. Le pouvoir consulaire s'exerce par roulement (janvier, mars, mai, etc pour le premier consul; février, avril, juin, etc. pour le second) et seul le consul en exercice a droit aux attributs de sa fonction (appariteur et escorte de douze licteurs). César veut réintroduire l'usage antique, selon lequel les deux consuls ont constamment leurs attributs. Il s'agit de flatter Bibulus et de conserver une escorte qui pourra lui être utile le moment venu. César veut créer un Journal officiel de la République, c'est-à-dire la publicité des débats législatifs. César compte ensuite légiférer, avec l'aide des tribuns de la plèbe, et modifier la composition du tribunal permanent chargé de jugé les magistrats et les gouverneurs de provinces accusés de concussions ou de manipulations financières. Il s'agit d'enlever le pouvoir judiciaire aux sénateurs et aux aristocrates qui les soutiennent; après quoi César proposera une loi tendant à réprimer la concussion et une loi agraire dont les vétérans de Pompée profiteront. Il fait demander à Varron le lendemain un rapport précis sur la situation agricole de l'Italie, de la Sicile et de la Sardaigne (superficie cultivable, surfaces réellement cultivées, possibilités, nombre de propriétaires terriens, etc).
  2. Le premier janvier -59, après l'immolation rituelle des deux taureaux  à Jupiter, les deux consuls sont investis. César est le premier consul élu: c'est donc lui qui préside le sénat et exerce les fonctions de consul en janvier: certains, dont Caton, craignent déjà le pire; or, César les surprend en proposant le rétablissement de l'usage ancien sur les attributs des consuls. Dès le trois janvier, il propose la publicité des débats, présentée comme un gage de loyauté à ceux qui voient en lui un autocrate. En réalité, il place ainsi les sénateurs sous le contrôle direct du peuple romain, c'est-à-dire du corps électoral. Le mois de janvier s'écoule ensuite sans convocation du sénat. C'est seulement le 22 janvier que César convoque en assemblée plénière (sénateurs, questeurs, édiles, préteurs, censeurs, consuls) au temple de Jupiter Capitolin: consul et Grand Pontife, il met en scène son entrée, précédée d'une prise des auspices à l'augural) et présente au sénat sa loi sur la concussion. Il fait un long discours sur l'honnêteté, cite les actions de Cicéron contre Verrès, et ne peut qu'être approuvé par des sénateurs qui d'ailleurs, n'ont pas le choix: le projet de loi doit être soumis aux comices tributes, et les compte-rendus des débats sont désormais publics. La Lex Julia de repetundis. Personne ne s'y oppose. Cette loi simple et incontournable se maintiendra d'ailleurs en Occident jusqu'à la chute de l'Empire romain et, en Orient, jusqu'à celle de l'Empire byzantin, en 1453.
  3.  Un nombre incalculable de plaintes contre d'anciens magistrats pour concussion arrivent sur les bureaux des préteurs; Bibulus, affolé par les responsabilités qui lui incombent (février -59) s'en remet à César qui travaillera pour deux, tant et si bien que lorsque les Romains parlaient de leurs consuls, ils disaient non pas "Bibulus et César" mais, ironiquement, "Jules et César". César profite du mois de février pour préparer un projet de loi agraire. Il reçoit Pompée et Crassus en secret à la Regia. Il leur expose les enjeux et les difficultés que présente le projet de loi agraire: jamais un consul n'en a présenté encore, et les tribuns de la plèbe qui l'ont fait ont échoué et payé de leur vie leur audace politique. L'appui de Pompée sera nécesaire si le peuple en appelle au généralissime comme le prévoit César pour intimider les sénateurs. Il faut agir avec finesse, sans quoi les sénateurs risquent de faire ce qu'ils on fait au tribun de la plèbe Rullus en décembre -64 (cf tome I, chapitre 23) : un autre tribun de la plèbe, soudoyé par les sénateurs, avait opposé son droit de véto au projet radical de Servilius Rullus. La loi agraire julienne sera plus modérée pour être susceptible d'être soutenue par des sénateurs riches, comme Pompée...Le projet ne sera pas celui d'une loi de circonstance dont seuls les vétérans des armées romains bénéficieraient; elle s'adressera aussi à tous les citoyens pauvres, pères de familles d'au moins trois enfants. Cette loi décongestionnera Rome. Elle prévoit la distribution gratuite de terres de l'ager publicus (italique), sans recourir aux expropriations, en utilisant seulement les terres en friche, nombreuses selon le rapport de Varron. Si nécessaire, l'Etat achètera des terres à ceux qui accepteront d'en vendre (les caisses sont pleines grâce aux butins que Lucullus et Pompée ont rapportés d'Asie). Une commission de vingt hommes, nommés par César (qui pense à des gens intègres comme Pompée, Cicéron ou Varron) sans qu'il fasse partie lui-même de la commission, sera chargée de la répartition et du contrôle de ces terres. Les lotissements seront inaliénables pendant 20 ans pour éviter que des spéculateurs peu scrupuleux ne s'enrichissent aux dépens de gens qui seraient de nouveau sans terre. La rogatio sera soumise au sénat pour examen et amendement, de manière à ce que le sénat se sente coauteur de la loi.
  4. En mars, César convoque les sénateurs à la Curie et leur lit sa proposition de loi après un préambule astucieux  qui en appelle à l'honneur de la République(misère des vétérans qui ont combattu pour la grandeur de Rome). César se montre très respectueux des prérogatives du sénat et précise que les terres de Campanie ne seront pas distribuées. Déconcertés, les sénateurs, emmenés par Caton décident de gagner du temps et de faire obstruction jusqu'à la fin du mois, jusqu'à ce que Bibulus succède à César. César se montre très patient jusqu'à ce que, fin mars, le consul s'emporte contre Caton et ordonne aux licteurs d'emprisonner Caton pour outrage à la dignité du sénat. Solidaires de leur collègue, les sénateurs préfèrent suivre Caton en prison plutôt que de rester avec César dans l'enceinte de la Curie. César annule son ordre d'emprisonnement mais il annonce aussitôt que, conformément à la Constitution de la République, il soumet son projet aux comices tributes  dès le lendemain. Le sénat n'a pas daigné donner son avis. Le peuple seul décidera. Pompée et Crassus de leur côté ont rameuté des citoyens électeurs à force de sympathie, d'argent ou de démagogie : vétérans et plébéiens sont nombreux devant le temple dédié à Castor et Pollux, le jour du vote de la loi. L'assemblée est houleuse, Bibulus malmené. César assure néanmoins la sécurité de son collègue opposé au projet de loi et cède la parole à Pompée: "Je ne détiens aucune magistrature, je ne suis qu'un simple citoyen, mais si quiconque ose tirer le glaive contre le peuple romain, moi, Pompée, je serai son bouclier." La lex Julia agraria est adoptée à l'unanimité des tribus, avec un additif imposé par les circonstances: chacun des sénateurs doit s'engager individuellement, par serment solennel, à ne pas tenter de s'opposer à son application, et à ne soutenir aucune tentative de ce genre...ce qui rend toute annulation future impossible. La résistance sénatoriale s'organise , et César fait adopter aussitôt par les comices tributes encore dans Rome une loi punissant de mort tout sénateur ou tout fonctionnaire qui ne prêterait pas le serment de respecter la loi agraire. Tous les sénateurs prêtent serment, y compris Caton: l'ennemi du consul, qui préfère mourir que de jurer fidélité à une loi scélérate, pressé par sa femme et ses proches de prêter serment, cède finalement, César lui ayant dit: "Si Caton n'a pas besoin de Rome, Rome a besoin de Caton." Bibulus outragé, s'enferme chez lui pensant que tous les actes dorénavant accomplis par son collègue seront légalement frappés de nullité. César s'en moque. Les vingt  commissaires sont désignés. Aussitôt après leur nomination, César fait voter par les comices une seconde loi agraire qui étend les dispositions de la première  aux riches terres de Campanie (avril -59).
