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LA PHRASE

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Oscar Wilde

COIN PROUST

Créée à l'occasion des trois ans de Simorgh, cette rubrique est devenue nécessaire par l'expérience extraordinaire qu'a constituée pour moi la lecture de la Recherche...Quand j'ai créé Simorgh, j'avais tenté à plusieurs reprises de lire la Recherche, en vain. La combinaison du sentiment amoureux et d'un conseil judicieux de lecture (ne pas commencer par le commencement!) m'ont permis de découvrir Proust...

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 A l'ombre des jeunes filles en fleur, Proust.

 

 

A l'ombre des jeunes filles en fleur est à l'amour ce que Le petit prince est à l'amitié.

Faut-il être amoureux pour lire la Recherche? Relire Proust pour le lire enfin? Voilà quelques semaines, j'entendais à la radio quelqu'un affirmer avoir suivi les conseils de sa grand-mère pour lire la Recherche: ne pas commencer par le premier tome car on est rapidement plongé dans des pages descriptives interminables qui conduisent le lecteur à délaisser cette oeuvre magistrale. 

Longtemps, j'ai voulu lire Proust. Voilà douze ans que mon professeur de Philosophie affirmait: "Si vous lisez la Recherche en entier, je vous autorise à ne me rendre aucune dissertation cette année." La gageure sonnait comme une promesse. Il ajoutait alors: "C'est à votre âge qu'il faut lire Proust." Douze ans après, avoir essayé de m'y mettre de différentes manières (lecture depuis le premier tome, écoute de livres-audio, sans l'attention et l'endurance suffisantes....), je me suis décidé enfin à ne pas commencer par le commencement. J'ai donc profité d'un aller-retour dans le Gers pour commencer l'écoute attentive d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs, tome II de la Recherche. Est-ce parce que j'en suis à l'énième tentative, parce que j'avais du temps, ou bien pour des raisons simplement sentimentales que je suis parvenu au bout de ce tome, avec délectation, admiration, reconnaissant enfin les raisons qui font de Proust un monument littéraire du vingtième siècle? 

La maladie d'amour, l'amour non partagé, le travail de l'imagination qui voit de l'ambiguïté là où il ne faut pas en voir, le renoncement, d'abord joué, le deuil de l'amour....C'est d'abord une analyse de l'amour et de ses tourments que j'ai trouvée dans A l'Ombre des jeunes filles en fleurs, dont voici un compte rendu de lecture: 

 

 

Première partie: autour de Madame Swann.

Monsieur de Norpois, ancien ambassadeur, invité régulier et honorable. Grâce à lui, le narrateur va au théâtre voir la Berma dans Phèdre, futilité, "inutilité" jusque-là interdite au narrateur par son père.

Déception: la Berma n'est pas à la hauteur de sa réputation.

Odette et Charles Swann, un couple étonnant: Swann a désiré Odette longtemps. Le mariage n'est intervenu qu'après. Gilberte, leur fille, est désirée par le narrateur.

Le narrateur aime l'écriture de Bergotte. Monsieur de Norpois n'est pas du même avis.

M.de Norpois fréquente les Swann. Le narrateur s'intéresse à Gilberte.

Joie et désespoir de l'attente amoureuse.

Le narrateur souffre d'une congestion pulmonaire; il est  soigné par le professeur Cottard mais risque de ne plus aller aux Champs-Elysées où il a pris froid. Tristesse jusqu'à ce qu'arrive une lettre inespérée de Mlle Swann: Gilberte l'invite à goûter. "Lois  de l'amour sont plutôt magiques que rationnelles". "Jugement faussé" de l'amoureux.

Un mensonge de Bloch, ami du narrateur, fait que le Professeur Cottard parle du narrateur à Odette.

Narrateur chez les Swann : son entrée est comparable à celle dans la chambre du Roi Soleil!

Géographie amoureuse (ce qui vient de chez Swann est bon).

Le narrateur boit du thé alors que ça le rend malade: il est incapable de dire non.

La dévouée Françoise ("nurse") est bien vue d'Odette et de Swann.

Le narrateur aurait d'ailleurs une bonne influence sur Gilberte selon les parents de celle-ci.

Odette reçoit beaucoup de monde, dont les Bontemps (directeur de cabinet du ministre des travaux publics), famille bourgeoise, réactionnaire, cléricale. Les Bontemps ont pour nièce Albertine.

Salon Verdurin vs salon Swann.

Affaire Dreyfus: renversement du kaléidoscope social. Lady Israels, tante de Swann.

Odette est médiocre, Swann est fin et pourtant le narrateur note que "l'asservissement de l'élite à la vulgarité est de règle dans bien des ménages."

Odette trompe Swann, homme jaloux.

Swann, amoureux d'une autre femme est jaloux sans raison d'abord  ("trahisons imaginaires"). La jalousie est une "excroissance de l'amour".  Swann se cache d'Odette  alors qu'il rêvait de représailles quand elle le trompait et qu'il l'aimait.

Le narrateur est convié à présent au lunch des Swann, à 12h30.

Madame Swann joue la sonate de Vinteuil.

Amour et croyance en l'unicité de l'être aimé.

Les rares vertus de Gilberte selon ses parents (elle a bon coeur).

Le possible et le chimérique.

Le "paradis inespéré": parallèle entre Swann désirant entrer chez Odette et le narrateur chez Gilberte.

Les Swann invitent le narrateur au jardin d'acclimatation, au concert, à fréquenter Bergotte, écrivain à l'origine même de l'intérêt du narrateur pour les Swann, avant même d'avoir connu Gilberte).

