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LE VERBE

le verbe et ses assistants

les différentes formes du verbe

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PRINCIPAUX ACCORDS

accord des noms

accord des adjectifs et des déterminants numéraux

accord des participes passés.

LA PHRASE

mémento grammatical

mémoire musicale

Oscar Wilde

coin cinéma n°4

Dernière modification :20 /12/2016

 

 

28. Manchester by the sea.

C'est l'histoire d'un homme (Lee) simple, serviable, pas toujours affable, capable aussi d'asséner quelques coups de poing. Il est plutôt beau et plaît aux femmes comme aux hommes apparemment, mais lui reste étrangement insensible. Concierge-dépanneur-plombier au début du film, il apprend la mort de son frère. Quand le notaire lui apprend que le défunt l'a nommé tuteur de son fils, Patrick, tout est chamboulé. Les retours en arrière vont se faire de plus en plus nombreux et nous allons comprendre peu à peu, pourquoi accepter n'a rien d'évident pour lui, en dépit de l'affection qu'il porte à son neveu.

 

Le film est dur et drôle à la fois. On comprend que Lee a perdu ses enfants dans un incendie dont il se sent responsable: la police pourtant le laisse partir libre car il s'agit d'un accident. Sa femme en revanche l'accable et c'est seulement bien longtemps après, quand elle aura à nouveau eu un enfant avec un autre homme, qu'elle saura dire à Lee les mots qui réparent: "Mon cœur est brisé, mais le tien aussi". Elle lui dit son amour et explique ses reproches par la colère du deuil car elle a bien conscience qu'elle se reconstruit malgré tout alors qu'il reste bloqué, s'interdisant le bonheur.

L'essentiel du film porte sur une belle relation: celle d'un neveu et d'un oncle. Lee n'est pas prêt à assumer la responsabilité d'un tutorat qui lui est pourtant confié par voie testamentaire. Il compte beaucoup pour Patrick, et depuis longtemps. La narration de cette belle relation est forte et magnifique.

 

 

27. Fuocoammare, par-delà Lampedusa.

 

L’ŒIL PARESSEUX
 
Documentaire un peu long qui donne à suivre d'un côté un gamin de 12 ans, Samuele: il habite l'île de Lampedusa, il va à l'école, il joue avec ses copains, avec une fronde qu'il manie à merveille, il explique avec une belle force de conviction le mal dont il souffre au médecin qui l'ausculte et le rassure.
 
 
D'un autre côté, on assiste aux messages radio de SOS, à l'envoi de secours en mer, aux hommes en combinaison blanche, aux réfugiés qui voyagent en première, deuxième ou troisième classe,et, vers la fin du documentaire, à la réalité humaine de ce qu'on entend régulièrement aux informations: "tant de morts en Méditerranée". Nul besoin de montrer les 3000 personnes qui meurent annuellement dans "notre mer" (mare nostrum): quelques corps suffisent à ouvrir les yeux sur ce que nos yeux paresseux se refusent à voir.
 
L'expression "œil paresseux", je l'emprunte évidemment à l'ophtalmo qui examine Samuele: il a une vue excellente d'un côté -celui qu'il garde ouvert quand il utilise sa fronde- et un œil devenu paresseux à force de ne pas être sollicité.Le médecin préconise un adhésif occultant pour forcer cet œil-là à faire des efforts. Samuele, entend et s'appliquera à corriger sa vue.
Le documentaire nous suggère de faire comme Samuele, de corriger notre regard sur les réfugiés embarqués sur la mer Méditerranée, aux portes de l'Europe: d'ouvrir nos deux yeux.
 
De voir qu'il y a des gens, italiens dans le film, qui portent secours, qui sauvent des vies quand ils ne dénombrent pas les cadavres.
De voir ce que nous sommes nombreux à refuser de voir et d'entendre, cette non-assistance à personnes en danger.
 
Amnesty International a bien compris que le changement de regard était une des clés pour changer la donne et va lancer une campagne qui inversera les rôles (une famille parisienne obligée de fuir la France se retrouve en Afrique, dans un camp de réfugiés).
 
Pendant ce temps, le maire de Mantes-la-Ville fait adopter par sa majorité une délibération pour proclamer que la seule ville FHaine d'Ile de France est une commune "sans migrants"...
 