  5. Pompée part en Campanie, afin de surveiller les opérations de partage des terres entre ses vétérans, après s'être marié avec Julie, la fille de César. César se méfie de Pompée et veut contrôler les élections consulaires de juillet. Pompée veut présenter l'un de ses hommes, Aulus Gabinius. César présentera le sien: Calpurnius Pison, homme docile, obéissant, qui sera tout fier d'être consul. Sa fille, Calpurnia, est assez mignonne: César l'épouse et se voit consul par beau-père interposé... Calpurnia comme Julie étaient déjà fiancées l'une et l'autre. Tant pis pour les fiancés! En juillet -60, le sénat a attribué deux provinces aux consuls élus, pour leur sortie de charge, en -58: il s'agit de régions désertes et misérables du sud de l'Italie (talon de la botte), les provinces des Sentiers et des Forêts. Il paye un tribun de la plèbe pour modifier cette décision: la loi Vatinia, adoptée par voie de plébiscite, attribue au proconsul César, à partir du 1er janvier -58 et pour une période de cinq ans, le gouvernement de la Gaule Cisalpine (la plaine du Pô jusqu'aux Alpes) et l'Illyrique (région montagneuse bordant le nord de la mer Adriatique). Le sénat entérine cette décision et lui adjoint, le gouverneur de la Gaule narbonnaise venant à décéder, la Gaule transalpine. Avec l'argent de Crassus, César se dote alors d'une armée d'agents secrets qui s'infiltrent dans toutes les provinces, dans toutes les cités de l'univers romain et  qu'il s'attache par serment ou par promesse. Il met au point un code cryptographique pour correspondre avec eux, fait surveiller tout le monde, ses amis comme ses ennemis, qu'il n'hésite pas, le cas échéant, à envoyer en prison. Son homme de main à Rome sera le jeune et efficace Clodius -le même qui fut l'amant de sa femme-, patricien transféré à la plèbe par adoption. César fait adopter les actes proconsulaires de Pompée en Asie et règle à sa manière l'affaire égyptienne en accordant à Ptolémée Aulète la reconnaissance qu'il implore et en lui accordant le titre d'allié et d'ami du peuple romain, moyennant finances. Le traité égyptien est signé en septembre. Reste à neutraliser le redoutable Cicéron, qui refuse une mission à Alexandrie comme de suivre César en Gaule en qualité de légat: César charge Clodius de faire adopter une loi punissant de bannissement toute personne qui aurait fait mettre à mort un citoyen romain sans que la condamnation à mort n'ait été validée par le peuple. Le procès de Cicéron, présenté comme responsable de l'exécution des catiliniens, conduit à son bannissement sous peine de mort. Il durera seize mois, jusqu'à sa grâce, le 4 août -57. Entre temps, Clodius aura fait raser sa villa du Capitole et brûler toutes ses maisons de campagne.... César, en sa qualité de Grand Pontife, a consulté le nouveau chef du collège des augures (Pompée!) qui a émis un avis favorable à l'adoption du patricien Publius Clodius par le plébéien (de 20 ans son cadet!) Publius Fontéius. Clodius pourra ainsi devenir tribun de la plèbe et légiférer par plébiscites, une fois César en Gaule. 
  6.  César se méfie de ses adversaires qui ne tardent pas à l'inquiéter quand il quitte le consulat: les deux anciens préteurs, Domitius Ahenobarbus et Caïus Memmius, réclament l'annulation des lois juliennes car César n'aurait pas pris les auspices préalablement. Après un premier échec judiciaire (les lois juliennes ont été adoptées par le peuple romain..), les deux anciens préteurs comptent bien s'en prendre à la gestion de César et demander des comptes à l'éternel endetté à la prodigalité douteuse...César néanmoins a quitté Rome pour revêtir le commandement que lui a conféré la loi Vatinia: absent de Rome pour raison d'Etat, il ne peut être poursuivi en matière civile par un juge...Conscient de la nécessité d'être victorieux pour que le peuple romain le laisse accomplir son grand projet, César se réjouit d'apprendre en mars -58 que des barbares venant d'Helvétie affluent vers le lac Léman et le Rhône et menacent d'envahir les provinces gauloises dont il a la charge..
  7.  La Gaule cisalpine, peuplée de descendants de Gaulois, complètement romaine est appelée Gallia togata, "Gaule en toge";  la Gaule narbonnaise, qui s'étend des Pyrénées aux Alpes, est une si belle province que les Romains l'appellent "la Province"; quant à la Gaule celtique (ou gauloise), Gaule indépendante, non soumise aux Romains, elle est divisée en trois parties: la "Gaule belgique", "'Aquitaine" et la "Gaule chevelue" ou "Gaule celtique". Les Helvètes, pressés par l'imminence d'une invasion germaine orchestrée par leur voisin Arioviste, cherchent à migrer vers l'ouest des Gaules: pour cela, ils doivent traverser la Narbonnaise ou passer par le Jura. César, qui cherche un casus belli, ou occasion de faire la guerre (pour la gloire, et pour la grandeur de Rome qui s'enrichirait de terres fertiles) leur refuse la traversée de la Narbonnaise. Les Helvètes, qui ont pratiqué la terre brûlée derrière eux n'ont pas d'autre choix que de tenter de passer par le Jura, ce qui laisse du temps à César pour ses préparatifs de guerre. 
  8. Les Helvètes concluent un accord avec les Séquanes et comptent sur l'amitié des Eduens pour continuer leur migration. Malgré les accords conclus et la parole donnée, les Helvètes procèdent à des rapines, à des viols; certains Eduens en appellent à César, qui invoque l'amitié du peuple romain pour ces alliés : il légitime ainsi son intervention contre les Helvètes, préventive d'un point de vue narbonnais.
  9. Les Eduens tentent de jouer sur les deux tableaux, César le comprend et se dirige vers Bibracte pour nourrir ses légions.
  10. Difficile bataille près de Bibracte contre les Helvètes qui sont finalement défaits et contraints de retourner dans l'Helvétie que César ne veut pas savoir inhabitée, proie trop facile des Germains voisins.
  11. A Rome, pour l'année -57 Lentulus et Métellus Népos sont élus consuls. Pompée reste donc neuralisé. A Bibracte, les Gaulois s'assemblent et s'allient contre tout peuple qui s'opposerait à cette unification, soit par hégémonisme (les Arvernes par exemple) soit par esprit de conquête (Arioviste et les Germains): ils demandent l'aide et la protection de Rome contre la menace que représentent Arioviste et les Germains qui restent, pour l'heure, les "amis du peuple romain."
  12. César provoque habilement Arioviste, se pose en ami des Gaulois et défend à Arioviste de franchir le Rhin [légions romaines, passage descriptif intéressant pages 217 et suivantes] puis manoeuvre ailleurs en apparence pour mieux prendre au piège son ennemi.
  13. En septembre -58, les Romains sont à Besançon et redoutent le combat avec les Germains. Entrevue entre César et Arioviste, qui montrent leur intelligence l'un comme l'autre. César néanmoins parvient à obtenir un casus belli en envoyant des légats auprès d'Arioviste, qui bénéficie du nombre des soldats mais temporise: selon les femmes, les Germains doivent attendre la nouvelle lune pour combattre. Les Romains prennent l'initiative d'une bataille qui reste longtemps incertaine et l'emportent finalement, repoussant les Germains au-delà du Rhin.
  14. César installe ses quartiers d'hiver chez les Séquanes (septembre -58, avril -57), et cherche à répandre l'idée que l'alliance de Rome est une protection plus qu'un asservissement ou une annexion. Pour sa part, il va en Cisalpine et continue de suivre les affaires de Rome. Le tribun de la plèbe Clodius a fait exiler Cicéron mais se montre excessif: il a brûlé les propriétés de cet honorable Romain dont le retour pourra être bien utile le moment venu pour éviter la prépondérance de Pompée. Crassus se fait vieux. Pour l'heure, les nouveaux consuls sont des conservateurs, proches de Cicéron et de ..César. Quant à Clodius, il n'est plus tribun de la plèbe le 10 décembre et deviendra un simple agitateur politique.
  15. Mai -57: les Belges organisent une confédération hostile à Rome au fort potentiel (10 contre 1). César comprend qu'il faut agir vite, ne pas leur laisser le temps de s'organiser. Grâce à son ami, le druide Diviciac, il propage l'idée que les Belges menacent d'envahir les Gaules; certains, dont les Rèmes (Reims), s'allient à Rome et la stratégie promet d'être payante pour les Romains.
  16. Guerre de mouvement non autorisée par le sénat : César agit vite et sur plusieurs fronts pour éviter d'avoir à affronter des ennemis trop nombreux; ses espions le renseignent bien, les victoires ou soumissions se multiplient de Reims à Rouen, le sang coule : impitoyable sur le champ de bataille, César se veut magnanime dans la paix.
