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LA PHRASE

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Oscar Wilde

Textes du mois (archives 2012-2016)

Rubrique créée à l'occasion des quatre ans de Simorgh, après un travail d'archivage cf  textes du mois (archives 2008-2012)

 

 décembre 2016

 

LE ROSSIGNOL ET LA ROSE

-Elle a dit qu'elle danserait avec moi si je lui apportais des roses

rouges, gémissait le jeune étudiant, mais dans tout mon jardin il n'y a
pas une rose rouge.

De son nid dans l'yeuse, le rossignol l'entendit.

Il regarda à travers les feuilles et s'émerveilla.

-Pas de roses rouges dans tout mon jardin! criait l'étudiant.

Et ses beaux yeux se remplissaient de larmes.

-Ah! de quelle chose minime dépend le bonheur! J'ai lu tout ce que les
sages ont écrit; je possède tous les secrets de la philosophie et faute
d'une rose rouge voilà ma vie brisée.

-Voici enfin l'amoureux vrai, dit le rossignol. Toutes les nuits je
l'ai chanté, quoique je ne le connusse pas; toutes les nuits je redis
son histoire aux étoiles, et maintenant je le vois. Sa chevelure est
foncée comme la fleur de la jacinthe et ses lèvres sont rouges comme
la rose qu'il désire, mais la passion a rendu son visage pâle comme
l'ivoire et le chagrin a mis son sceau sur son front.

-Le prince donne un bal demain soir, murmurait le jeune étudiant et mes
amours seront de la fête. Si je lui apporte une rose rouge, elle dansera
avec moi jusqu'au point du jour. Si je lui apporte une rose rouge, je la
serrerai dans mes bras. Elle inclinera sa tête sur mon épaule et sa main
étreindra la mienne. Mais il n'y a pas de roses rouges dans mon jardin.
Alors je demeurerai seul et elle me négligera. Elle ne fera nulle
attention à moi et mon cœur se brisera.

-Voilà bien l'amoureux vrai, dit le rossignol. Il souffre tout ce que
je chante: tout ce qui est joie pour moi est peine pour lui. Sûrement
l'amour est une merveilleuse chose, plus précieuse que les émeraudes et
plus chère que les fines opales. Perles et grenades ne peuvent le payer,
car il ne paraît pas sur le marché. On ne peut l'acheter au marchand ni
le peser dans une balance pour l'acquérir au poids de l'or.

-Les musiciens se tiendront sur leur estrade, disait le jeune étudiant.
Ils joueront de leurs instruments à cordes et mes amours danseront au
son de la harpe et du violon. Elle dansera si légèrement que son pied
ne touchera pas le parquet et les gens de la cour en leurs gais atours
s'empresseront autour d'elle, mais avec moi elle ne dansera pas, car je
n'ai pas de roses rouges à lui donner.

Et il se jetait sur le gazon, plongeait son visage dans ses mains et
pleurait.

-Pourquoi pleure-t-il? demandait un petit lézard vert, comme il courait
près de lui, sa queue en l'air.

-Mais pourquoi? disait un papillon qui voletait à la poursuite d'un
rayon de soleil.

-Mais pourquoi donc? murmura une pâquerette à sa voisine d'une douce
petite voix.

-Il pleure à cause d'une rose rouge.

-A cause d'une rose rouge. Comme c'est ridicule!

Et le petit lézard, qui était un peu cynique, rit à gorge déployée.

Mais le rossignol comprit le secret des douleurs de l'étudiant, demeura
silencieux sur l'yeuse et réfléchit au mystère de l'amour.

Soudain il déploya ses ailes brunes pour s'envoler et prit son essor.

Il passa à travers le bois comme une ombre et, comme une ombre, il
traversa le jardin.

Au centre du parterre se dressait un beau rosier et, quand il le vit, il
vola vers lui et se campa sur une menue branche.

-Donnez-moi une rose rouge, cria-t-il, et je vous chanterai mes plus
douces chansons.

Mais le rosier secoua sa tête.

-Mes roses sont blanches, répondit-il, blanches comme l'écume de la mer
et plus blanches que la neige dans la montagne. Mais allez trouver
mon frère qui croît autour du vieux cadran solaire et peut-être vous
donnera-t-il ce que vous demandez.

Alors le rossignol vola au rosier qui croissait autour du vieux cadran
solaire.

-Donnez-moi une rose rouge lui cria-t-il, et je vous chanterai mes plus
douces chansons.

Mais le rosier secoua sa tête.

-Mes roses sont jaunes, répondit-il, aussi jaunes que les cheveux des
sirènes qui s'assoient sur un tronc d'arbre, plus jaunes que le narcisse
qui fleurit dans les prés, avant que le faucheur ne vienne avec sa faux.
Mais allez vers mon frère qui croît sous la fenêtre de l'étudiant et
peut-être vous donnera-t-il ce que vous demandez.

Alors le rossignol vola au rosier qui grandissait sous la fenêtre de
l'étudiant.

-Donnez-moi une rose rouge, cria-t-il, et je vous chanterai mes plus
douces chansons.

Mais l'arbre secoua sa tête.

-Mes roses sont rouges, répondit-il, aussi rouges que les pattes des
colombes et plus rouges que les grands éventails de corail que l'océan
berce dans ses abîmes, mais l'hiver a glacé mes veines, la gelée a
flétri mes boutons, l'ouragan a brisé mes branches et je n'aurai plus de
roses de toute l'année.

-Il ne me faut qu'une rose rouge, cria le rossignol, une seule rose
rouge. N'y a-t-il pas quelque moyen que j'en aie une?

-Il y a un moyen, répondit le rosier, mais il est si terrible que je
n'ose vous le dire.

-Dites-le moi, fit le rossignol. Je ne suis pas timide.

-S'il vous faut une rose rouge, dit le rosier, vous devez la bâtir de
notes de musique au clair de lune et la teindre du sang de votre propre
cœur. Vous chanterez pour moi, votre gorge appuyée à des épines. Toute
la nuit vous chanterez pour moi et les épines vous perceront le cœur:
votre sang vital coulera dans mes veines et deviendra le mien.