Fuocoammare, par-delà Lampedusa.
 
Documentaire de Gianfranco Rosi (2016), Ours d'or du festival de Berlin.

 

 

 

26. La fille de Brest.

 

Film d'utilité publique.
J'hésitais à aller le voir: mes appréhensions étaient totalement infondées. On a beau connaître la fin de l'histoire (la connaît-on d'ailleurs?) le film est suffisamment bien construit pour qu'on craigne quand même la victoire du pot de fer sur le pot de terre: Irène Frachon et les siens vs le laboratoire Servier.

 

C'est l'histoire d'une pneumologue du CHU de Brest, qui s'étonne du nombre préoccupant de pathologies cardiaques non expliquées. Le film s'ouvre d'ailleurs sur une scène de boucherie (bloc opératoire) qui nécessite un peu de courage ...ou de fermer les yeux. Voilà le fil rouge: fermerons-nous les yeux ou regarderons-nous la dure réalité en face?

 

Il vaut mieux avoir le cœur bien accroché: pour faire face d'abord au mépris parisien pour cette "fille de Brest" et pour son équipe bretonne puis aux pressions multiformes, Irène Frachon sait compter sur sa franchise, sa détermination, son goût pour la vérité et son empathie pour celles et ceux qu'elle soigne.

Il y a Corinne, sa patiente obèse , qui a bouffé du Médiator jusqu'à la mort (autre scène de boucherie particulièrement spectaculaire).

Il y a Antoine et son équipe qui mènent l'enquête témoin, nécessaire pour ébranler l'agence de sécurité sanitaire.
Antoine vivra mal les pressions qu'il subira lui aussi. Toujours elle lui rappellera pour qui ils agissent. Les pressions économiques le dissuaderont de poursuivre le combat qu'il a pourtant initié avec sa collègue qui avait besoin de son concours.

Il y a le "père Noël", statisticien de la CNAM, tenu à certaines obligations.

Il y a le mari d'Irène (et ses enfants), indéfectible soutien dans les moments de doute comme de peur, à tel point qu'elle lui propose de le redemander en mariage.

Il y a la journaliste du Figaro, détestable au premier abord, qui ne lâche rien ensuite.

Il y a aussi les représentants du groupe Servier et de l'agence de sécurité sanitaire.

Narcissisme? La question a le mérite d'être posée pour mieux être balayée. C'est là l'accusation de ceux qu'elle gêne. Il y a forcément une force d'âme chez une lanceuse d'alerte. La place accordée aux patients, c'est-à-dire aux premières victimes d'un médicament vendu et remboursé pendant 30 ans, est primordiale.

Un film qui fait réfléchir.

 

 

 

25. Réparer les vivants.

 

 

Réparer les vivants, avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner et d'autres.
Les vingt premières minutes m'ont semblé un peu fastidieuses malgré deux belles vagues: ralenti pendant une scène de surf entre copains, et représentation imagée d'un accident qui engloutit l'un des passagers.
Il a 17ans. Il a des parents, séparés, réunis par l'adversité. Il avait aussi une petite amie, Juliette, qu'un retour en arrière choisit de nous montrer au moment de leur premier baiser. Scène de vie aussi souriante qu'est terrible l'annonce faite à ses parents: mort cérébrale. Tout fonctionne dans ce corps sans vie ...grâce aux machines seulement. L'annonce est redoublée d'une autre, violente tout aussi que nécessaire: il est possible de donner certains de ses organes, pour sauver des patients en attente.
Colère légitime du père. Demande légitime des soignants. La demande est là, l'offre? Pas vraiment. Et le temps est hélas compté. Les parents vont accepter.
 
Larmes garanties à plusieurs reprises évidemment. Le film donne à voir des émotions, mais aussi un quotidien discret, celui des équipes soignantes, épuisées, discrètes, présentes, bienveillantes.
Le parti pris du réalisateur consiste à dévoiler le sujet (don d'organe) dans sa réalité, y compris dans ses aspects les plus sordides: le numéro "Cristal" obtenu dans une sorte de marché aux organes, les opérations chirurgicales (vous êtes déjà allé chez le boucher au moins? ça vaut mieux).
 