  17. (septembre 57-avril 56): Cicéron de retour à Rome fait nommer Pompée préfet de l'annone (ministre du ravitaillement) ce qui éloigne le triumvir de Rome (voyages en Egypte et en Orient) et peut le rendre impopulaire (prix du blé). Le parti sénatorial se redresse et les anti-césariens s'organisent. César profite de l'hiver qu'il passe à Ravenne pour rencontrer les triumvirs: dix ans après leur premier consulat, Pompée et Crassus ont le droit d'être à nouveau, consuls, ce qui empêchera le parti sénatorial de revenir sur la loi agraire ou de rappeler César de Gaule. César voit loin et prévoit déjà d'envoyer Crassus proconsul en Syrie pour guerroyer contre les Parthes, ce qui lui vaudra des honneurs militaires à la hauteur de ses espérances; Pompée pourrait retrouver l'Ibérie, c'est-à-dire les deux Espagnes.
  18. (fin avril-mai 56) Préparatifs pour une guerre maritime et terrestre contre l'Ouest gaulois qui se rebelle contre Rome, viole le droit international...C'est un front nouveau où la poliorcétique ne sert à rien; l'Atlantique n'est pas la Méditerranée. César calcule cela et anticipe, se prépare, répartissant ses forces dans les différentes régions pour éviter que des renforts ne parviennent aux Venètes, habitants de Vannes. César table sur la peur des représailles romaines à l'égard des Gaulois qui se rebelleraient; il compte aussi sur l'échec de la propagande anti-romaine. Il sait enfin que les pleins pouvoirs que lui conférait la loi Vatinia pour 4 ans seront prolongés pour 5 ans par les nouveaux consuls, les triumvirs. Cicéron lui-même perçoit l'importance de consolider la présence romaine en Gaule.
  19. (juin-septembre 56) Chantiers navals, formateurs venus de loin, stratégie maritime (immobiliser les bateaux à voile gaulois) font la réussite romaine sur les Venètes qui seront exterminés après leur défaite.
  20. (printemps 55) La loi Pompéia Licinia (Pompée/Crassus) prolonge au 1er mars -50 le mandat de César en Gaule. Ptolémée Aulète est restauré sur le trône d'Egypte grâce au soutien officieux de Rome et l'Egypte devient un protectorat romain. César est tenté d'aller outre-Rhin mater les Germains. Il en extermine certains avant de revenir sur ses pas. Rome est divisée: faut-il adresser des prières en l'honneur de ce redoutable guerrier ou faut-il que la Ville ait honte de ces crimes abominables?
  21. (9 juillet 55 -fin septembre -54) Deux expéditions en Bretagne, chez les Britanniques. Reconnaissance du territoire, débarquement, guerre et victoire apparente. Rome soutient ces expéditions grâce à l'attrait commercial (travail de propagande sur l'enrichissement possible). César de retour en Gaule néanmoins ne se fait pas d'illusions: les traités ne seront pas respectés  longtemps par cette Bretagne éloignée. Il apprend la mort de sa fille Julie, dans les bras de Pompée, au moment de son second accouchement.
  22. (septembre 54; septembre 53) Lors de l'assemblée annuelle des chefs gaulois, le proconsul règle des litiges et fixe le tribut, les quantités de blé à livrer pour le ravitaillement des légions qui hivernent, le nombre de cavaliers à fournir. César décide de disséminer ses troupes car il y a eu une sécheresse et cela permet de répartir l'effort gaulois pour le ravitaillement, mais cela permet aussi surtout de réagir rapidement en cas d'insurrection. Celle-ci d'ailleurs ne tarde pas, faite de perfidie et jouant de l'isolement des légions. Quintus Cicéron assiégé en appelle à César, qui lui répond en grec de manière à éviter une interception des informations, mate les rebelles. Le rêve germain de César est stoppé net par l'annonce de la mort de Crassus en Mésopotamie (Harran en Turquie) décapité (mains coupées aussi) par le général parthe qu'il combattait. Pompée a désormais le champ libre à Rome.
  23. (septembre -53, 23 janvier -52): La mort de Crassus comme celle de Julia ont sonné la fin du triumvirat. Pompée manoeuvre à Rome où la situation est instable: les milices de Clodius et celles de Milon font couler le sang, les élections consulaires ont été reportées sine die; la campagne électorale qui n'a lieu qu'en novembre -53 oppose Milon, soutenu par Cicéron, aux hommes de paille de Pompée. Malgré la mort de Clodius (rixe qui se termine en homicide), Milon maintient sa candidature et se dit prêt à répondre de ses actes. Le sénat a peur et Caton se rallie à Pompée début janvier -52: le sénat lui accorde les pleins pouvoirs (il devient même consul unique!). Pompée promet à César de sévir contre Milon et rétablit l'ordre à Rome en venant camper aux portes de Rome avec des troupes que César lui a envoyées de Cisalpine. Milon, défendu par Cicéron, est condamné à mort mais terminera sa vie tranquillement à Marseille. L'année -52 est marquée par l'insurrection des Carnutes (Orléans) qui assassinent le fonctionnaire romain chargé de la réquisition des vivres, signal d'une insurrection gauloise qui s'étend de proche en proche.
  24. Vercingétorix pense qu'il est temps pour les Gaulois de s'unir contre les Romains. Chassé par ses compatriotes arvernes de Gergovie tout d'abord, Vercingétorix a du mal à convaincre les siens car son territoire connaît la paix: César a contourné l'Auvergne sans jamais lui faire la guerre, ni exiger des otages. Vercingétorix néanmoins parvient à persuader des petites gens qui n'ont rien à perdre et s'impose très rapidement comme un chef redoutable: après avoir obtenu des otages comme gages de fidélité à l'alliance des Gaulois, il impose une discipline de fer. Toute faute grave est punie du feu ou d'autres supplices. Pour une faute légère, une oreille coupée et un oeil crevé suffiront à donner l'exemple. Il se révèle de surcroît fin stratège: il fait envahir la Narbonnaise pour y attirer César; il coupe la route de Labiénus, meilleur légat du proconcul, ou du moins fait tout pour retarder une jonction entre les troupes romaines; il cherche des alliances parmi les Gaulois, et obtient ainsi ses premiers succès dans la guerre dite de libération. César organise la protection de Narbonne, attaque les Arvernes pour obliger Vercingétorix à revenir, reprend le dessus. Le chef arverne n'a pas dit son dernier mot et a compris qu'en affamant les Romains (politique de la terre brûlée) il pouvait l'emporter. Le génie romain (siège d'Avaricum, Bourges) contrecarre les projets du chef arverne; la division l'emporte sur l'unité. Le siège de Gergovie  (juin-52) est un lamentable fiasco pour les troupes de César qui prennent la fuite.
  25. (début juillet-27 septembre -52). Les Eduens, qui ont trahi César à Gergovie, convoquent à Bibracte une assemblée extraordinaire des chefs de tous les peuples de la Gaule qui luttent pour leur libération: seuls les Trévires (trop éloignés), les Rèmes et les Lingons (fidèles à César) ne se présentent pas.L'union des Gaulois est devenue réalité. Deux stratégies vont s'affronter: Vercingétorix compte attirer César en Narbonnaise, éviter sa jonction avec Labiénus ainsi que les batailles rangées, jouer la carte de la terre brûlée pour affamer les Romains; César lui, opère sa jonction avec Labiénus (au total, cela fait 10 légions) et s' adjoint une cavalerie de mercenaires germaniques, bien meilleure que la cavalerie gauloise. César, qui se sait espionné, dit partout qu'il s'en va à Marseille. La partie semble gagnée pour Vercingétorix qui cherche à harceler les troupes avec ses cavaliers, visant le ravitaillement et les bagages romains. Les légions forment un carré protecteur et les cavaliers germains permettent une déroute gauloise. Vercingétorix se retranche à Alésia, au nord de Dijon, ville éminente et sainte, consacrée à Alisanos, le dieu des rochers pour les Gaulois (Alise-sainte-Reine***). César organise un blocus plutôt qu'un siège, qui prend fin le 27 septembre -52, après 6 à 8 semaines de siège au cours duquel les bouches inutiles (femmes, enfants, vieillards) ont été chassées  d'Alésia (elles mouront de faim) ainsi que les chevaux et leurs cavaliers (l'hippophagie est interdite par la religion gauloise). Même les importants renforts envoyés à Alésia sont battus après 4 jours de bataille. Reddition de la place: les chefs et les armes sont livrés. Vercingétorix se présente aux pieds de César, en suppliant, après s'être dépouillé de ses armes. Chaque soldat romain a droit à un prisonnier, mais César se montre clément avec les Eduens et les Arvernes auxquels il laisse un statut d'hommes libres, pour mieux conclure des alliances avec eux. "César a vaincu: la guerre des Gaules est terminée."