-La mort est un grand prix pour une rose rouge, répliqua le rossignol,
et tout le monde aime la vie. Il est doux de se percher dans le bois
verdissant, de regarder le soleil dans son char d'or et la lune dans son
char de perles. Elle est douce, l'odeur des buissons d'aubépines. Elles
sont douces, les clochettes bleues qui se cachent dans la vallée et les
bruyères qui couvrent la colline. Pourtant, l'amour est meilleur que la
vie et qu'est-ce que le cœur d'un oiseau comparé au cœur d'un homme?

Alors il déploya ses ailes brunes et prit son essor dans l'air. Il passa
à travers le jardin comme une ombre et, comme une ombre, il traversa le
bois.

Le jeune étudiant était toujours couché sur le gazon là où le rossignol
l'avait laissé et les larmes n'avaient pas encore séché dans ses beaux
yeux.

-Soyez heureux, lui cria le rossignol, soyez heureux, vous aurez votre
rose rouge. Je la bâtirai de notes de musique au clair de lune et la
teindrai du sang de mon propre cœur. Tout ce que je vous demanderai en
retour, c'est que vous soyez un amoureux vrai, car l'amour est plus
sage que la philosophie, quoiqu'elle soit sage, et plus fort que la
puissance, quoiqu'elle soit forte. Ses ailes sont couleur de feu et son
corps couleur de flammes, ses lèvres sont douces comme le miel et son
haleine est comme l'encens.

L'étudiant leva les yeux du gazon, tendit l'oreille, mais il ne put
comprendre ce que lui disait le rossignol, car il ne savait que les
choses qui sont écrites dans les livres.

Mais l'yeuse comprit et s'attrista, car il aimait beaucoup le petit
rossignol qui avait bâti son nid dans ses branches.

-Chantez-moi une dernière chanson, murmura-t-il. Je serai si triste
quand vous serez parti.

Alors le rossignol chanta pour l'yeuse et sa voix était comme l'eau
jaseuse d'une fontaine argentine.

Quand il eut fini sa chanson, l'étudiant se releva et tira son calepin
et son crayon de sa poche.

-Le rossignol, se disait-il en se promenant par l'allée, le rossignol a
une indéniable beauté, mais a-t-il du sentiment? Je crains que non. En
fait, il est comme beaucoup d'artistes, il est tout style, sans nulle
sincérité. Il ne se sacrifie pas pour les autres. Il ne pense qu'à la
musique et, tout le monde le sait, l'art est égoïste. Certes, on ne peut
contester que sa voix a de fort belles notes. Quel malheur que tout cela
n'ait aucun sens, ne vise aucun but pratique.

Et il se rendit dans sa chambre, se coucha sur son petit grabat et se
mit à penser à ses amours.

Un peu après, il s'endormit.

Et, quand la lune brillait dans les cieux, le rossignol vola au rosier
et plaça sa gorge contre les épines.

Toute la nuit, il chanta sa gorge appuyée contre les épines et la froide
lune cristalline s'arrêta et écouta toute la nuit.

Toute la nuit, il chanta et les épines pénétraient de plus en plus avant
dans sa gorge et son sang vital fluait hors de son corps.

D'abord, il chanta la naissance de l'amour dans le cœur d'un garçon et
d'une fille et, sur la plus haute ramille du rosier, fleurit une rose
merveilleuse, pétale après pétale, comme une chanson suivait une
chanson.

D'abord, elle était pâle comme la brume qui flotte sur la rivière, pâle
comme les pieds du matin et argentée comme les ailes de l'aurore.

La rose, qui fleurissait sur la plus haute ramille du rosier, semblait
l'ombre d'une rose dans un miroir d'argent, l'ombre d'une rose dans un
lac.

Mais le rosier cria au rossignol de se presser plus étroitement contre
les épines.

-Pressez-vous plus étroitement, petit rossignol, disait le rosier, ou
le jour reviendra avant que la rose ne soit terminée.

Alors le rossignol se pressa plus étroitement contre les épines et son
chant coula plus éclatant, car il chantait comment éclot la passion dans
l'âme de l'homme et d'une vierge.

Et une délicate rougeur parut sur les pétales de la rose comme rougit le
visage d'un fiancé qui baise les lèvres de sa fiancée.

Mais les épines n'avaient pas encore atteint le cœur du rossignol,
aussi le cœur de la rose demeurait blanc, car le sang seul d'un
rossignol peut empourprer le cœur d'une rose.

Et la rose cria au rossignol de se presser plus étroitement contre les
épines.

-Pressez-vous plus étroitement, petit rossignol, disait-il, ou le jour
surviendra avant que la rose ne soit terminée.

Alors le rossignol se pressa plus étroitement contre les épines, et les
épines touchèrent son cœur, et en lui se développa un cruel tourment de
douleur.

Plus amère, plus amère était la douleur, plus impétueux, plus impétueux
jaillissait son chant, car il chantait l'amour parfait par la mort,
l'amour qui ne meurt pas dans la tombe.

Et la rose merveilleuse s'empourpra comme les roses du Bengale. Pourpre
était la couleur des pétales et pourpre comme un rubis était le cœur.

Mais la voix du rossignol faiblit. Ses petites ailes commencèrent à
battre et un nuage s'étendit sur ses yeux.

Son chant devint de plus en plus faible. Il sentit que quelque chose
l'étouffait à la gorge.

Alors son chant lança un dernier éclat.

La blanche lune l'entendit et elle oublia l'aurore et s'attarda dans le
ciel.

La rose rouge l'entendit; elle trembla toute d'extase et ouvrit ses
pétales à l'air froid du matin.

L'écho l'emporta vers sa caverne pourpre sur les collines et éveilla de
leurs rêves les troupeaux endormis.

Le chant flotta parmi les roseaux de la rivière et ils portèrent son
message à la mer.

--Voyez, voyez, cria le rosier, voici que la rose est finie.

Mais le rossignol ne répondit pas: il était couché dans les hautes
graminées, mort le cœur transpercé d'épines.

A midi, l'étudiant ouvrit sa fenêtre et regarda au dehors.