Bergotte, l'homme à barbiche et à nez en colimaçon. Déception.

Evocation chez les Swann de M.de Norpois qu'Odette trouve vaseux.

Considérations sur la relation de dépendance financière et l'inégalité de conditions en amour, utiles pour les nerveux. Annonce prophétique d'une captivité/jalousie ultérieures et d'un drame.

Portrait physique de Gilberte.

Intelligence et attrait pour les plaisirs matériels: quel médecin choisir quand on est intelligent?

 

Bergotte critique M. de Norpois, le professeur Cottard, et même les Swann quand il n'est pas chez eux.

Parents du narrateur, inquiets de ses fréquentations, sont fiers d'apprendre que Bergotte trouve leur fils intelligent.

Le narrateur est autorisé à inviter Gilberte à goûter mais il s'y refuse (chez lui on propose le thé non pas seul comme chez les Swann, mais avec du chocolat, ce qui est plus commun; un problème d'étiquette se pose aussi: Odette s'enquiert toujours de savoir comment va la mère du narrateur qu'elle ne connait pas, ce que la mère du narrateur n'est pas prête à faire!)

Bloch ouvre de nouveaux horizons au narrateur en lui apprenant que les femmes ne demandent qu'à faire l'amour et en le conduisant dans une maison de passe.

"les maisons de rendez-vous" offrent des "échantillons du bonheur": "Rachel quand du Seigneur" (ainsi surnommée en référence à l'opéra d'Halévy, La Juive), prostituée.

Prise de conscience de la possibilité d'une migration du trouble amoureux.

Le narrateur a le projet d'un chef d'oeuvre.

Les parents de Gilberte, garantie pour le narrateur ou obstacle à un amour durable?

De l'ambiguïté, de l'affection, de l'imagination et de la souffrance.

"Encore lui! Décidément je peux tout me permettre, il reviendra chaque fois d'autant plus docile qu'il m'aura quittée plus malheureux". (pensée prêtée par le narrateur à Gilberte, page 150, NRF Gallimard Blanche)

La balance de l'amour (chagrin/fierté).

Physique de l'amour, avec ses lois encore inconnues.

Ne pas chercher à voir l'être aimé, montrer qu'on est capable de vivre sans l'être aimé.

Attente d'une lettre qui n'arrive pas.

Acceptation de la souffrance.. qui sera définitive "A cette acceptation, je finis pourtant par arriver, alors je compris qu'elle devait être définitive, et je renonçai pour toujours à Gilberte, dans l'intérêt même de mon amour, et parce que je souhaitais avant tout qu'elle ne conservât pas de moi un souvenir dédaigneux."(pages 153-154)

 

Le narrateur continue de rendre visite à Mme Swann quand il sait que Gilberte est absente.

Attente et espoir, même quand la personne est morte.

Les fleurs de Mme Swann.

Mme Cottard, tante d'Albertine l'impertinente, se présente chez Odette après des semaines d'absence (rebellion domestique).

Verdurin vs Swann: évocation du "schisme".

Mme Verdurin, la "Patronne", ou l'art du néant, l'art de réunir, de mettre en lumière, l'art du trait d'union.

Une perfidie du clan Verdurin consiste à se tromper sur le nom d'Odette Swann qu'on continue d'appeler Mme de Crécy.

Nouvel an. Le narrateur attend une lettre de Gilberte. L'amoureux, tel le soldat, est animé par des croyances. "Le soldat est persuadé qu'un certain délai indéfiniment prolongeable lui sera accordé avant qu'il soit tué, le voleur, avant qu'il soit pris, les hommes en général, avant qu'ils aient à mourir. C'est là l'amulette qui préserve les individus -et parfois les peuples- non du danger mais de la peur du danger, en réalité de la croyance au danger, ce qui dans certains cas permet de les braver sans qu'il soit besoin d'être brave. Une confiance de ce genre et aussi peu fondée, soutient l'amoureux qui compte sur une réconciliation, sur une lettre."

"Quand on aime, l'amour est trop grand pour pouvoir être contenu tout entier en nous; il irradie vers la personne aimée, rencontre en elle une surface qui l'arrête, le force à revenir vers son point de départ et c'est ce choc en retour de notre propre tendresse que nous appelons les sentiments de l'autre et qui nous charme plus qu'à l'aller, parce que nous ne reconnaissons pas qu'elle vient de nous." (pages 171-172)

Les amoureux ne peuvent croire à la "puissance bienfaisante du renoncement."

Dans le regret, "on ne parle que pour soi-même". (page 176)

Après quoi l'oubli semble préférable pour éviter le "recommencement redouté d'émotions déçues".

Le narrateur vend une grande potiche de vieux Chine qui lui vient de sa tante Léonie: il touche assez d'argent pour offrir des fleurs quotidiennement à Gilberte, mais sur le chemin du retour, il croit apercevoir sur les Champs-Elysées Gilberte en compagnie d'un jeune homme.

"J'aimais toujours celle qui'l est vraique  je croyais détester. Mais chaque fois qu'on me trouvait bien coiffé, ayant bonne mine, j'aurais voulu qu'elle fût là. J'étais irrité du désir que beaucoup de gens manifestèrent à cette époque de me recevoir et chez lesquels je refusai d'aller. Il y eut une scène à la maison parce que je n'accompagnai pas mon père à un dîner officiel où il devait y avoir les Bontemps avec leur nièce Albertine, petite jeune fille presque encore enfant. Les différentes périodes de notre vie se chevauchent ainsi l'une l'autre. On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu'on aime et qui vous sera un jour si égal, de voir ce qui vous est égal aujourd'hui, qu'on aimera demain, qu'on aurait peut-être pu, si on avait consenti à le voir, aimer plus tôt, et qui eût ainsi abrégé vos souffrances actuelles, pour les remplacer il est vrai par d'autres." (page 187)

Projet de départ pour Balbec.