***Le site d'Alise sainte-Reine fait l'objet de discussions d'autant plus âpres qu'elles engagent des enjeux commerciaux et politiques importants.  C'est sous Napoléon III qu'Alise-sainte-Reine est désignée comme le site de la bataille d'Alésia: la proximité toponymique joue un rôle décisif dans ce choix. Napoléon III est féru d'archéologie. Nous sommes à la veille d'une guerre avec la Prusse quand il offre à Alise-sainte-Reine une statue gigantesque de Vercingétorix: l'union fait la force. Même si Alésia est une défaite, elle est associée à Vercingétorix, figure de résistance et d'union contre l'envahisseur étranger. Danièle PORTE (Paris IV, Sorbonne, Professeur de Lettres Classiques), auteur de L'imposture Alésia, Franck FERRAND (Professeur d'Histoire), auteur de L'Histoire interdite: révélations sur l'Histoire de France, défendent la thèse selon laquelle le siège d'Alésia aurait eu lieu à Chaux-des-Crotenay, dans le haut Jura. Ce site a été trouvé par André Berthier, archéologue réputé qui travaillait à Constantine en Algérie. Passionné par l'histoire d'Alésia, il en a cherché le site à partir du texte de César, en superposant les calques d'un croquis fidèle aux données césariennes à des cartes d'état major. Il se consacre à ses recherches de 1963 à sa mort en 2000. Il se rend sur place. Les autorisations de sondages (préalables à des fouilles) sont rares. André Malraux en accorda. Quelques trouvailles (un long mur romain notamment, mais aussi une poterie républicaine, une clé en fer et en bronze, des clous en quantité,etc) ont été faites. Bien des éléments sont particulièrement convaincaints:
  1. César parle de collines de même altitude; d'un lieu élevé, au pied duquel coulent deux cours d'eau; d'une plaine située à moins d'une journée de marche du lieu du siège, où eut lieu une bataille équestre.
  2. 80 000 combattants gaulois, 15 000 chevaux selon César nécessitent une place forte assez grande pour contenir tout ce monde..
  3. César dit quitter le plateau de Langres pour rejoindre le Nord de l'Italie, le pays des Allobroges.
Tous ces éléments confortent la thèse des défenseurs du site jurassien qui correspond à la description césarienne mieux qu'Alise-sainte-Reine et se trouve d'ailleurs sur la route qui conduit de Langres à Genève, plus qu'Alise-sainte-Reine qui constituerait un détour étrange...
Quant à la proximité toponymique, les tenants du site jurassien remarquent qu'als signifiait hauteur, falaise. César parle de l'Alésia des Mandubiens, chez les Séquanes, ce qui suppose l'existence de plusieurs Alésias. Le site d'Alise-sainte-Reine ne se trouve pas chez les Séquanes, malgré l'invention de "Séquanes de l'Ouest" que l'on doit à l'historien de renom lui aussi, Jérôme Carcopino (mort en 1970), qui s'en tenait à la version officielle du site d'Alise-sainte-Reine.
Réviser une partie si importante de l'Histoire nationale ne va pas de soi: ce serait reconnaître une erreur, transmise à des générations d'élèves; mettre en danger des intérêts économiques, régionaux, touristiques; cela nécessiterait de revoir également certaines datations car actuellement, on se sert des vestiges trouvés sur le site d'Alise-sainte-Reine -conservés au musée des antiquités nationales, créé par Napoléon III à Saint-Germain-en-Laye (78)-comme de références datant de -52.
Bien souvent, archéologie et idéologie sont intimement liées...Souhaitons qu'un jour la vérité historique soit établie.
Sources:
  • Documentaire télévisé: "Alésia, la bataille continue."
  • Emission "Deux mille ans d'Histoire: Le mystère d'Alésia."
III Le crépuscule du dieu.

 

  1. (septembre -52; février -51): Clémence de César -il libère les prisonniers arvernes au lieu de les considérer comme un butin- qui conclut des alliances avec les vaincus qui se mettent sous sa protection. Il établit son quartier général à Bibracte et répartit ses légions, s'en va chez les Bituriges qui font leur soumission avant de demander à César la protection contre les Carnutes qui se soumettent à leur tour quand les légions du proconsul marchent sur Orléans. Marc-Antoine remplace César à Bibracte pendant ses absences.
  2. (mars-décembre 51): Le désir de liberté est bien vivant encore chez les Gaulois belges -Bellovaques (Beauvaisiens)- comme chez ceux du Sud-Ouest. L'insurrection passive, le refus de s'engager dans des traités de paix garantis par la livraison d'otages, la proximité de bandes germaniques gênent César qui compte bien, non pas faire la guerre aux derniers Gaulois mais les obliger à faire la paix. Les Bellovaques s'en prennent aux Suessions, clients des Rèmes (alliés des Romains) avant d'être vaincus assez rapidement. L'unification des Gaules devient réalité en décembre quand César proclame que  la Gaule est une province romaine, qui conserve ses langues et ses lois.Les Gaulois n'ont plus la libre disposition de leurs armes et de leurs guerriers ni le doit de s'allier entre eux ni celui de se faire la guerre. Ils doivent à Rome un tribut annuel (faible) ainsi que la mise à disposition d'un contingent militaire. César fait un tour de Gaule avant de séjourner pour l'hiver dans son quartier général, à Arras. Légalement, ses pouvoirs en Gaule doivent expirer le 30 mars -50.
  3. (janvier-juillet -50) César a été consul en -59; il peut donc être de nouveau candidat pour l'année -49, d'autant plus qu'il avait obtenu l'autorisation personnelle de briguer le consulat sans être présent à Rome, "loi des 10 tribuns" que Pompée avait acceptée en échange du silence de César en -52 quand Pompée était devenu consul unique, trois ans à peine après son premier consulat! Le mandat de César s'achève au premier mars mais il ne pourra pas quitter la Gaule aussitôt. En Gaule il ne craint rien. Il pourrait compter sur l'immunité consulaire par la suite si sa candidature n'était pas soumise préalablement à sa démission proconsulaire... Pompée et le sénat demandent à César de restituer deux légions qui lui ont été prêtées, la situation en Orient étant instable. César déjoue la manoeuvre visant à l'affaiblir en envoyant deux fausses légions composées de fidèles partisans corrompus envoyés pour intoxiquer les pompéiens et les sénateurs.
  4. (juillet-17 décembre -50): le tribun de la plèbe Curion, dont César a payé les dettes, s'efforce de neutraliser Pompée et va jusqu'à opposer son véto à la décision consulaire d'en appeler à Pompée pour défendre Rome qui se souvient des guerres civiles et se vide de sa population inquiète à l'approche des troupes césariennes. Nouvellement élu tribun de la plèbe, Marc-Antoine apporte aux deux consuls un compromis proposé par César pour calmer les esprits: César est prêt à abdiquer le commandement de ses légions à l'exception de deux qu'il stationnera en Cisalpine dont il veut conserver le gouvernement  jusqu'à son deuxième consulat, programmé (!) pour début -48. César offre la paix, Pompée la guerre. Le sénat fixe une date pour le licenciement de l'armée césarienne après laquelle il sera considéré comme un rebelle en révolte contre la République. Le véto tribunitien de Marc-Antoine n'est pas retenu car le débat porte sur une province consulaire (gouvernée par un ancien consul), non sur une province prétorienne (gouvernée par un ancien préteur). Séance houleuse levée sans qu'aucune décision ne soit prise. Finalement, on nomme le 12 décembre -50 les proconsuls (Ahenobarbus, vieil ennemi de César, obtient ainsi la Gaule): un sénatus-consulte est voté qui décrète le rappel de César à Rome. Légalement, César n'est plus rien: il n'a plus de province, plus d'armée, plus d'immunité proconsulaire. Tandis que le nouveau proconsul revêt déjà le paludamentum, manteau écarlate insigne du commandement que portent les généraux et les proconsuls, César envoie ses troupes aux bords du Rubicon, fleuve qui sert de frontière entre la Cisalpine et l'Italie: il se montre encore à Ravenne où il se sait espionné le 16 décembre, avant de rejoindre nuitamment ses troupes et de franchir le Rubicon.