-Quelle étrange bonne fortune! s'écria-t-il, voici une rose rouge! Je
n'ai jamais vu pareille rose dans ma vie. Elle est si belle que je suis
sûr qu'elle doit avoir en latin un nom compliqué.

Et il se pencha et la cueillit.

Alors il mit son chapeau et courut chez le professeur, sa rose à la
main.

La fille du professeur était assise sur le pas de la porte. Elle
dévidait de la soie bleue sur une bobine et son petit chien était couché
à ses pieds.

-Vous aviez dit que vous danseriez avec moi si je vous apportais une
rose rouge, lui dit l'étudiant. Voilà la rose la plus rouge du monde.
Ce soir, vous la placerez près de votre cœur et, quand nous danserons
ensemble, elle vous dira combien je vous aime.

Mais la jeune fille fronça les sourcils.

-Je crains que cette rose n'aille pas avec ma robe, répondit-elle.
D'ailleurs le neveu du chambellan m'a envoyé quelques vrais bijoux et
chacun sait que les bijoux coûtent plus que les fleurs.

-Oh! ma parole, vous êtes une ingrate! dit l'étudiant d'un ton colère.

Et il jeta la rose dans la rue où elle tomba dans le ruisseau.

Une lourde charrette l'écrasa.

-Ingrate! fit la jeune fille. Je vous dirai que vous êtes bien mal
élevé. Et qu'êtes-vous après tout? un simple étudiant. Peuh! je ne crois
pas que vous ayez jamais de boucles d'argent à vos souliers comme en a
le neveu du chambellan.

Et elle se leva de sa chaise et rentra dans la maison.

-Quelle niaiserie que l'amour! disait l'étudiant en revenant sur ses
pas. Il n'est pas la moitié aussi utile que la logique, car il ne peut
rien prouver et il parle toujours de choses qui n'arriveront pas et fait
croire aux gens des choses qui ne sont pas vraies. Bref, il n'est pas du
tout pratique et comme à notre époque le tout est d'être pratique, je
vais revenir à la philosophie et étudier la métaphysique.

Là dessus, l'étudiant retourna dans sa chambre, ouvrit un grand livre
poudreux et se mit à lire.

 

Oscar Wilde

 

 

mars 2016

 

 

Un baiser

 

Toujours. Étrangère. La tête emplie de secrets. Silence et patience. Ses yeux vont parler. Silence et patience. Beauté,  reflet de son intimité.  J’ai envie de l’embrasser. Silence et patience, ô rumeur de mon cœur ! Je la contemplerai encore et encore, n’osant l’aborder.

Inaccessible le plus souvent, elle est là, régulièrement. J’ai peur de l’effrayer. Je prends mon temps. Un sourire me fait plonger. Abîmes implacables de l’ambiguïté. Elle m’a remarqué. Je ne suis plus tout à fait un étranger.

 

 

Toujours étrangère pourtant. Nous nous sommes parlé mais je me suis tu. Jamais je n’oserai commencer. Elle est charmante, belle et souriante. J’aimerais l’enlacer, lui confier un baiser en toute simplicité. Je feins de l’ignorer pour ne pas être démasqué. Mes yeux me trahiraient à force de la regarder. Mes yeux la brusqueraient si je ne les détournais. Alors je l’imagine. Abîmes implacables de l’imagination qui tout permet en pensées, mais rien, en réalité.

 

 

Toujours étranger. Je suis un étranger. La tête emplie de secrets. Elle semble apprécier mon air de mystère. Elle apprécie ma compagnie. Nous nous parlons, nous nous voyons, allons-nous nous embrasser ? Je suis un étranger. En pensées, nous allons le faire, mais en réalité ? Je risque de me sentir humilié. Je ne vais pas l’embrasser, je ne vais pas l’enlacer.  J’aimerais me réconcilier avec mon étrangeté.

 

Toujours. Étrangers. Nos yeux se sont parlé. Nos corps se sont parlé et nos bouches se sont embrasées.

 

Simorgh.

 

 

 

 

 

 

 février 2016

 

Cortège

Un vieillard en or avec une montre en deuil
Une reine de peine avec un homme d'Angleterre
Et des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer
Un hussard de la farce avec un dindon de la mort
Un serpent à café avec un moulin à lunettes
Un chasseur de corde avec un danseur de têtes
Un maréchal d'écume avec une pipe en retraite
Un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l'orange
Un conservateur de Samothrace avec une victoire de cimetière
Un remorqueur de famille nombreuse avec un père de haute mer
Un contrôleur à la croix de bois avec un petit chanteur d'autobus
Un chirurgien terrible avec un enfant dentiste
Et le général des huîtres avec un ouvreur de Jésuites.

Jacques PRÉVERT
Paroles Gallimard éd.

 

 

janvier 2016

 

- Il meurt lentement

 

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n'écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

 

Pablo Neruda.

 

décembre 2015

 

 

LA RECETTE DU BONHEUR D'APRÈS PICASSO

Laisse de côté tous les chiffres non indispensables à ta survie.
Ceci inclut l'âge, le poids, la taille.
Que cela préoccupe seulement le médecin, il est payé pour ça.
Fréquente de préférence des amis joyeux, les pessimistes ne te conviennent pas.
Continue de t'instruire... Apprends sur les ordinateurs, l'artisanat, le jardinage, etc...
Ne laisse pas ton cerveau inoccupé, un mental inutilisé est l'officine du diable.
Et le nom du diable est Alzheimer !
Ris le plus souvent possible, et surtout de toi-même!
Quand viennent les larmes, accepte, souffre et ... continue d'avancer.
Accueille chaque jour qui se lève comme une opportunité, et pour cela, ose entreprendre.
Laisse tomber la routine, préfère les nouvelles routes aux chemins mille fois empruntés !
Efface le gris de ta vie et allume les couleurs que tu possèdes à l'intérieur.
Exprime tes sentiments pour ne jamais rien perdre des beautés qui t'entourent.
Que ta joie rejaillisse sur ton entourage et abats les frontières personnelles que le passé t'a imposées. Mais, rappelle-toi : l'unique personne qui t'accompagne toute la vie, c'est toi-même.
Sois vivant dans tout ce que tu fais !
Entoure-toi de tout ce que tu aimes : famille, animaux, souvenirs, musique, plantes, un hobby... tout ce que tu veux...
Ton foyer est ton refuge, mais n'en deviens pas prisonnier.
Ton meilleur capital, la santé. Profites-en, si elle est bonne ne la détruis pas, si elle ne l'est pas, ne l'abîme pas davantage.
Sors dans la rue, visite une ville ou un pays étranger, mais ne t'attarde pas sur les mauvais souvenirs.
Il y a des êtres qui font d'un soleil une simple tache jaune, mais il y en a aussi qui font d'une simple tache jaune, un véritable soleil.