 

Deuxième partie: Noms de pays: le pays.

 

Deux ans plus tard, le narrateur s'en va avec sa grand-mère à Balbec.

Son indifférence est encore intermittente.

La seule mention de la famille du directeur au ministère des postes suffit à provoquer la nostalgie du narrateur qui se souvient d'une discussion entre Gilberte et son père.

Les voyages et les gares.

Le narrateur quitte sa mère, part avec sa grand-mère seulement à Balbec.


Un beau livre est un livre singulier, non la somme des beaux livres déjà lus.

Eglise de Balbec.

Arrivée au grand hôtel de Balbec: ses personnages de guignol.

Instants matinaux des trois coups, signal de la promesse d'une venue (grand-mère du narrateur).

Le club de l'hôtel. Le maître d'hôtel. Le roi d'un petit royaume de l'Océanie (Sa Majesté).

Approcher Mlle de Stermaria? Difficile quand on sait que pour la grand-mère du narrateur, on part pas en vacances pour faire des connaissances mais pour prendre le bon air.

M. de Stermaria, M. de Cambremer, deux seuls nobles de l'hôtel.

Le bâtonnier et Aimé (le maître d'hôtel) entretiennent de bonnes relations (supériorité/fierté).

Françoise.

La grand-mère du narrateur écrit tous les jours à sa fille. Mme de Villeparisis s'en étonne.

Silence dédaigneux de la grand-mère du narrateur, qui connaît bien les mots de Mme de Sévigné: "Dès que j'ai reçu une lettre, j'en voudrais tout à l'heure une autre, je ne respire que d'en recevoir. Peu de gens sont dignes de comprendre ce que je sens." (page 253)

Mme de Villeparisis se montre très au fait du voyage espagnol du père du narrateur et de M. de Norpois.

Goûts littéraires de Mme de Villeparisis.

Le narrateur aperçoit un groupe de jeunes filles ont la chef lui plaît. Il veut susciter son admiration en évoquant Mme de Villeparisis avec laquelle il doit se promener.

 

Arrivée imminente du neveu de Mme de Villeparisis, amoureux malheureux en congé pour quelques temps.

Le marquis de Saint Loup (Robert) est un intellectuel, très beau, lecteur de Proudhon et de Nietzsche. Il apprécie beaucoup la compagnie du narrateur qui lui préfère la solitude.

Antisémitisme de Balbec et de Bloch.

Qualités et défauts (pages 293 et suivantes) des gens.

L'être vrai et l'être apparent des gens et de nous même.

Portrait de Bloch, snob à la conversation inégale.

Trio Bloch/narrateur/Robert de Saint-Loup: Bloch les invite chez son père, aristocrate inquiet des goûts bohêmes de son fils (Leconte de Lisle, de Heredia, ...) est ravi d'apprendre que son fils fréquente Robert, marquis de Saint-Loup.

L'oncle (de Robert de Saint-Loup): Palamède.

Apparition curieuse (pages 302 et suivantes) d'un inconnu qui fixe le narrateur de manière furtive: le baron de (Guermantes) Charlus, neveu de Mme de Villeparisis.

Palamède de Guermantes, Charlus, l'oncle de Saint-Loup, tel un policier en mission secrète, ne regarde pas ceux qu'il connait. Cette généalogie intéresse fort le narrateur car l'oncle Palamède appartient donc à la même famille que la duchesse de Guermantes à Combray, ce qui rehausse d'ailleurs Mme de Villeparisis, apparentée aux Guermantes!

Curieuse invitation: le narrateur et sa grand-mère se rendent chez Mme de Villeparisis, invités par M.de Charlus. Mme de Villeparisis est d'abord surprise puis joyeuse de leur arrivée.

M.de Charlus se montre froid avec les jeunes hommes qu'il trouve trop efféminés à son goût; aimable avec les femmes. Il se comporte de la même manière avec le narrateur et sa grand-mère. Un personnage énigmatique pour qui l'important n'est pas ce qu'on aime mais d'aimer.

M.de Charlus se présente le soir chez le narrateur: il a appris la tristesse vespérale du narrateur et vient lui offrir un livre de Bergotte. Charlus lui dit grand bien de la jeunesse, toujours source de séduction, et de la tendresse que le narrateur porte à sa grand-mère: il s'agit d'une tendresse permise, payée de retour.

 

Le lendemain, M.de Charlus se montre froid de nouveau avec le narrateur auquel il réclame le livre de Bergotte. Il déplore l'inconséquence de la jeunesse. Départ de M.de Charlus (qui lui renverra le livre).

Dîner chez Bloch.

Bloch révèle par mégarde au narrateur qu'il a déjà eu trois fois affaire aux services d'Odette.

 

Françoise déçue par les amis du narrateur: elle découvre qui est Bloch et n'aime pas que Saint-Loup soit républicain, elle qui est royaliste. Un marquis républicain c'est comme de l'or en plaqué. Il n'en est plus!

La maîtresse de Saint-Loup.

Coquetterie de la grand-mère du narrateur: elle se fait photographier par Saint-Loup.