  5. (17 décembre -50; 17 février 49): Panique à Rome, retraite stratégique de Pompée, qui va de Capoue à Brindes, abandonnant Domitius Ahénobarbus qui lui a désobéi et livre Corfinium en rampant aux pieds de César lequel se montre clément: il lui rend sa fortune et s'attire ainsi la sympathie des soldats de Domitius comme celle de la foule. Les consuls, les sénateurs, et Pompée pour finir, quittent Brindes pour Dyrrachium, Pompée pouvant compter sur des alliés dans la Méditerranée.
  6. (17 février; 9 mars -49): César cherche une légitimité et le soutien de Cicéron. Il convoque des sénateurs sur le champ de Mars et se pose en défenseur de Rome que Pompée veut affamer. Il distribue de l'argent prélevé sur le Trésor public et s'engage à n'adopter les lois que par plébiscites, sénateurs et consuls ayant fui. L'une de ses premières lois consiste à donner le statut de citoyens romains  aux habitants de la Cisalpine (Virgile, né à Mantoue, est ainsi naturalisé romain); une autre loi l'autorise à vider le Trésor public, ce qui lui permettra de financer la guerre d'Espagne. Le préteur Lépide fait fonction de consul. Marcus Licinus Crassus, le fils aîné de feu le triumvir , est désigné gouverneur de la Cisalpine. Le tribun Lucius Métellus cherche en vain  à s'opposer à l'ouverture de la salle où se trouvaient les réserves monétaires de la République qui étaient conservées dans les soubassements du temple de Saturne, sur le forum, au pied du Capitole.
  7. (9 mars -15 mai -49): Sur la route de l'Espagne, César apprend que Pompée compte sur Marseille : Domitius Ahénobarbus, le gracié de Corfinium, vogue vers Marseille contre César! Marseille  résiste longtemps et seules les épidémies et la famine viendront à bout des Marseillais assiégés jusqu'à l'automne, alors même que César l'aura déjà emporté en Espagne contre les pompéiens.
  8. la guerre d'Espagne: (15 mai- fin septembre -49):marquée par la bataille de Lérida, elle ne dure que quatre mois et est peu sanglante.
  9. Les mutinés de Plaisance (octobre -49): de retour d'Espagne, César apprend que des légionnaires se mutinent en Cisalpine, à Plaisance, pillant et violant des citoyens récemments faits romains. Ils sont las de faire la guerre, de ne pas avoir assez de butin. César comprend que les meneurs sont soudoyés par Pompée. Il s'indigne de voir la neuvième légion s'en prendre à des compatriotes et décide de rétablir le principe ancestral de la décimation: un homme sur dix, parmi les légionnaires rebelles sera égorgé. Jouant la clémence, il n'en fait exécuter que douze, sur sa liste de cent vingt rebelles. Le tirage au sort-truqué-lui permet d'éliminer les meneurs. Il apprend que Lépide veut le proclamer dictateur (magistrat unique nanti des pleins pouvoirs civils et militaires pour gouverner la patrie en danger, pour une durée de six mois seulement -hantise de la monarchie). Peu ont été dictateurs avant lui. On se souvient notamment de Fabius Maximus au temps de la guerre d'Hannibal (-217) et de Sylla, "dictateur constituant", dernier dictateur connu qui avait été chargé de réviser la constitution de la République.
  10. La première dictature de César (28 octobre - 8 novembre -49): proposée par Lépide, magistrat le plus haut gradé en l'absence des consuls, défaillants, et approuvée par plébiscite, la dictature est décernée à César, investi dès son retour dans Rome. Il n'accepte cette magistrature que pour onze jours, le temps de prendre les mesures urgentes (mesures économiques, nominations de magistrats), et d'accorder la citoyenneté romaine aux Transpadans, l'amnistie générale de tous les proscrits -ou presque-et exilés de Rome depuis le temps de Sylla); César annonce qu'il sera candidat au prochain consulat. Les deux seuls candidats sont élus pour l'année -48: César et Publius Servilius Vatia Isauricus. En sa qualité de Grand Pontife, César a accès à tous les temples de la Ville: il en profite pour opérer une razzia méthodique des trésors sacrés et autres offrandes monnayables. Il s'agit d'assurer la solde de ses armées! Le tout est porté au temple de Junon, sur le Capitole, à la Moneta (lieu où l'on fondait les monnaies à Rome). Sur le revers des pièces, on peut lire "Caesar", "imperator" sur l'avers... Son élection comme consul fait de Pompée et des sénateurs en fuite des rebelles qu'il s'agit de poursuivre. César s'en va donc à Brindes pour les combattre légalement.
  11. (17 novembre -49; 29 juin -48): Pompée et les siens fourbissent leur revanche à Dyrrachium (la moderne Dürres, en Albanie actuelle) mais le généralissime se trompe dans ses prévisions: malgré les tempêtes, César traverse l'Adriatique en plein hiver, bloque Pompée dans Dyrrachium, le pousse à forcer le blocus puis le poursuit à travers la Thessalie où il finit par le vaincre dans une bataille rangée classique, malgré son infériorité numérique, le 29 juin -48 à Pharsale. Le mauvais temps comme le contrôle maritime exercé par Bibulus empêchent longtemps l'arrivée des renforts césariens conduits par Marc-Antoine retenus à Brindes. Une fois la jonction opérée, Pompée s'enferme entre Pétra et Dyrrachium sur une falaise isolée. Il a des vivres et un ravitaillement maritime. L'inaction néanmoins pousse les hommes de Pompée à forcer le blocus, réalisant le souhait de César qui s'attendait à ce que son ennemi regagnât la mer Egée. C'est ainsi que les deux antagonistes vont s'affronter dans une bataille rangée à Pharsale.
  12. (29 juin - 16 août -48): Sûr de lui, Pompée lance le mot d'ordre (Hercules invictus, Hercule invaincu) qui s'impose puisqu'il n'a jamais connu de défaite. Il a la supériorité numérique pour lui, se trouve dans les collines alors que César est dans la plaine. César quant à lui  quand il lance son mot d'ordre (Venus vitrix, Vénus la victorieuse) comprend les intentions tactiques de son adversaire et sait s'adapter promptement. Pharsale voit s'enfuir Pompée qui a perdu 15 000 soldats contre moins de 300 pour son adversaire. Pompée regagne Amphipolis. César doit s'emparer de Pompée qui, s'il n'a plus d'armée, est en mesure d'en lever une autre en Orient. Pompée, qui a alors 58 ans, récupère à Mytilène (île de Lesbos)sa femme Cornélie et son fils Sextius, longe la côte de l'Asie jusqu'au port d'Attalia (la moderne Antalya turque): il choisit alors comme terre d'asile l'Egypte où règnent Ptolémée XIV son "filleul" et Cléopâtre. C'est Pompée en effet qui avait permis au roi d'Egypte Ptolémée XIII Aulète de recouvrer son trône. A la mort de l'Aulète en -51, Pompée est devenu le tuteur de son fils, Ptolémée XIV, qui avait alors 10 ans. Il en a 13 à présent. D'après le testament de l'Aulète, Ptolémée doit partager le pouvoir avec sa soeur, Cléopâtre, qui a vingt ans alors.  A la mort de leur père, c'est elle qui a gouverné sans s'occuper de son frère. Celui-ci est entre les mains de trois régents: l'eunuque Pothin, son précepteur le rhéteur Théodote de Chios et son maître d'armes, le stratège Achillas. Ces trois-là comprennent que s'ils laissent faire Cléopâtre, c'en est fait de leur pouvoir et de leurs profits. Ils s'arrangent donc pour l'obliger à quitter l'Egypte. De sorte que Ptolémée est seul roi et un roi qui ne peut être qu'attaché à la cause de Pompée, puisque son père l'a nommé son tuteur...Cléopâtre de son côté est partie en Syrie lever une armée arabe, riche de sa beauté, pour recouvrer son trône. A l'approche de Pompée, les trois régents se méfient du Romain qui pourrait être tenté se s'emparer de l'Egypte dont l'armée est constituée en grande partie d'anciens soldats du Grand Homme. Ils décident donc de le tuer. Pompée meurt décapité à la veille de ses 59 ans, le 16 août -48.