Pablo PICASSO

 

novembre 2015

 

Logique et conviction.

La mort est plus forte que la vie. Les semeurs de mort, forts de cette logique, se croient puissants. Ils sèment la terreur dans les esprits persuadés que la mort l'emporte sur la vie parce qu'elle lui succède inéluctablement. Dans cette logique, la victoire n'est pas militaire mais mentale: instiller la peur. Peur de la mort. Peur de la vie elle-même. Nous deviendrions des morts-vivants, pardon des vivants déjà morts, déjà habités par la mort et par la peur. Logique. Intelligence stratégique. Effroi.

Pourtant, après la sidération, me reviennent en boucle des mots qui contredisent et contrecarrent cette logique. Ces mots étaient le leitmotiv d'une grande dame qui a passé une grande partie de sa vie dans les bidonvilles du Caire. Cette grande dame avait une conviction qu'elle répétait sans cesse en l'expliquant. J'ai eu la chance un jour de la rencontrer, de l'écouter et de l'entendre lors d'une réunion publique à Paris. "L'amour est plus fort que la mort." C'est ma conviction aussi. Ces fous sèment la mort et la terreur. Ils pourraient bien récolter la vie et l'amour. La vie, parce que, après l'effroi, après la colère, après le deuil, nous trouverons plus de saveur encore à une vie que nous savons éphémère, quelle qu'en soit l'issue. L'amour parce qu'au-delà même de la mort et de la vie, subsistent les liens de l'amour, de l'amitié, de la fraternité, demeurent le souvenir de la vie, le souvenir de l'amour. "L'amour est plus fort que la mort", répétait sœur Emmanuelle. Aujourd'hui, plus encore qu'hier, c'est ma conviction. Vous pourrez toujours assassiner nos corps, vous n'aurez pas nos esprits, ni ceux de nos frères humains.

(Simorgh)

 

 

octobre 2015

septembre 2015

août 2015

 

juillet 2015

dîner ou bouffer?

 

"Chez mes parents nous ne dînions pas, nous mangions. La plupart du temps même, nous utilisions le verbe bouffer. L'appel quotidien de mon père C'est l'heure de bouffer. Quand des années plus tard, je dirai dîner devant mes parents, ils se moqueront de moi. Comment il parle l'autre, pour qui il se prend. ça y est il va à la grande école il se la joue au monsieur, il nous sort sa philosophie.

Parler philosophie, c'était parler comme la classe ennemie, ceux qui ont les moyens, les riches. Parler comme ceux-là qui ont la chance de faire des études secondaires et supérieures, et con, d'étudier la philosophie."

(Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule)

 

juin 2015

 

 

Sur la dignité de l'homme: nudité, indétermination et liberté.

 

"En fin de compte, le parfait ouvrier décida qu’à celui qui ne pouvait rien recevoir en propre serait commun tout ce qui avait été donné de particulier à chaque être isolément. Il prit donc l’homme, cette œuvre indistinctement imagée, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui adressa la parole en ces termes : « Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée. Pour les autres, leur nature définie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c’est ton propre jugement, auquel je t’ai confié, qui te permettra de définir ta nature. Si je t’ai mis dans le monde en position intermédiaire, c’est pour que de là tu examines plus à ton aise tout ce qui se trouve dans le monde alentour. Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines." (Pic de la Mirandole, Sur la dignité humaine)

 

mai 2015

Le chant des marais (chant des déportés)

I
Loin vers l'infini s'étendent
De grands prés marécageux
Et là-bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.


II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d'un grand désert.

III
Bruit des pas et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, et des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »

Dernier refrain
Ô terre enfin libre
Où nous pourrons revivre,
Aimer, aimer.

 

(paroles/Esser & Langhoff; composition/Eisler)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avril 2015

 

Adultère déguisé, déguisement de l'esquive.

 

DOM JUAN: Je vous avoue, Madame, que je n'ai point le talent de dissimuler, et que je porte un cœur sincère. Je ne vous dirai point que je suis toujours dans les mêmes sentiments pour vous, et que je brûle de vous rejoindre, puisque enfin il est assuré que je ne suis parti que pour vous fuir; non point par les raisons que vous pouvez vous figurer, mais par un pur motif de conscience, et pour ne croire pas qu'avec vous davantage je puisse vivre sans péché. Il m'est venu des scrupules, Madame, et j'ai ouvert les yeux de l'âme sur ce que je faisais. J'ai fait réflexion que, pour vous épouser, je vous ai dérobée à la clôture d'un convent, que vous avez rompu des vœux qui vous engageaient autre part, et que le Ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste; j'ai cru que notre mariage n'était qu'un adultère déguisé, qu'il nous attirerait quelque disgrâce d'en haut, et qu'enfin je devais tâcher de vous oublier, et vous donner moyen de retourner à vos premières chaînes. Voudriez-vous, Madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j'allasse, en vous retenant, me mettre le Ciel sur les bras, que par...?

DONE ELVIRE: Ah! scélérat, c'est maintenant que je te connais tout entier; et pour mon malheur, je te connais lorsqu'il n'en est plus temps, et qu'une telle connaissance ne peut plus me servir qu'à me désespérer. Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni, et que le même Ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie.

 

(Dom Juan, Molière, I, 3)

 

mars 2015

 

Dico rigolo 2015

 

 

Etre au bout du rouleau : Situation très peu confortable, surtout quand on est aux toilettes.

Facebook : Le seul endroit où tu parles à un mur sans être ridicule.

Oui- Oui : Fils illégitime de Sissi.