Groupe de jeunes filles, élégantes, gracieuses et sportives, qui marchent en bande sur la digue.(les "cyclistes")

Importance des yeux dans la naissance du sentiment amoureux.(page 341):

"Si nous pensions que les yeux d'une telle fille ne sont qu'une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d'unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui lui dans ce disque réfléchissant n'est pas dû uniquement à sa composition matérielle; que ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait, relativement aux gens et aux lieux qu'il connaît -pelouses des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et bois, m'eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan-, les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu'elle forme ou qu'on a formés pour elle; et surtout, que c'est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté Je savais que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais pas ce qu'il y avait dans ses yeux. Et c'était par conséquent toute sa vie qui m'inspirait du désir; désir douloureux, parce que je le sentais irréalisable, mais enivrant, parce que ce qui avait été jusque-là ma vie ayant cessé d'être ma vie totale, n'étant plus qu'une petite partie de l'espace étendu devant moi que je brûlais de couvrir, et qui était fait de la vie de ces jeunes filles, m'offrait ce prolongement, cette multiplication possible de soi-même, qui est le bonheur. Et, sans doute, qu'il n'y eût entre nous aucune habitude -comme aucune idée-communes, devait me rendre plus diffcile de me lier avec elle et de leur plaire. Mais peut-être aussi c'était grâce à ces différences, à la conscience qu'il n'entrait pas dans la composition de la nature et des actions de ces filles, un seul élément que je connusse ou possédasse, que venait en moi de succéder à la satiété la soif -pareille à celle dont brûle une terre altérée-d'une vie que mon âme, parce qu'elle n'en avait jamais reçu jusqu'ici une seule goutte, absorberait d'autant plus avidement, à longs traits, dans une plus parfaite imbibition."

part de l'imagination: fugacité et inconnu. Plaisir inconnu. Une "projection", un "mirage du désir" (page 344).

Analyse sociale du vocabulaire du lift.

Rêverie autour du nom entendu de Simonet que le narrateur associe aux jeunes filles de la digue.

Attente du dîner de Rivebelle.

Selon Aimé, Dreyfus est coupable.

Dîner au restaurant de Rivebelle, en compagnie de Saint-Loup: lieu de rencontres féminines. Moment de rupture avec le sérieux et le souci permanent de conserver sa santé. Alcool, ivresse de l'instant présent, dangers courus sur la route. Le narrateur se compare alors à une "abeille engourdie par la fumée du tabac, qui n'a plus le souci de préserver la provision de ses efforts accumulés et l'espoir de sa ruche." (page 360).

Femmes de Rivebelle, connues de Saint-Loup pour la plupart.

Le peintre Elstir, que Swann avait mentionné: son atelier est à Balbec.

Elégance du narrateur, qui n'a de cesse d'attendre les apparitions de la petite bande de la digue, dont il ne sait pas les habitudes. Elles ne sont pas la marchande de coquillages..

"C'est un grand charme ajouté à la vie dans une station balnéaire comme était Balbec, si le visage d'une jolie fille, une marchande de coquillages, de gâteaux ou de fleurs, peint en vives couleurs dans notre pensée, est quotidiennement pour nous dès le matin le but de chacune de ces journées oisives et lumineuses qu'on passe sur la plage. Elles sont alors, et par là, bien que désoeuvrées, alertes comme des journées de travail, aiguillées, aimantées, soulevées légèrement vers un instant prochain, celui où tout en achetant des sablés, des roses, des ammonites, on se délectera à voir, sur un visage féminin, les couleurs étalées aussi purement que sur une fleur. Mais au moins, ces petites marchandes, d'abord on peut leur parler, ce qui évite d'avoir à construire avec l'imagination les autres côtés que ceux que nous fournit la simple perception visuelle, et à recréer leur vie, à s'exagérer son charme, comme devant un portrait; surtout, justement parce qu'on leur parle, on peut apprendre où, à quelles heures on peut les retrouver. Or il n'en était nullement ainsi pour moi en ce qui concernait les jeunes filles de la petite bande." (pages 373-374)

A  défaut de la parole et d'échanges, l'imagination suit son cours. Difficile de connaître les lois de cette "astronomie passionnée":

"Combien d'observations patientes, mais non point sereines, il faut recueillir sur les mouvements en apparence irréguliers de ces mondes inconnus avant de pouvoir être sûr qu'on ne s'est pas laissé abuser par des coïncidences, que nos prévisions ne seront pas trompées, avant de dégager les lois certaines, acquises au prix d'expériences cruelles, de cette astronomie passionnée!" (page 374)

 

L'amour passionné (ce que nous appelerions l'amour fou) a une caractéristique: le rique d'une impossibilité.

"On peut avoir du goût pour une personne. Mais pour déchaîner cette tristesse, ce sentiment de l'irréparable, ces angoisses qui préparent l'amour, il faut-et il est peut-être ainsi, plutôt que ne l'est une personne, l'objet même que cherche anxieusement à étreindre la passion-le risque d'une impossibilité." (pages 374-375).

 

En réalité, aime-t-on jamais ce qu'on croit aimer?

Toujours à propos des filles de la digue, le narrateur écrit (pages 375-376):

"C'était à elles que ma pensée s'était agréablement suspendue quand je croyais penser à autre chose, ou à rien. Mais quand, même ne le sachant pas, je pensais à elles, plus inconsciemment encore, elles, c'était pour moi, les ondulations montueuses et bleues de la mer, le profil d'un défilé devant la mer. C'était la mer que j'espérais retrouver, si j'allais dans quelques villes où elles seraient. L'amour le plus exclusif pour une personne est toujours l'amour d'autre chose."