  13.  (19 août -début septembre -48): La marche terrestre de César à la poursuite de Pompée se prolonge sur la mer. Quand il arrive dans le port d'Alexandrie accompagé de deux légions, Théodote lui livre la tête de Pompée, affirmant que le roi d'Alexandrie a terminé à sa place la guerre civile. César s'émeut de ce crime et exige une sépulture pour Pompée. Il entre dans Alexandrie précédé des douze licteurs auxquels il a droit ...sur le sol romain et compte bien s'occuper du royaume égyptien. Il sait bien que Ptolémée XII, qui n'a régné que 19 jours avant d'être assassiné, avait légué par testament l'Egypte à Rome; qu'un sien bâtard a régné à sa mort et fait disparaître le testament: Ptolémée XIII Aulète, père du jeune Ptolémée XIV, de Cléopâtre qui devraient partager la couronne. César s'installe au palais, profitant de l'absence du roi, occupé à barrer la route à Cléopâtre à Péluse. Celle-ci écrit à César vouloir plaider sa cause devant lui. César convoque le frère et la soeur pour juger du différend qui les oppose. Quand Ptolémée XIV se présente, César s'adresse au seul jeune souverain: il prétend qu'en vertu des accords passés lors de la restitution du trône d'Egypte à Ptolémée Aulète, les affaires égyptiennes relèvent de la compétence de l'Etat romain; il rappelle la dette égyptienne envers Rome dont il exige le paiement immédiat. Il autorise le roi à s'installer dans une aile du palais! Cléopâtre quant à elle veut voir César en tête à tête : elle a vingt ans, lui 54. Elle s'introduit dans le palais royal transportée dans le baluchon d'un pêcheur qui a toute sa confiance. Il prétend porter des tapis commandés par César..qui découvre la reine d'Egypte.
  14. début septembre 48 -février -47: quand Ptolémée XIV découvre sa soeur dans le lit de César, il se met en colère et en appelle aux Alexandrins que César harangue aussitôt en affirmant n'être venu chercher que la dépouille de Pompée. Pour la couronne, il s'en remettra au choix des Egyptiens...Il donne lecture des testaments de Ptolémée XII et Ptolémée XIII que le directeur des Archives du palais lui a remis. Il prétend vouloir faire respecter les volontés de Ptolémée XIII Aulète, usurpateur reconnu néanmoins par les Egyptiens. Il proclame Cléopâtre VII et Ptolémée XIV souverains conjoints, restitue l'île de Chypre au peuple égyptien et nomme les enfants cadets de Ptolémée Aulète (la princesse Arsinoé et le prince Ptolémée XV)souverains conjoints de cette province devenue romaine dix ans auparavant avec la protection de Rome. Les Egyptiens se réjouissent sans s'apercevoir que César institue ipso facto Rome comme législatrice du royaume égyptien. Pothin tente d'empoisonner César et fait distribuer par les boulangers un pain immangeable pour répandre le bruit que les Romains prennent tout le bon blé. César le fait surveiller de très près pour l'acculer à la faute, ce qu'il ne manque pas de faire en demandant à Achillas de marcher sur Alexandrie avec l'armée de Syriens qu'il a levée à Péluse. Mi-septembre, la guerre d'Alexandrie commence. Elle durera 5 mois. Marquée par la supériorité numérique des Egyptiens et par leurs ruses, elle voit le port d'Alexandrie brûler fin septembre: César incendie non seulement la flotte ennemie, mais le port, la ville, le Musée et les 400 000 volumes de sa Bibliothèque...Pothin meurt décapité. César laisse s'enfuir la jeune Arsinoé faite reine de Chypre ainsi que son conseiller, l'eunuque Ganymède, à Péluse dans le camp d'Achillas. L'eunuque veut s'imposer à Achillas, le tue, et prend la direction des opérations privant César d'eau potable. Les renforts envoyés à César ne suffisent pas à l'emporter et il s'en faut de peu qu'il ne perde la vie. Il apprend d'ailleurs que son collègue Servilius Isauricus l'a proclamé dictateur pour un an et que le sénat lui a attribué pour cinq ans des fonctions de consul, chargeant sa personne d'honneurs et de pouvoirs (droit de décider de la paix et de la guerre, du sort des pompéiens, bénéfice jusqu'à sa mort des compétences et des privilèges d'un tribun de la plèbe). Les Alexandrins de leur côté ne souffrent pas tous d'être dirigés par une femme et un eunuque. Finalement, des renforts importants sont envoyés à César qui l'emporte. Ptolémée XIV, l'enfant roi, périt dans la bataille du Nil.
  15. (mars-avril -47): César décide que l'Egypte sera gouvernée par Cléopâtre enceinte et son (autre) frère-époux, Ptolémée XV. Arsinoé sera traitée comme une captive et défilera derrière son char avec l'eunuque, lors de son triomphe. Chypre retourne à Rome. César fait donc de l'Egypte une monarchie héréditaire sous protectorat romain. Il s'en va ensuite faire une croisière sur le Nil avec la reine d'Egypte, sur un thalamège, sorte de chambre nuptiale conçue pour les promenades galantes, sous bonne escorte. César apprend l'histoire de la déesse Isis, épouse de son frère Osiris, premier roi du Nil jalousé par leur frère Set qui le tue et le découpe en quatorze morceaux qu'Isis retrouve pour la plupart, obtenant sa résurrection! Le voyage dure deux mois et l'inaction pousse ses légionnaires à grogner. César se souvient d'Alexandre, qui avait dû mettre un terme à sa marche victorieuse vers l'Inde confronté à la mutinerie de ses soldats. Il s'en retourne à Alexandrie où il apprend de mauvaises nouvelles: à Rome, les mesures financières prises lors de sa première dictature ont échoué; les conflits entre débiteurs et créanciers se multiplient et le peuple gronde, d'autant que Marc-Antoine, nommé Magister equitum (Maître de la cavalerie) et qui fait donc fonction de vice-consul mène une vie de débauche. En Asie, le fils légitime de Mithridate, Pharnace II, fait parler de lui: après avoir aidé Rome en participant à l'assassinat de son père, il a des prétentions territoriales et connaît quelques victoires..Quant aux sénateurs pompéiens, ils ont trouvé refuge en Afrique, avec Caton et Scipion Metellus à leur tête, auprès du roi des Numides, Juba Ier, ennemi juré de César (César, quand il était préteur, avait tranché un différend entre Masintha, jeune prince numide, et Hiempsal, roi des Numides qui le faisait chanter...en faveur de Masintha, qu'il avait embarqué avec lui lors de son départ pour l'Espagne. Juba est le fils de Hiempsal et son héritier. César doit donc s'occuper de Pharnace et s'en va en Petite Arménie. Il doit également mettre un peu d'ordre à Rome et veut en finir avec les derniers pompéiens en montant une expédition contre eux en Afrique.
  16. mai -août -47:  César quitte l'Egypte, laissant derrière lui des troupes de protection, non d'occupation. Il mate la rébellion de Pharnace en Petite Arménie (bataille de Zéla) si rapidement qu'il résume dans une lettre à Anitius cette campagne en trois mots: Veni, vidi, vici. Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. Son second, Marcus Juinius Brutus, fils de Servilia rentre à Rome à la mi-août avec le maître de l'Orient. La grogne est importante à Rome, dans les rangs notamment. Les soldats, dont certains sont à la solde du parti sénatorial, aspirent au repos et ne veulent plus être mobilisés de nouveau. Les mutins marchent même sur Rome, pillant et massacrant, quand Salluste leur est envoyé par César. Les portes de la Ville sont fermées et César, sans escorte, se rend à leur rencontre sur le Champ de Mars, accompagné des seuls Antoine, Rufus et Brutus. Intimidés, ils regrettent aussitôt leur révolte quand César accepte leur congé et renvoie ces civils à son triomphe pour l'octroi des récompenses auxquelles ils prétendent. Ils comprennent alors qu'ils ne seront alors que de simples citoyens, non des soldats triomphants. Ils supplient César de les garder à son service et celui-ci les exhorte à le suivre en Afrique!