GPS : Seule femme que les hommes écoutent pour trouver leur chemin.

Autobus : Véhicule qui roule deux fois plus vite quand on court après que quand on est assis dedans.

Taser : Instrument utilisé afin de mieux faire passer le courant entre la police et la jeunesse.

Mozart : Célèbre compositeur que l'on écoute le plus souvent dans les pizzerias car on sent bien que mozzarella.

Sudoku : Qui a le nord en face.

Porte-clefs : Invention très pratique qui permet de perdre toutes ses clefs d'un coup au lieu de les perdre une par une.

Cravate : Accessoire servant à indiquer la direction du cerveau de l'homme.

Le coiffeur : Seul endroit où les Bleus peuvent espérer une coupe.

Voiture : Invention ingénieuse, permettant de contenir 110 chevaux dans le moteur et un âne au volant.

Orteil : Appendice servant à détecter les coins de portes.

Égalité des sexes : Nouveau concept créé par les hommes pour ne plus payer le restaurant.

Monter un meuble Ikea : Expression moderne signifiant "passer un week-end de merde".

Suppositoire : Invention qui restera dans les annales.

Je me suis fait un bleu : Expression couramment utilisée par Zahia.

"Oui chérie" : Gain de temps.

Soutien-gorge : Synonyme de flamby. Tu tires la languette et tout tombe.

Les ex : C'est comme la prison, si tu y retournes c'est que tu n'as pas compris la leçon

Où est donc mon Ricard : Conjonctions de coordination

La beauté intérieure : Concept inventé par les moches pour pouvoir se reproduire.

Péniche : C'est oune zizi portugaiche.

Pruneau : Synonyme de personne âgée. Qui est ridé et qui fait chier.

Aides internationales : Aides payées par les pauvres des pays riches pour aider les riches des pays pauvres.

68km/h : Limite de vitesse pour faire l'amour. Eh oui, à 69 on part en tête à queue.

Pharmacie : Confiserie pour vieux

Jardiland : Seul endroit où si tu prends trois râteaux tu as une pelle offerte.

Blonde : Concept pour faire croire que les autres femmes sont intelligentes.

Un meurtre de sang froid : Un ice crime

Archipel : Outil pour creuser des archi trous

Cellulite : Couche graisseuse qui enveloppe souvent les femmes mais emballe rarement les hommes.

Les ciseaux à bois : Les chiens aussi.

Femme : C'est comme le café, au début ça excite mais rapidement ça énerve.

Carte bleue : Viagra féminin.

Masochisme : Concept proche de la politesse : frapper avant d'entrer.

L'amour : C'est comme un jeu de cartes, si tu n'as pas un bon partenaire, il vaut mieux avoir une bonne main.

Le Gospel : C'est quand ton gamin a pris un coup de soleil.

Femme facile : Femme ayant les mêmes besoins sexuels qu'un homme.

Homme riche : Celui qui gagne plus d'argent que ce que sa femme n'en dépense.

Grand amour : Expression datant du 15ème siècle, lorsque l'espérance de vie était de 35 ans.

 (auteur anonyme)

 

 

février 2015

 

 

Non jamais.

Non jamais
Non jamais
Non jamais
Ne cédez jamais

Et la foule sourde comme il se doit
Les bonnes gens vous montrent du doigt
Porte toujours ce que tu crois
Même s'ils disent que ça ne se fait pas

Tous les combats se gagnent sur la distance
Il n'y a pas de vérité dans le silence
Même si c'est perdu d'avance
S'ils vous méprisent de votre différence

Vous pouvez plier mais ne cédez jamais
Vous pouvez plier mais ne cédez jamais
Jusqu'à vous bruler mais ne cédez jamais
Non ne cédez jamais
Jamais non jamais

Trop d'évidences qui les bercent
De certitudes qu'on leur déverse
En laissant l'histoire plus que soi
Il faut servir toujours ce que l'on doit

Le vent de l'histoire les emporte
L'amour est la seule idée forte
S'ils sont les valets des rois
Reste fidèle à tout ce que tu portes

Vous pouvez plier mais ne cédez jamais
Jusqu'à vous bruler mais ne cédez jamais

Non jamais
Non jamais
Non jamais
Ne cédez jamais

Non jamais
Non jamais
Non jamais
Ne cédez jamais

Les combats se gagnent sur la distance
Il n'y a pas de vérité dans le silence
Même si c'est perdu d'avance : ne cédez jamais

(Angélique Kidjo)

 

 

janvier 2015

 

Quand on n'a que l'amour.

Quand on a que l'amour
A s'offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu'est notre grand amour
Quand on a que l'amour
Mon amour toi et moi
Pour qu'éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour
Quand on a que l'amour
Pour vivre nos promesses
Sans nulle autre richesse
Que d'y croire toujours
Quand on a que l'amour
Pour meubler de merveilles
Et couvrir de soleil
La laideur des faubourgs

Quand on a que l'amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours


Quand on a que l'amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours
Quand on a que l'amour
A s'offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour
Quand on a que l'amour
A offrir à ceux là
Dont l'unique combat
Est de chercher le jour

Quand on a que l'amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
A chaque carrefour
Quand on a que l'amour
Pour parler aux canons
Et rien qu'une chanson
Pour convaincre un tambour
Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier.

 

(Jacques Brel)

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décembre 2014

 

 Légende du colibri.

 

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

(légende amérindienne rapportée par Pierre Rabhi)

 

 

novembre 2014

 

Traduction infidèle.

 

Le Péquod croise le Bouton de rose, navire baleinier français. Stubb, second du Péquod, après avoir rapporté au capitaine Achab que l'équipage français n'avait pas rencontré Moby Dick, monte à bord du navire français duquel se dégage une odeur pestilentielle... Son homologue français, qui voudrait bien se débarrasser d'un cachalot malade récemment pêché,  sert d'interprète à son capitaine.

 

-"Qu'est-ce que je lui dis pour commencer? demanda-t-il à Stubb.

-Eh bien, rétorqua Stubb en considérant le gilet de velours, la montre et les breloques [du jeune capitaine], vous pouvez sans inconvénient commencer par lui dire qu'il me fait l'effet d'un bébé, bien que je ne me pose pas en juge.