Il y aussi les échappatoires, la vidéo que regarde le médecin Tahar Rahim, quand il a quelques instants de pause: celle d'un oiseau qu'on peut trouver pour un bon millier d'euros à Oran, le chardonneret. Il serait capable d'aller en chercher un en Algérie car cet oiseau est capable de ressentir si on l'aime ou pas. Le médecin a obtenu l'accord des parents. Comment accompagner le jeune homme donneur (malgré lui?) jusqu'au bout? La fin du film donnera une réponse.
 
Et puis il y a l'autre histoire. Celle d'une femme, d'une quarantaine d'années, qui a des problèmes cardiaques assez sérieux et sait qu'elle risque d'y passer. A quoi bon chercher à s'opposer à une mort naturelle assurée? Là, encore, le rôle de la doctoresse est primordial: convaincre en laissant la liberté de choix.Est-ce pour retarder la tristesse à ses fils qu'elle aime comme à son amie pianiste? Est-ce parce qu'elle aime la vie? Elle accepte.
 
Personne ne sait rien du donneur, pas plus que du receveur, sinon le personnel médical et le spectateur.
 
Il y a l'accompagnement jusqu'à la mort d'un côté, avec ces oreillettes téléphoniques apportées dans le bloc opératoire pour que le jeune homme qui va mourir entende la mer, le bruit des vagues: le morceau a été choisi par sa petite amie, Juliette.
 
Il y a le réveil, la vie, la renaissance de cette femme qui aura droit à un nouveau sursis.
 
Hymne à la vie, qui apporte un éclairage sur les contradictions douloureuses que le don d'organe implique dans ces circonstances. Une mort, déjà certaine, pour qu'une vie continue. Moins facile qu'il n'y paraît et pourtant. Si un malheur devait me frapper, j'accepterai cette perpétuation de la vie, dès lors qu'elle sera pratiquée avec toute la pudeur et la dignité suggérées dans ce très beau film.

 

24. Le client.

 

 

Bouleversant et très bien construit et parfaitement réussi: film d'Asghar Farhadi. Présentation en deux temps, pour celles et ceux qui voudraient aller le voir d'abord, pour celles et ceux qui l'ont déjà vu ensuite.
Salle comble et c'est mérité.

1) Pour donner envie d'aller le voir:

Un immeuble menace de s'effondrer. Évacuation. Le jeune couple des protagonistes emménage dans un appartement trouvé par un collègue de la compagnie théâtrale avec laquelle il travaille. Ce que l'on apprend après le drame initial, c'est que l'appartement était occupé précédemment par une prostituée.
Lui est professeur d'arabe dans un lycée (ça se passe en Iran), un prof comme on aimerait en avoir. Passionné et passionnant, la relation avec ses élèves le montre, pleine de vie, de réparties et de curiosité. A côté, il joue dans une pièce d'Arthur Miller avec sa femme. Tous deux sont comédiens. Un soir, alors qu'il est le sur le point de rentrer, elle ouvre. Un homme abusera d'elle.
Le film dure deux heures et comprend pour ainsi dire deux parties, mais son unité est complète, ce qui justifie pleinement le prix du meilleur scénario obtenu à Cannes.
D'abord les conséquences psychophysiologiques de l'agression sexuelle, la lumière sur l'incompréhension entre Emad et Rana, les deux protagonistes (réminiscences d'Une séparation).
Elle ne veut pas porter plainte, lui accepte ...à condition qu'elle tourne la page et oublie.
Quand elle tentera un peu plus tard d'oublier (scène du repas), c'est lui qui remettra les pieds dans le plat pour des raisons que le spectateur comprend aisément, tout comme il comprend le désir de Rana.
Les antagonismes sont nombreux mais toujours surmontés car ils s'aiment profondément.
L'agresseur a laissé des traces. D'un côté le voisinage, le regard des gens; de l'autre des indices: les clés d'une camionnette, un téléphone, de l'argent....
Cette première partie est donc aussi celle de l'enquête que mène Emad, obsédé par le désir de vengeance ou de réparation, dans un premier temps peut-être de compréhension.

La seconde partie, tout aussi psychologique, est celle qui concerne ce qui se passe quand il a retrouvé le propriétaire de la camionnette...
Vengeance ou réparation?

2) A partir de là, j'en dis trop si vous tu ne l'as pas déjà vu.