  17. (août -47; 25 mai -46): César est déçu par Antoine, qui a profité de sa fonction de Maître de la Cavalerie (première magistrature de Rome après les consuls) pour faire main basse sur les biens des pompéiens. Comme sa dictature se termine en mars -46, il compte devenir une troisième fois consul, secondé par Lépide qui succédera d'ailleurs à Antoine comme Maître de la Cavalerie. Il fait nommer  légalement Brutus gouverneur de la Gaule Cisalpine pour éviter d'emmener avec lui en Afrique cet ancien pompéien grâcié après Pharsale, fils de Servilia et donc neveu de Caton d'Utique, qui a été son maître de philosophie et comme un père. C'est en Afrique en effet que sont réfugiés les derniers pompéiens, en Phénicie (Tunisie) plus précisément.  Caton a juré de ne plus se raser et de ne plus se couper les cheveux tant que la patrie serait aux mains des césariens. Il a déféré l'autorité suprême à Métellus Scipion. Pour affirmer la continuité de la République, des monnaies d'or et d'argent à son nom et à l'effigie de l'Afrique, surmontées d'une défense d'éléphant sont frappées. Des bastions avec force provisions sont prêts. Selon César, il s'agit d'une bande composite plus que d'une armée romaine. Les seuls à craindre sont les cavaliers numides mais sans infanterie, Scipion ne peut gagner aucune bataille. Les civils romains de surcroît sont mécontents car ils n'aiment pas le service militaire qu'on leur impose, alors même qu'ils appartiennent aux classes populaires et sont les adversaires muets du parti sénatorial. César passe par la Sicile et s'en va avec Salluste en Afrique. Les troupes n'arriveront qu'au fil des mois, renforçant César qui pratique le harcèlement et masque sa maladie habilement (perte de connaissance brève déguisée en baiser du sol africain bientôt conquis). Une fois ses troupes au complet, il engage la bataille de Thapsus, terrible pour les pompéiens. Tandis que ses troupes assiègent la ville, il se dirige vers Utique. Les habitants comptent bien lui ouvrir les portes de la capitale africaine, ce que Caton ne supporte pas. Il préfère se donner la mort. Deux jours après, quand César entre dans Utique, il affirme: "J'envie ta mort, Caton , car tu m'as ôté la gloire de t'avoir sauvé la vie." Après les victoires sur Thapsus et Thysdra, César poursuit les pompéiens jusqu'en Numidie, le royaume voisin de son vieil ennemi Juba. Il s'empare de Zama, sa capitale, où Juba meurt en tentant de la défendre et d'Hippone (al-Annaba) où s'est enfermé Scipion qui se noie. En dépit de la fuite de quelques chefs de l'armée pompéienne en Espagne -parmi lesquels Cnéius le fils aîné de Pompée- la victoire est complète. César condamne à mort les "sénateurs" d'Utique. Le royaume numide de Juba (le Constantinois moderne) est annexé et réduit en province romaine sous le nom d'Africa nova, "la Nouvelle Afrique": le gouvernement en est donné à Salluste avec le titre de proconsul. César ne rentre à Rome que le 25 mai -46, après une étape en Sardaigne. Il est accueilli par une foule innombrable, populaire.
  18. (mai - août -46): Avant même son retour à Rome, les sénateurs offrent spontanément à César la charge de dictateur pour dix ans, en sus du consulat. Il est nommé Préfet des moeurs (fonction nouvelle qui remplace celle de censeur, qu'il avait abolie): c'est désormais César qui tient à jour l'album du Sénat et qui a le droit de contrôler la vie publique et la vie privée de tous les citoyens. Les sénateurs votent également quarante jours de prières publiques et de sacrifices aux dieux, ainsi que le triomphe pour ses exploits en Gaule, en Egypte, dans le Pont contre Pharnace et en Numidie. Ils lui attribuent non seulement les 24 licteurs auxquels il a droit en tant que dictateur, mais aussi ceux auxquels il avait eu droit lors de ses deux précédentes dictatures (-49; -47), soit en tout 72 licteurs. Avant son arrivée toujours, on fait fondre une statue d'airain le représentant debout sur un globe terrestre, que l'on place sur le mont Capitole, devant le temple de Jupiter: une inscription sur le globe le qualifie d'hémithéos, de demi-dieu. Il est décidé enfin qu'il siégerait au sénat sur une chaise curule placée à côté des consuls et qu'il parlerait le premier. César s'installe dans la villa publica réservée aux généraux en attente de triomphe. Sur le champ de Mars, il s'adresse aux Romains pour leur dire que Rome est riche (butin) et que de l'argent sera distribué aux plus pauvres, aux soldats et servira à l'embellissement de la ville. Ce sont quatre triomphes qui sont préparés, avec son lot de prisonniers et de spectacles: Vercingétorix pour le triomphe gaulois (après quoi il est étranglé), Arsinoé pour l'égyptien (soeur qu'exècre Cléopâtre qui la jalouse et qui assiste aux triomphes), des peintures représentant Pharnace détalant à l'approche de l'armée romaine pour l'asiatique; Juba II, âgé de 5 ans, fils de Juba Ier pour le numide. Un banquet gigantesque  (200 000 couverts) suit ces triomphes, puis les récompenses des légionnaires et des journées de réjouissances pour les Romains [plus de détails sur les triomphes, pages 372-383]. Chaque journée dure toute la journée, conduisant les notables du Champ de Mars au temple de Jupiter: sénateurs, magistrats  en exercice, musiciens, butins, représentations artistiques (noms des villes gauloises; statues représentant les fleuves domptés :Rhin, Rhône, Nil), taureaux blancs destinés à être immolés, prisonniers remarquables, les licteurs, le triomphateur (ceint d'une couronne de lauriers, un sceptre d'or terminé par un aigle dans la main gauche et un rameau de laurier dans la main droite, puis ses soldats... Quant à Cléopâtre qui exhibe son petit Césarion, elle est très courtisée et espère beaucoup devenir la femme de César après qu'il aura divorcé de Calpurnia qui ne peut lui donner un enfant ou le vote d'une loi autorisant la polygamie...Il n'en est rien. César pense à Octave, le fils de sa nièce Atia et d'un riche homme d'affaires mort l'année où César a franchi le Rubicon. César le considère déjà comme son fils adoptif.
  19. (septembre -46; juillet -45): Salluste préconise clémence et restauration de la moralité dans un rapport commandé par César. César décide de faire entrer au sénat des chevaliers à l'image de la nouvelle société romaine, multinationale, pense porter le nombre de sénateurs de 600 à 900 et limiter les pouvoirs du sénat pour lutter contre la concussion. C'est pour les mêmes raisons qu'il ne veut plus de brigue électorale, mais des candidats ...désignés par lui! Il fait adopter une loi sur les loyers, fixe un nouveau cadre à l'assistance publique, veille à l'exécution des lois agraires au bénéfice non plus des seuls vétérans, mais des plus pauvres, lance des chantiers (port d'Ostie, route), lutte contre le luxe...Restant dictateur et consul sans collègue, il s'en va lutter contre Cneius Pompée en Espagne. Le rapport de force lui est totalement défavorable (mars -45) à Munda ( à 70 km au sud de Cordoue) et ses officiers envisagent même la reddition ou la fuite! Courageux, César s'en va seul au combat, manquant de mourir sur le champ de bataille mais bientôt rejoint par ses soldats émus. L'Espagne a son retour à Rome change de statut : elle est assujettie à présent à Rome.
  20. (juillet- décembre -45): A son retour d'Espagne, dans le plus grand secret, César rédige son testament dans lequel il fait de son petit-neveu Octave son fils adoptif et l'unique héritier de tous ses biens. Il dépose ce testament dans une niche secrète du temple de Vesta, où nul homme ne peut pénétrer, sinon le Grand Pontife, qui n'est autre que lui-même! Le document est confié à la garde de la Grande Vestale. Il accepte un cinquième triomphe, pour sa victoire sur l'Espagne, plus modeste, moins ostentatoire que les précédents, émaillé d'incidents (un tribun de la plèbe, Pontius Aquila, reste ainsi ostensiblement assis à son passage; un mime fait des allusions politiques qui lui déplaisent). Après son triomphe, César se démet de son consulat et en confie la charge pour les trois derniers mois aux consuls subrogés, Trébonius et Fabius Maximus (ce dernier meurt le 31 décembre et César le remplace par Caninius Rébilius, qui n'est donc consul qu'un seul jour!). Flatterie ou raillerie? On lui accorde un siège d'or au sénat, on le représente (statues, images) partout dans Rome, on le proclame "Père de la patrie", des temples lui sont dédiés comme à un dieu; le cinquième mois de l'année, qui est celui de sa naissance, Quintilis, est débaptisé et appelé de son nom: Julius (juillet, l'année romaine commençait alors le 1er mars). Sa personne est déclarée sacrée et inviolable comme celle d'un tribun. On l'appelle même divus Julius, divin Julius. César se préoccupe de la colonisation des provinces  et de leur unification, ce qui passe par deux vecteurs : la monnaie et le calendrier réformé (calendrier julien: inspiré de ses conversations avec le grand astronome alexandrin Sosigène, création d'une année "bissextile" tous les quatre ans pour que le calendrier corresponde à la durée entre deux équinoxes. Jusque-là, il y avait bien douze lunaisons -28 ou 29 jours- (355jours) et un mois bref supplémentaire -20 à 22 jours- tous les deux ans..ou presque!). La réforme julienne du calendrier d'ailleurs fait concorder l'année des astronomes et celle des consuls puisqu'elle commence désormais le 1er janvier. Fin -45, le sénat doit voter un sénatus-consulte proclamant la transmission de la dignité de Pontifex Maximus de César à son "fils adoptif" -dont tous les sénateurs ignorent alors et l'existence, et l'identité...