Inutile de se demander si une lecture psychanalytique de ce passage existe. J'imagine qu'il a déjà été moultes fois commenté...

 

Le narrateur obéit à sa grand-mère et rend visite au peintre Elstir dont l'art consiste à abolir les démarcations entre terre et mer, à mettre en évidence ses propres illusions optiques (page 380): il est un peintre de mirages (page 381). Il rassure le narrateur quant au risque qu'il y aurait à venir en Bretagne quand on est naturellement porté à rêver (pages 384-385):

 

"Mais non, me répondit-il, quand un esprit est porté au rêve, il ne faut pas l'en tenir écarté, le lui rationner.Tant que vous détournerez votre esprit de ses rêves, il ne les connaîtra pas; vous serez le jouet de mille apparences parce que vous n'en aurez pas compris la nature. Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve. Il importe qu'on connaisse entièrement ses rêves pour n'en plus souffrir; il y a une certaine séparation du rêve et de la vie qu'il est si souvent utile de faire que je me demande si on ne devrait pas à tout hasard la pratiquer préventivement comme certains chirurgiens prétendent qu'il faudrait, pour éviter la possibilité d'une appendicite future, enlever l'appendice chez tous les enfants."

[La fin de la citation pourrait sembler contradictoire mais ne l'est nullement: le tout est cohérent. Exprimer totalement le rêve, le faire sortir, pour ne pas en souffrir.]

Apparition inopinée de la "jeune cycliste", connaissance d'Elstir: il s'agit d'Albertine Simonet (page 385). Sa bande n'est pas issue de milieux interlopes: il s'agit de filles de gros négociants.

L'art d'Elstir, sa femme. Elstir et le narrateur finissent par se rendre ensemble sur la digue.

Nouvelle rencontre inopinée et manquée pour le narrateur d'Albertine ("tel Méphistophélès surgissant devant Faust", page 395).

Albertines imaginées versus l'Albertine réelle (pages 397-398)

Elstir offre une esquisse au narrateur qui voudrait une photographie du portrait de Miss Sacripant qu'il a vu dans l'atelier: il reconnaît soudain en Miss Sacripant...Odette de Crécy (Mme Swann avant son mariage) (page 400).

Le narrateur est déçu par Elstir, en qui il reconnaît le peintre anciennement adopté par les Verdurin sous le nom de M.Biche. Elstir assume son passé sans rougir. On n'est pas sage; on le devient.

"On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses." (page 403).

La grand-mère du narrateur offre des lettres autographes de Proudhon à Saint-Loup qui rejoint sa garnison à Doncières. Touché, Saint-Loup invite le narrateur à Doncières, mais non pas Bloch.

Lettre chaleureuse et tendre de Saint-Loup au narrateur.

Intelligence versus volonté -nous dirions aujourd'hui esprit (aussi bien entendu pour sa rationalité que pour ses folles imaginations) et coeur? (pages 408-109):

"Quand quelques jours après le départ de Saint-Loup, j'eus réussi à ce qu'Elstir donnât une petite matinée où je rencontrerais Albertine, le charme et l'élégance, tout momentanés, qu'on me trouva au moment où je sortais du Grand-Hôtel (et qui étaient dus à un repos prolongés,  à des frais de toilette spéciaux), je regrettai de ne pas pouvoir les réserver (et aussi le crédit d'Elstir) pour la conquête de quelque autre personne plus intéressante, je regrettai de consommer tout cela pour le simple plaisir de faire la connaissance d'Albertine. Mon intelligence jugeait ce plaisir fort peu précieux, depuis qu'il était assuré. Mais en moi, la volonté ne partagea pas un instant cette illusion, la volonté qui est le serviteur persévérant et immuable de nos personnalités successives; cachée dans l'ombre, dédaignée, inlassablement fidèle, travaillant sans cesse, et sans se soucier des variations de notre moi, à ce qu'il ne manque jamais du nécessaire. Pendant qu'au moment où va se réaliser un voyage désiré, l'intelligence et la sensibilité commencent à se demander s'il vaut vraiment la peine d'être entrepris, la volonté qui sait que ces maîtres oisifs recommenceraient immédiatement à trouver merveilleux ce voyage si celui-ci ne pouvait avoir lieu, la volonté les laisse disserter devant la gare, multiplier les hésitations: mais elle s'occupe de prendre les billets et de nous mettre en wagon pour l'heure du départ. Elle est aussi invariable que l'intelligence et la sensibilité sont changeantes, mais comme elle est silencieuse, ne donne pas ses raisons, elle semble presque inexistante; c'est sa ferme détermination que suivent les autres parties de notre moi, mais sans l'apercevoir, tandis qu'elles distinguent nettement leurs propres incertitudes. Ma sensibilité et mon intelligence instituèrent donc une discussion sur la valeur du plaisir qu'il y aurait à connaître Albertine, tandis que je regardais dans la glace de vains et fragiles agréments qu'elles eussent voulu garder intacts pour une autre occasion. Mais ma volonté ne laissa pas passer l'heure où il fallait partir, et ce fut l'adresse d'Elstir qu'elle donna au cocher. Mon intelligence et ma sensibilité eurent le loisir, puisque le sort en était jeté, de trouver que c'était dommage. Si ma volonté avait donné une autre adresse, elles eussent été bien attrapéées."

 

Le narrateur se rend donc chez Elstir qui le présente à Albertine. L'Albertine imaginaire s'évanouit et la connaissance de l'Albertine réelle se fera par soustraction. (pages 410-411).