-Il dit, Monsieur, prononça l'homme de Guernesey en français, s'adressant à son capitaine, que pas plus tard qu'hier son vaisseau a hélé un baleinier dont le capitaine, le second et six hommes d'équipage avaient succombé à la fièvre attrapée d'un cachalot pourri qu'ils avaient eu à leur flanc.

Le capitaine montra de l'émotion à ces mots, tout soucieux et impatient d'en savoir plus long.

-Et à présent, qu'est-ce que je lui dis? demanda le second à Stubb.

-Oh! puisqu'il ne le prend pas plus mal, dites-lui que maintenant que je l'ai bien regardé, je suis à peu près sûr qu'il est fait pour commander un navire baleinier autant, mais pas plus, qu'un singe de Santiago. Et tant que nous y sommes, dites-lui que pour moi il n'est qu'un babouin.

-Il jure et assure, Monsieur, que le second cachalot, le maigre, est encore plus pestiféré que le soufflé, et il nous supplie, si nous tenons tant soit peu à nos vies, de larguer sans délai ces poissons.

Sans attendre un instant, le capitaine s'encourut à l'avant où il hurla ses ordres à l'équipage, commandant de laisser les palans et de larguer les chaînes et les amarres qui tenaient les cachalots contre le navire.

-Et quoi maintenant? s'enquit l'homme de Guernesey quand le capitaine les eut rejoints.

-Heu, voyons un peu...oui, vous pouvez toujours lui dire à présent, que...que...eh bien, oui, quoi! que je l'ai bien eu (et quelqu'un d'autre aussi peut-être bien, ajouta-t-il à part soi).

-Il dit, Monsieur, qu'il est bien aise d'avoir pu nous rendre ce service.

Le capitaine, à ces mots, jura en retour qu'eux-mêmes (il entendait par là son second et lui-même) étaient les seuls obligés, et fort reconnaissants encore, invitant Stubb par manière de conclusion à venir boire une bouteille de bordeaux dans sa cabine.

-Il désire boire un verre de vin avec vous, traduisit l'interprète.

-Remerciez-le infiniment, persifla Stubb, mais dites-lui qu'il est contre mes principes de trinquer avec un homme que je viens de rouler. Sérieusement, dites-lui que je dois partir.

-Il dit, Monsieur, que ses principes lui interdisent d'accepter un verre; mais que si vous voulez, Monsieur, connaître, vivant, un autre jour pour boire vous-même, ce que vous avez de mieux à faire est de mettre nos quatre canots à la mer et de remorquer le navire loin de ces cachalots pestilentiels, car dans un pareil calme ils ne partiront pas à la dérive."

 

(Moby Dick, Herman Melville, chapitre 91, 1851, traduction d'Armel Guerne)

 

 

 

octobre 2014

 

Achab hait Moby Dick.

 

Comment le prisonnier pourrait-il s'évader sans passer les murailles? Pour moi, le Cachalot Blanc, c'est cette muraille qui me tient prisonnier, de tout près. Parfois, je me figure qu'il n'y a rien par-delà. Mais suffit! Elle m'insulte, elle m'oppresse, elle me torture! Je la vois comme une force mauvaise et tendue, bandée d'une méchanceté inviolable. C'est ça, c'est cette chose impénétrable que je hais...Que le Cachalot Blanc soit seulement l'instrument ou qu'il soit le principal de la chose, c'est sur lui que je veux assouvir cette haine.

(Moby Dick, Herman MELVILLE, 1851, chapitre 36: Achab explique à ses hommes, à Starbuck notamment, pourquoi il veut se venger de Moby Dick)

 

 

 

septembre 2014

Langages animaux.

 

"Tu le sais, bien sûr depuis longtemps, le coq chante, cocorico, la poule caquète, le chien aboie, quand le cheval hennit et que beugle le bœuf et meugle la vache, l'hirondelle gazouille, la colombe roucoule et le pinson ramage. Les moineaux piaillent, le faisan et l'oie criaillent quand le dindon glousse. La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse. Et le chat comme le tigre miaule, l'éléphant barrit, l'âne braie, mais le cerf rait. Le mouton bêle évidemment et bourdonne l'abeille. La biche brame, quand le loup hurle. Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu ? Sais-tu ? Que le canard nasille – les canards nasillardent ! Que le bouc ou la chèvre chevrote ; Que le hibou hulule, mais que la chouette, elle, chuinte ; Que le paon braille, que l'aigle trompète. Sais-tu ? Que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule que la perdrix cacabe, que la cigogne craquète et que si le corbeau croasse, la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit. Tu sais tout cela ? Bien. Mais sais-tu, sais-tu ? Que l'alouette grisole. Tu ne le savais pas.


 Et peut-être ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse. C'est excusable ! Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatère et que c'est à cause du chameau que l'on déblatère ! Tu ne sais pas non plus peut-être que la huppe pupule. Et je ne sais pas non plus si on l'appelle en Limousin la pépue parce qu'elle pupule ou parce qu'elle fait son nid avec de la chose qui pue.


 Qu'importe ! Mais c'est joli : la huppe pupule ! Et encore sais-tu ? Sais-tu que la souris, la petite souris grise, devine ! La petite souris grise chicote. Avoue qu'il serait dommage d'ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, de ne pas savoir que le geai, que le geai cajole ! Sais-tu que la mésange zinzinule! Comme la fauvette d'ailleurs."


 L'Albine de Fernand Dupuy chez "Fayard

 

 

 

août 2014

 

 

« Je trahirai demain »

Je trahirai demain pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.

Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.

Marianne Cohn, 1943

 

 

avril 2014

 

Un passé pas si simple...

 

 

  • Hier nous achetâmes le DVD d'un spectacle de Marcel Marceau et tout de suite en rentrant, nous le mîmes.


  • Comment? Vous avez mis à la casse votre vieille Volkswagen? Quel dommage! Vous souvient-il qu'un jour vous me la passâtes pour partir en Allemagne?


  • Te rappelles-tu de notre voyage à l'île aux oiseaux et comme nous nous y plûmes?


  • Vous saviez que ce manteau de fourrure était pelé; alors pourquoi le mîtes-vous hier?