  21. (décembre -45; 28 janvier -44): César se retire de Rome le temps des Saturnales [pages 426-427: fêtes qui avaient lieu du 16 décembre au soir jusqu'au 19/20 décembre: en l'honneur de Saturne, dieu qui avait enseigné l'art de l'agriculture aux hommes, de Cybèle, la déesse des moissons engrangées et de Consus, le dieu protecteur des silos. Durant ces fêtes, joie, chansons, danses dans Rome. Rien n'est interdit: ni l'ivresse, ni les jeux de hasard, ni les orgies en public. Les esclaves commandent à leurs maîtres et se montrent capricieux et tyranniques. Les gens se font des cadeaux etc.] Le 1er janvier -44, César est intronisé consul pour la cinquième fois, secondé par Antoine. César travaille aux embellissements de la Ville. Il aimerait devenir roi de Rome, idée passible de mort..Plusieurs stratagèmes doivent habituer le peuple à cette idée: sa statue d'or élevée sur la tribune aux harangues est couronnée nuitamment d'un diadème portant une bandelette blanche, insigne de royauté. La couronne ne reste pas longtemps... César préside les fêtes latines vêtu pour la circonstance de la toge royale. Si certains crient "Vive le roi", les "vive la République!" l'emportent. Cassius,  nommé préteur (pérégrin, et non urbain alors que Brutus, plus jeune que lui, l'a été!)par César ne peut agir ouvertement. Il se sert de deux tribuns de la plèbe pour dénoncer le royalisme. Comme ils sont inviolables et sacrés, César se sert d'un autre tribun de la plèbe pour parvenir à leur destitution, se montrant clément puisqu'il leur épargne la mort décidée par le sénat pour forfaiture contre le dictateur.
  22. (29 janvier ; 14 mars -44) : César apprend à la veille des Lupercales (qui ont lieu le 15 février) qu'un sénatus-consulte fait de lui un dictateur perpétuel. Le sénat lui accorde l'imperium (le commandement) sur tout le monde romain jusqu'à sa mort. César s'apprête à partir combattre les Daces (Danube) et à confier le gouvernement civil et militaire de Rome à Lépide qu'il fera Maître de la Cavalerie; il compte partir en Orient avec son second Maître de la Cavalerie, Octave, son légataire universel, fils adoptif et vice-dictateur. Il doit hériter la dictature et le titre de Grand Pontife. Les Lupercales [pages 448-451] du 15 février -44 sont l'occasion d'un nouveau stratagème pour faire de César le roi des Romains. A l'origine, il y avait à Rome deux confréries de Luperques, composées de jeunes gens appartenant à deux anciennes familles romaines, celle des Fabius et celle des Quinctilius. Une légende prétend que leurs fondateurs étaient les bergers qui faisaint paître, sur le mont Palatin, les troupeaux de Rémus (les Fabiens) et de Romulus (les Quinctiliens). Pour honorer César, on venait de créer une troisième confrérie, celles des Luperques juliens, dont le grand prêtre était Marc-Antoine. Après le rituel de la grotte du Lupercal (en souvenir de Romulus et Rémus allaités par la louve) dans laquelle on immole des chèvres et des boucs avant de courir dans les rues de Rome recouvert de leur sang et fouettant la foule, notamment les femmes, ( pour accroître leur fécondité pensait-on)avec les lanières taillées dans la peau d'un bouc sacrifié, les trois collèges de Luperques se retrouvent devant les Rostres. Par trois fois un diadème royal est proposé à César, mais les réactions ambivalentes de la foule l'amènent à refuser cette consécration populaire. Le dernier stratagème est le recours aux oracles sybillins conservés à Cumes, dont certains prétendent que seul un roi pourrait vaincre le roi des Parthes contre lequel César doit partir en expédition. Bien qu'ils aient brûlé du temps de Sylla et bien qu'ils soient contradictoires entre eux, ces oracles dont l'oncle de César (Aurélius Cotta) est l'un des honorables dépositaires, doivent faire l'objet d'une lecture devant le sénat lors des ides de mars ..pour convaincre les sénateurs de faire de César un roi! Pour Cassius qui fait espionner César, l'unique solution désormais est l'assassinat politique qui mettra un terme à la société multinationale promise par César. Il trouve des alliés, dont Brutus, descendant de Lucius Junius Brutus, l'homme qui avait jadis chassé Tarquin le Superbe, le dernier roi de Rome (-509) et fondé la République. Brutus est le neveu et le fils spirituel de Caton. La convocation du sénat du 15 mars décide Brutus à rejoindre Cassius. Son seul nom attire d'autres indécis dans le complot (une soixantaine de sénateurs). Tout est préparé: Antoine devra être tenu à l'écart de César par ruse; chacun sera discrètement armé. Les premiers gestes et acteurs sont désignés: Tillius Cimber et Servilius Casca.
  23. Les ides de mars (15 mars -44): De nombreux présages (coq sacrifié à Jupiter...sans coeur; petit oiseau porteur d'un rameau de laurier mis en pièces par d'autres oiseaux) des rêves (César serrant la main de Jupiter, Calpurnia voyant César dégoulinant de sang), les sacrifices du matin même des ides de mars: tout cela est néfaste. César est un peu malade et est sur le point d'annuler la séance mais on le convainc en lui affirmant que les sénateurs sont disposés à lui conférer la royauté pour toutes les provinces de l'empire situées en dehors de l'Italie. César se moque du mauvais présage que l'haruspice Spurinna lui annonce à son entrée dans la curie. L'assassinat se passe comme on sait et le corps de César est atteint de 23 coups.
  24. (15- 20 mars -44): Antoine et Lépide ont fui pour se protéger et se concertent le soir même de l'assassinat. Finalement, Antoine convoque le sénat pour le lendemain même avant le lever du jour, au temple de Tellus, qui jouxte sa maison, contrairement à la Curie. Antoine soumet au vote des sénateurs une alternative simple. Soit on rejette en bloc les actes de celui qu'on considère comme un tyran, soit on les accepte en bloc. Calpurnius Pison, beau-père de César, révèle au sénateur qu'il est détenteur du testament. Après des débats, le sénat accepte d'offrir des funérailles au Grand Pontife dont il a accepté l'ensemble des actes juridiques, accordant son pardon aux meurtriers de César. Une lecture publique sera faite de son testament. Le 16 mars, le cadavre de César repose à la Régia où Antoine se fait remettre par Calpurnia les documents de César qui concernent la marche de l'Etat et tous les fonds qui s'y trouvent. Le 20 mars, la lecture publique du testament par Calpurnius Pison apprend à tous qu'Octave est le fils adoptif de César, son unique héritier. Il lègue également une somme à chacun des 150 000 citoyens bénéficiaires de l'assistance publique. C'est sur le forum qu'Antoine fait l'éloge funèbre de César, rappelant les lois et les décrets qui ont permis plus de justice, rappelant l'inviolabilité de sa personne et la clémence du défunt. Antoine renonce à sa vengeance, rappelle les victoires de César, en appelle aux chants funèbres. Pendant ceux-ci, le corps de César est exposé verticalement, offrant à la vue de tous les 23 coups portés. La foule pleure, hurle, se met en colère, incendie la Curie et poursuit des assassins qui sont déjà à l'abri. Les prêtres du temple de Jupiter Capitolin refusent qu'un homme repose au côté d'un dieu. César est ramené sur le forum, à l'emplacement où se trouvait avant la République, le palais des rois de Rome. On met le feu au bûcher qui se consume toute la nuit...