 

Qualités et défauts de la "bacchante à bicyclette" de la "muse orgiaque du golf" (page 412).

"De quel morne ennui est empreinte la vie des gens qui par paresse ou timidité, se rendent directement en voiture chez des amis qu'ils ont connus sans avoir d'abord rêvé d'eux, sans jamais oser sur le parcours s'arrêter auprès de ce qu'ils désirent!" (page 412)

 

De cette lutte entre le réel et l'imaginaire, il s'ensuit qu'on se fiance par procuration (page 413):

"Dès ce premier jour, quand en rentrant je pus voir le souvenir que je rapportais, je compris quel tour de muscade avait été parfaitement exécuté, et comment j'avais causé un moment avec une personne qui, grâce à l'habileté du prestidigitateur, sans avoir rien de celle que j'avais suivie si longtemps au bord de la mer, lui avait été substituée. J'aurais du reste pu le deviner d'avance, puisque la jeune fille de la plage avait été fabriquée par moi. Malgré cela, comme je l'avais, dans mes conversations avec Elstir, identifiée à Albertine, je me sentais envers celle-ci l'obligation morale de tenir les promesses d'amour faites à l'Albertine imaginaire. On se fiance par procuration, et on se croit obligé d'épouser ensuite la personne interposée."

Toujours page 413:

"En face de la médiocre et touchante Albertine à qui j'avais parlé, je voyais la mystérieuse Albertine en face de la mer."

Apparition d'Octave, le "champion de golf" et ami d'Albertine, fils d'un riche industriel. Personnage qui a autant de goût vestimentaire qu'il a peu de culture. ("disparité entre les deux cultures", page 416):

"Il n'avait aucune hésitation sur l'opportunité du smoking ou du pyjama, mais ne se doutait pas du cas où on peut ou non employer tel mot, même des règles les plus simples du français."

 

Le narrateur voudrait connaître les amies d'Albertine.

Rencontre de Bloch, qui veut aller voir Saint-Loup à Doncières. Bloch, bien qu'il soit joli garçon, déplaît à Albertine.

 

Albertine, l'inconnu et l'impossible...

"De sorte qu'essayer de me lier avec Albertine m'apparaissait comme une mise en contact avec l'inconnu sinon avec l'impossible, comme un exercice aussi malaisé que dresser un cheval, aussi reposant qu'élever des abeilles ou que cultiver des rosiers." (page 419)

 

Rencontre de la grande Andrée, amie d'Albertine et des notables de Balbec: le dentiste, le maire, le professeur de danse, le conseiller général, le chef d'orchestre. (page 420).

Octave est apparenté aux Verdurin.

Le narrateur apprend que son ami Saint-Loup est fiancé à une demoiselle d'Ambresac, sans avoir renoncé à sa maîtresse ni l'avoir dit à son ami. (page 423).

Le narrateur hait le mensonge (page 423):

"Car ce que les gens ont fait, ils le recommencent indéfiniment. Et qu'on aille voir chaque année une ami qui les premières fois n'a pu venir à votre rendez-vous, ou s'est enrhumé, on le retrouvera avec un autre rhume qu'il aura pris, on le manquera à un autre rendez-vous où il ne sera pas venu, pour une même raison permanente à la place de laquelle il croit voir des raisons variées, tirées des circonstances."

Gisèle, le regard plein de désirs pour le narrateur, congédiée par Albertine. Elle s'apprête à retourner à Paris pour repasser des examens.

Le narrateur va à la gare pour avoir l'occasion de revoir Gisèle.

Comédie amoureuse du narrateur (pages 426-427):

"c'est que dans les périodes de ma vie où je n'étais pas amoureux et où je désirais de l'être, je ne portais pas seulement en moi un idéal physique de beauté qu'on a vu que je reconnaissais de loin dans chaque passante assez éloignée pour que ses traits confus ne s'opposassent pas à cette identification, mais encore le fantôme moral-toujours prêt à être incarné-de la femme qui allait être éprise de moi, me donner la réplique dans la comédie amoureuse que j'avais tout écrite dans ma tête depuis mon enfance et que toute jeune fille aimable me semblait avoir la même envie de jouer, pourvu qu'elle eût aussi un peu le physique de l'emploi. De cette pièce, quelle que fût la nouvelle "étoile" que j'appelais à créer ou à reprendre le rôle, le scénario, les péripéties, le texte même gardaient une forme ne varietur."

 

Le narrateur passe désormais toutes ses journées avec la petite bande (diminuée du départ de Gisèle) de jeunes filles semblables à des fleurs (graines/fleurs/mous tubercules). Plus de temps pour se promener avec Mme de Villeparisis, rendre visite à Saint-Loup ou à Elstir..à moins que ce ne soit en compagnie des jeunes filles en fleurs.

Le casino de Balbec.

Andrée: intelligente et malade. Elle aime à causer avec le narrateur. Elle est riche et généreuse.

Soeurs de Bloch déplaisent aux amies de la bande.

Souvenirs liés au gâteau au chocolat et à la tarte à l'abricot (page 439). Ces pâtisseries rappellent Combray au narrateur, les goûters de Gilberte, etc.

Jeunes filles en fleurs, éloge de la jeunesse (439-440). Jeux. Excuses pour ne pas voir Saint-Loup et passer du temps en compagnie des jeunes filles.