  • On nous offrit une augmentation et, bien sûr, nous la prîmes.


  • Pour leur voyage de noce, ils émirent l'idée d'aller en Arabie Saoudite.


  • Je sais, vous êtes dans la purée. Est-ce une raison pour que, jouant de votre charme, vous l'appâtâtes?


  • Ce n'était pas chose évidente que cette conversation en grec. Et pourtant je la tins.



  • C'est dans ce vieux tonneau de chêne que notre vin fût entreposé.


  • Les moines brassèrent la bière et la burent.


  • C'est bien parce que vous m'avez invité à Pouilly que je vins chez vous.


  • Habillez-vous plus décemment! Vous ne le pouvez pas? Je ne vois pas bien pourquoi un jour vous le pûtes.

 

  • Heureusement que vous avez retrouvé des capitaux...car mettre la clé sous la porte et déposer le bilan, vous faillîtes!

 

janvier 2014

 

Le Zizi.

 Tout tout tout
Vous saurez tout sur le zizi
Le vrai, le faux
Le laid, le beau
Le dur, le mou
Qui a un grand cou
Le gros touffu
Le p'tit joufflu
Le grand ridé
Le mont pelé
Tout tout tout tout
Je vous dirai tout sur le zizi.

(Refrain du Zizi de Pierre Perret)

 

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 décembre 2013

Appel de l’abbé Pierre. : le 1er février 1954

« Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre Centre fraternel de dépannage, ces simples mots : «Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime» La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux «sans abri». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain 5000 couvertures,

300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques

Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris. Merci ! »

 

 

 

novembre 2013

 

Récit de l'entrée des troupes allemandes dans Chartres.

 

"Les Allemands pénètrent rarement de nuit, dans les villes, mais maintenant ils ne doivent pas tarder à arriver. Rien, désormais, ne les en empêche, sinon quelques Sénégalais qui, dit-on, se sont magnifiquement battus et leur ont fait payer fort cher leur avance.

     Nous décidons d'attendre les Allemands dans la cour de la Préfecture. Mgr Lejards à ma droite, Besnard à ma gauche, nous échangeons de tristes réflexions sur les événements. Nous sommes face au drapeau qui flotte toujours au-dessus de la grille d'entrée. Nous nous surprenons à le regarder intensément, comme si nous voulions en emplir, en rassasier nos yeux pour longtemps...

 

  Soudain des moteurs pétaradent. Ce sont les premiers motocyclistes qui passent, non sans regarder avec surprise ces trois personnages, impassibles sous les couleurs françaises.

 

Il est 7 heures.

 

Ce sont ensuite des autos-mitrailleuses. Elles ralentissent l'allure devant le spectacle que nous leur offrons, mais ne s'arrêtent pas.

 

Bientôt, une grosse voiture vient stopper devant nous d'où sortent prestement plusieurs officiers. Saluts militaires.

 

Le plus âgé, qui est assurément le chef, s'approche et, en français, demande qui nous sommes.

 

Je déclare que je suis le préfet et que j'ai à mes côtés le représentant de l'évêque et le maire de Chartres.

 

J'ajoute: "La fortune des armes vous amène en vainqueurs dans notre ville. Nous nous inclinons devant la loi de la guerre, et je puis vous affirmer que l'ordre ne sera point troublé si, de votre côté, vous nous donnez l'assurance que vos troupes respecteront la population civile et spécialement les femmes et les enfants."

 

Sur quoi l'officier me répond:"Vous pouvez être sûr que les soldats allemands respecteront la population. Je vous considère, monsieur le Préfet, comme responsable de l'ordre et je voue prie de demeurer ici. Dites à tous vos administrés que la guerre est finie pour eux."

 

  Ils repartent aussitôt. Mgr Lejards et M.Besnard restent à mes côtés pour arrêter les dernières consignes à la population, en conformité avec mes engagements.

 

  Nous entendons rouler maintenant sans arrêt les blindés ennemis qui doivent occuper la ville et poursuivre leur avance."

(Premier combat, Jean Moulin)

 

 

 

octobre 2013

 

à Jean Moulin.

Sur la plaque commémorative dans la salle des séances du Conseil général d'Eure-et-Loir, inaugurée le 8 mai 1946, on peut lire:

 

A la mémoire de Jean Moulin, préfet d'Eure-et-Loir.

A refusé, même sous la torture, la signature infamante pour l'armée française qu'exigeait le général allemand, lors de l'occupation de Chartres.

Révoqué par Vichy en novembre 1940.

A organisé la Résistance en héros et en est devenu un des grands chefs.

Arrêté à Lyon, en 1943, est mort victime de nouvelles et effroyables tortures.

N'a jamais parlé, n'a jamais trahi ni la République ni la France.

 

septembre 2013

août 2013

juillet 2013

juin 2013

mai 2013

avril 2013

 mars 2013

 

février 2013

Fable du feu de l'amitié.

 

Un homme nommé Ali a besoin d'argent et demande à son patron de l'aider. Le patron le met au défi: s'il passe une nuit entière en haut d'une montagne, il recevra une grosse récompense, mais s'il ne réussit pas, il devra travailler gratuitement. [Le texte continue ainsi:"]En sortant de la boutique, il constata qu'un vent glacé soufflait. Il prit peur et décida de demander à Aydi, son meilleur ami, si ce n'était pas une folie de relever ce pari.

Aydi réfléchit un peu, puis répondit: "Je vais t'aider. Demain, quand tu seras en haut de la montagne, regarde au loin. Je serai sur la montagne voisine, je passerai toute la nuit avec un feu allumé pour toi. Regarde vers le feu, pense à notre amitié, et cela te tiendra chaud. Tu vas réussir, et après je te demanderai quelque chose en échange."

Ali réussit l'épreuve, prit l'argent et se rendit chez son ami: "Tu m'as dit que tu voulais être payé." Aydi répondit: "Oui, mais pas en argent. Promets que si, à un certain moment, un vent froid passe sur ma vie, tu allumeras pour moi le feu de l'amitié."

Aleph, Paulo Coelho.

 

 

 

 janvier 2013

 

Homographes non homophones.