L'amitié ennemie de la création. (441):

"La conversation même qui est le mode d'expression de l'amitié est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir. Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d'une minute, tandis que la marche de la pensée dans le travail solitaire de la création artistique se fait dans le sens de la profondeur, la seule direction qui ne nous soit pas fermée, où nous puissions progresser, avec plus de peine il est vrai, pour un résultat de vérité."

Les legs; accents et poids du milieu. (444).

Albertine écrit au narrateur: "Je vous aime bien."

Lettre de Gisèle à la bande: elle a réussi son examen et joint sa copie à sa lettre. Jalousie d'Albertine. Andrée critique la composition de Gisèle.


Amour du narrateur pour Albertine et Rosemonde et Andrée. (449)

Voir et revoir quelqu'un: destruction, création. Imagination et réalité.

Les mains d'Albertine. Jeu du furet. Malentendu: espoir et désespoir de la complicité imaginée. Albertine se fâche et ne veut plus jouer avec le narrateur qui la fait perdre.

Dialogue avec les aubépines, fleurs associées à un souvenir d'enfance. (455).

Eloges d'Albertine confiés à Andrée. Jalouse? (456) Bonté et générosité d'Andrée. Son tact. Le tact a partie liée avec la dissimulation.

"Malheureusement l'amour tendant à l'assimilation complète d'un être, comme aucun n'est comestible par la seule conversation, Albertine eut beau être aussi gentille que possible pendant ce retour, quand je l'eus déposée chez elle, elle me laissa heureux, mais plus affamé d'elle encore que je n'étais au départ et ne comptant les moments que nous venions de passer ensemble que comme un prélude, sans grande importance par lui-même, à ceux qui suivraient." (page 459)

Naissance de l'amour. Temps passé avec Andrée. Le narrateur joue l'indifférence mais aimerait entrer en relation avec Mme Bontemps, tante de Titine (Albertine): Elstir servira d'intermédiaire même s'il méprise cette femme.

Albertine doit s'en aller en train pour se rendre chez sa tante.

Albertine arrange sa mèche comme aime le narrateur, pour lui...


Albertine couche au Grand Hôtel de Balbec avant son départ et propose au narrateur qu'il vienne la voir dîner. Passer du temps ensemble après le dîner. Cela restera secret. L'Albertine imaginaire s'incarne dans l'Albertine réelle...ou l'inverse d'ailleurs si l'on relit attentivement cette phrase extraordinaire (page 463):

"Tandis que la Gilberte que je voyais aux Champs-Elysées était une autre que celle que je retrouvais en moi dès que j'étais seul, tout d'un coup dans l'Albertine réelle, celle que je voyais tous les jours, que je croyais pleine de préjugés bourgeois et si franche avec sa tante, venait de s'incarner dans l'Albertine imaginaire, celle par qui, quand je ne la connaissais pas encore, je m'étais cru furtivement regardé sur la digue, celle qui avait eu l'air de rentrer à contrecoeur pendant qu'elle me voyait m'éloigner."

Joie immense, sentiment de toute-puissance du narrateur. Partage d'un secret, assurance d'une communauté d'imaginations (imaginée...).Clair de lune. Ivresse, exaltation du narrateur.Baiser tant attendu et..chute (page 465):

J'allais savoir l'odeur, le goût,qu'avait ce fruit rose inconnu [Albertine]. J'entendis un son précipité, prolongé et criard. Albertine avait sonné de toutes ses forces."


Déception du narrateur qui réalise que l'amour pour Albertine est fondé sur l'espoir de la possession physique. Albertine n'est pas la fille dévergondée qu'il avait imaginée au départ sur la plage, ni la femme décrite par Bloch, mais une jeune fille vertueuse, une "poupée de cire" (466):

"...comme si, au lieu d'une jeune fille réelle, j'avais connu une poupée de cire, il arriva que peu à peu se détacha d'elle mon désir de pénétrer dans sa vie, de la suivre dans les pays où elle avait passé son enfance, d'être initié par elle à une vie de sport; ma curiosité intellectuelle de ce qu'elle pensait de tel ou tel sujet ne survécut pas à la croyance que je pourrais l'embrasser. Mes rêves l'abandonnèrent dès qu'ils cessèrent d'être alimentés par l'espoir d'une possession dont je les avais crus indépendants."

Albertine pardonne au narrateur et regrette de lui avoir fait de la peine: elle lui demande de ne jamais recommencer. Le narrateur reporte alors ses rêves sur les amies d'Albertine (Andrée notamment).

Albertine, invitée par des gens particulièrement riches (Régent de la Banque de France), très considérée malgré sa pauvreté et ses parents (M. Bontemps est un véreux, rallié au gouvernement).

 

Système des fins multiples. (470): le mari, la maîtresse et l'épouse, ou comment (se) faire plaisir doublement. Monsieur de Norpois, expert en la matière, "le plus serviable des hommes."

Elégance d'Albertine qui tait le baiser refusé. Interrogations du narrateur à propos de ce refus. Albertine offre au narrateur en compensation un petit crayon d'or (page 472). Explications d'Albertine. Pour elle, le narrateur aime Andrée et lui pardonner est un signe de bonté.

 

Andrée? "trop intellectuelle, trop nerveuse, trop maladive, trop semblable à moi." (473)


Amour en indivision pour la bande. Hésitations. Sorte d'"amour collectif" de l'acteur ou de l'homme politique (475).

Couleurs de ces fleurs. Aspects changeants. Les Albertine. Figures du moi, lui aussi changeant, figure des moi (d'émoi?).  (477).