 

Sortant de l'abbaye où les poules du couvent couvent, je vis ces vis. Nous portions nos portions, lorsque mes fils ont cassé les fils. Je suis content qu'ils vous content cette histoire. Mon premier fils est de l'Est, il est fier et l'on peut se fier à lui; ils n'ont pas un caractère violent et ne violent pas leurs promesses, leurs femmes se parent de fleurs pour leur parent. Elles ne se négligent pas; je suis plus négligent. Elles excellent à composer un excellent repas avec des poissons qui affluent de l'affluent. Il convient qu'elles convient leurs amis; elles expédient une lettre pour les inviter, c'est un bon expédient. Il serait bien que nous éditions cette histoire pour en réaliser de belles éditions.

 

Anonyme.

 

 

 

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 décembre 2012

Pluriels méconnus.

 


Un rat ? Des goûts

Un cas ? Des colles

Un flagrant ? Des lits

Une voiture ? Des mares

Un évier ? Des bouchers

Un scout ? Des brouillards

Un bond ? Des buts

Une dent ? Des chaussées

Un air ? Des confits

Un beau ? Des cors

Un mur ? Des crépis

Un vrai ? Des dalles


Un valet ? Des curies

Un drogué ? Des foncés

Une jolie ? Des gaines

Un crâne ? Des garnis

Un frigo ? Des givrés

Une moue ? Des goûters

Un brusque ? Des luges

Un ministre ? Des missionnaires

Une grosse ? Des panses

Un propos ? Des placés

Une cinglante ? Des routes

Un fâcheux ? Des agréments

Un patron ? Des spots

Un délicieux ? Des cerfs

Une bande ? Des cinés

Un sirop ? Des râbles

Un argent ? Des tournées

Une bière ? Des haltères.

 

Auteur inconnu.

 

 

novembre 2012

 

 

Le français, une langue animale ?

 

«Myope comme une taupe», «rusé comme un renard» «tassés comme des sardines»...
Les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les Fables de La Fontaine, ils sont partout.La preuve : que vous soyez fier comme un coq, fort comme un boeuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, vous êtes tous, un jour ou l'autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.

Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là, y avait pas un chat ! Vous faites le pied de grue, vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin. Il y a anguille sous roche et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon, vous l'a certifié : cette poule a du chien, une vraie panthère ! C'est sûr, vous serez un crapaud mort d'amour. Mais tout de même, elle vous traite comme un chien. Vous êtes prêt à gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive. Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu'une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine. Une vraie peau de vache, quoi ! Et vous, vous êtes fait comme un rat.

Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe. Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez, mais vous sautez du coq à l'âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l'envie vous prend de pleurer comme un veau (ou de verser des larmes de crocodile, c'est selon). Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre.C'est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce. Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d'ours mal léché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie.Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence. Après tout, revenons à nos moutons : vous avez maintenant une faim de loup, l'envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d'autres chats à fouetter.

 (Auteur anonyme)

 

 

octobre 2012

 Le chant des Canuts.

 

Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d'or
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d'or
Nous en tissons pour vous, grands de l'église
Et nous, pauvres canuts, n'avons pas de chemise

C'est nous les canuts
Nous sommes tout nus

Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre

C'est nous les canuts
Nous sommes tout nus

Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira :
Nous tisserons le linceul du vieux monde,
Car on entend déjà la tempête qui gronde

C'est nous les canuts
Nous sommes tout nus

Paroles et Musique: Aristide Bruant   1894.

 

 

 septembre 2012.

 

 Histoire de départements.


J'étais assis au bar, en train de boire un Calvados.Tandis que je regardais un clochard faire la Manche une dame vint s'asseoir près de moi. Elle portait un manteau de Loire et j'en fus très impressionné car je savais que le Loir et Cher. Nous engageâmes la conversation et ce qui me charma chez elle furent Savoie et ses yeux Doubs.Au bout de quelques minutes, elle me demanda de monter. Il fallut donc que je Vienne. et j'acceptai sans crier Gard.Elle ne perdit pas le Nord.
Nous entrâmes dans sa chambre et à peine arrivés, elle se déshabilla. Ses seins étaient magnifiques, elle les Aveyron. En fait, cette fille était vraiment Gironde; on s'amusa jusqu'à l'Aube.
L'exercice, ça Creuse, aussi au petit matin, je lui proposais du jambon, du saucisson et du Cantal. Elle fut si contente de ce repas qu'elle m'appela "son Hérault". Un peu fatiguée, elle me demanda l'Eure. mais c'est là que l'histoire se Corse. Elle me demanda aussitôt la Somme, que je refusais de payer, trouvant que c'était trop Cher. Elle me fit alors une terrible Seine.
Je vis dans ses yeux beaucoup de Aisne. et à cet instant, j'aurais bien eu besoin d'un Allier, car elle me lança son sac au visage et me donna un coup de pied dans le Bas Rhin. Tout fini par s'arranger, mais des histoires pareilles, elle Jura que l'on ne l'y reprendrait pas !

 

 Auteur inconnu.

 

 

 

août 2012

 

 L'araignée souriante.

 

Il était une fois une petite araignée velue qui était rejetée par les siens parce qu'elle souriait. La pauvre araignée ne comprenait pas pourquoi ses soeurs s'éloignaient quand elle approchait. Elles n'avaient de cesse de baver sur elle et tissaient tant de toiles qu'elles avaient un garde-manger fort enviable. L'araignée souriante, elle, ne savait pas tisser: elle souriait et se promenait du haut de ses échasses. L'araignée souriante était la bonté incarnée mais elle était malheureuse: elle n'aimait pas ses pattes maladroites, pas plus que sa tignasse qui donnait le signal de la chasse. Rapide et légère, elle décida de s'en aller pour d'autres contrées. En chemin, elle rencontra le chat qui sourit et la souris qui tchate. Le matou paresseux se demandait ce qu'il allait manger. La souris passa commande sur l'internet. L'araignée souriait car elle avait de nouveaux amis. Elle ouvrit un salon de coiffure et de danse. Le chat sourit, l'araignée aussi, surtout quand le chat n'est pas là car la souris danse!

Simorgh.