"Car c'est toujours à cela qu'il fallait revenir, à ces croyances qui la plupart du temps remplissent notre âme à notre insu, mais qui ont pourtant plus d'importance pour notre bonheur que tel être que nous voyons, car c'est à travers elles que nous le voyons, ce sont elles qui assignent sa grandeur passagère à l'être regardé."

Albertine, la mer, les mers. Le temps qu'il fait et l'atmposphère.

page 478:"Et c'est en somme une façon comme une autre de résoudre le problème de l'existence, qu'approcher suffisamment les choses et les personnes qui nous ont paru de loin belles et mystérieuses, pour nous rendre compte qu'elles sont sans mystère et sans beauté; c'est une des hygiènes entre lesquelles on peut opter, une hygiène qui n'est peut-être pas très recommandable, mais elle nous donne un certain calme pour passer la vie, et aussi -comme elle permet de ne rien regretter, en nous persuadant que nous avons atteint le meilleur, et que le meilleur n'était pas grand chose- pour nous résigner à la mort."

Départ d'Albertine pour Paris. (480). L'hôtel se vide.

Départ de Balbec. Souvenir des jours de maladie où seule l'imagination permettait de rejoindre la digue, les jeunes filles, la mer.

 

 

 Le côté de Guermantes

 

 

 

Volume moins passionnant que le précédent.

 

Le narrateur parvient grâce à son ami Robert de Saint-Loup (neveu de la "brave Oriane" [la duchesse de Guermantes]) à entrer dans le salon de Mme de Villeparisis, fréquenté par M.de Norpois mais aussi par le duc et la duchesse de Guermantes. On y trouve aussi Mme Swann et M. de Charlus qui fait de mystérieuses propositions au narrateur. Dreyfus déchaîne les passions. Désenchantement du narrateur qui comprend l'imposture Villeparisis (achat d'un nom et de tous les tableaux qui pourraient faire accroire à une ascendance noble; en réalité, Mme de Villeparisis est ...Mme Thirion). La duchesse elle-même, de près n'est rien...

 

Maladie et décès d'Amédée, la grand-mère du narrateur. Le docteur Dieulafoy constate le décès.

 

 

Albertine est à présent un choix de second rang. La vicomtesse Alix de Stermaria la remplace dans l'esprit du narrateur. Le salon de la duchesse de Guermantes. Colère de M.de Charlus à l'encontre du narrateur qui ne comprend pas ses déclarations...
Swann craint d'être emporté par la maladie d'ici peu. Oriane s'en émeut, Basin rit des prédictions des médecins. La duchesse de Guermantes (anciennement duchesse de Laumes) tout de rouge vêtue se rend à l'invitation de sa cousine, la princesse de Guermantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Quelques passages qui m'ont plu:
  •  "Cependant, la fée dépérit si nous nous approchons de la personne réelle à laquelle correspond son nom, car, cette personne, le nom alors commence à la refléter et elle ne contient rien de la fée; la fée peut renaître si nous nous éloignons de la personne; mais si nous restons auprès d'elle, la fée meurt définitivement et avec elle le nom" (à propos du nom de Mme de Guermantes, Proust, Le côté de Guermantes)

 

  • Le désenchantement du narrateur concerne aussi Françoise, si gentille apparemment, bonne et franche; pourtant, Jupien qu'elle fréquente, apprend au narrateur par maladresse les véritables pensées de Françoise: "elle disait que je ne valais pas la corde pour me pendre."
  • "Ainsi ce fut elle qui la première me donna l'idée qu'une personne n'est pas, comme j'avais cru,  claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard (comme un jardin qu'on regarde, avec toutes ses plates-bandes, à travers une grille), mais est une ombre où nous ne pouvons jamais pénéter, pour laquelle il n'existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous faisons toujours des croyances nombreuses à l'aide de paroles et même d'actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisants et d'ailleurs contradictoires, une ombre où nous pouvons tour à tour imaginer avec autant de vraisemblance que brillent la haine et l'amour."

 

  • "J'aimais vraiment Mme de Guermantes. Le plus grand bonheur que j'eusse pu demander à Dieu eût été de faire fondre sur elle toutes les calamités, et que ruinée, déconsidérée, dépouillée de tous les privilèges qui me séparaient d'elle, n'ayant plus de maison où habiter ni gens qui consentissent à la saluer, elle vînt me demander asile. Je l'imaginais le faisant."
  • Robert de Saint-Loup est passionnément épris de sa maîtresse ("Rachel quand du Seigneur")dont il attend des nouvelles à Doncières. Une lettre arrivera-t-elle bientôt? "Il la voyait, elle arrivait, il épiait chaque bruit, il était déjà désaltéré, il murmurait: "La lettre! La lettre!" Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse, il se retrouvait piétinant dans le désert du silence sans fin."

 

 

  •  A propos de cette maîtresse, le narrateur pourrait apprendre à son ami bien des coucheries qu'il ignore. "Je me rendais compte de tout ce qu'une imagination humaine peut mettre derrière un petit morceau  de visage comme était celui de cette femme, si c'est l'imagination qui l'a connue d'abord; et inversement en quels misérables éléments matériels et dénués de toute valeur pouvait se décomposer ce qui était le but de tant de rêveries, si, au contraire, cela avait été perçu d'une manière opposée, par la connaissance la plus triviale."
  • "Ce n'était pas "Rachel quand du Seigneur" qui me semblait peu de chose, c'était la puissance de l'imagination humaine, l'illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l'amour que je trouvais grandes."

 

  • "Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire."

 

 

Sodome et Gomorrhe.