Ce qui est très beau, c'est que la vie continue, notamment la vie sur la scène théâtrale, la vie au lycée (nette dégradation de la relation pédagogique), le regard des gens, plutôt bienveillant mais pesant.
Comment être sûr que le propriétaire de la camionnette est bien l'agresseur de Rana? Il faut le confondre, et c'est ce qu'entreprend Emad.
On découvre alors que, loin d'être le jeune boulanger, Magyd, qui s'apprête à se marier, il s'agit de son beau-père, un vieux monsieur cardiaque, client de l'ancienne locataire.
Tout se passe dans le premier immeuble, qui menaçait de s'effondrer au tout début. En effet, à ce moment-là, tout menace de s'effondrer: le vieux monsieur cardiaque qui a agressé Rana, Emad qui pourrait céder à la pulsion de vengeance, le couple lui-même des protagonistes, car elle a pardonné, lui pas.
Tout pourrait s'effondrer et pourtant...La fin est ouverte. Chacun interprètera à sa manière. Amour et théâtre l'emporteront.

 

 

 

23. L'Histoire officielle.

 

 

 

Chef d’œuvre bouleversant. Film argentin qui date de 1985, mais  restauré en 2015. Écrit et réalisé dans la foulée de la chute de la dictature (1976-1983), il nous plonge précisément en 1983, dans les derniers moments de la dictature argentine.

L'histoire: Alicia est la mère adoptive (car elle est stérile) d'une petite Gaby, l'épouse d'un dirigeant argentin qu'elle aime et qu'il aime. Elle est aussi professeure d'Histoire dans un lycée. Le mystère ne dure pas longtemps pour le spectateur qui comprend très vite l'origine de l'adoption. En revanche, la prise de conscience et l'enquête d'Alicia sont très belles.

Historia signifie recherche/enquête. Alicia enseigne l'Histoire d'une manière très traditionnelle, exige de ses élèves qu'ils connaissent par cœur les récits qu'ils font quand ils interviennent en classe. Le film s'ouvre d'ailleurs sur une scène où la communauté scolaire rassemblée dans la cour chante l'hymne national, élèves en uniforme. Bref la belle tradition. Patrie, autorité, discipline, valeurs.

Mais voilà. Une amie d'Alicia revient après un long exil. Les deux amies se retrouvent, en toute liberté, la langue d'Ana se délie. Elle se confie à son amie et lui raconte les tortures que la junte lui a infligées. Cette discussion fait naître un doute dans l'esprit d'Alicia, qui ne sait rien des origines de la fille qu'elle a adoptée, ou pas grand chose. Elle va alors se tourner vers son mari, qui lui rappelle qu'il était convenu de ne pas en parler. Alicia ouvre les yeux, assiste aux rassemblements de la place de Mai.

Discrète, elle assiste chez ses beaux parents à une violente altercation: le beau-père, anarchiste espagnol parle de "son"fils devant ses fils. Il préfère encore l'alcoolisme d'Enrique à la "réussite" de cet autre fils qui aime l'agent comme son frère l'alcool.

Gaby, quant à elle, est une enfant très mignonne, qui grandit entourée d'amour, dans un confort certain. Elle aime à chanter une chanson en particulier, semble terrorisée quand ses cousins débarquent dans sa chambre en jouant à la guerre.

Alicia enquête et avance. Elle se trahit aussi en un sens et s'attire les soupçons d'une dame qui avait décidé de l'aider.

Son histoire va lui faire rencontrer l'Histoire tragique de son pays. Elle va rencontrer la grand-mère de Gaby. La boucle semble bouclée. Je n'en dis pas plus. Hymne à la liberté, ce film est violent, bouleversant. Je l'ai beaucoup aimé.

 

22. Le Teckel.

 

 

 

Un film qu'on peut ne pas voir. Et pourtant...
En américain Wiener-dog, la "saucisse" quoi, est le trait d'union entre plusieurs histoires. Mieux vaut ne pas s'attacher à l'une d'elle (comme au chien) car le réalisateur nous force au changement. C'est ainsi qu'on passe de Rémi, l'enfant malade du cancer qui retrouve la joie de vivre quand son père lui offre un teckel à l'assistante du vétérinaire qu'on pense suivre alors, mais c'est seulement pour un petit moment.
L'autre liant, c'est le "Et si..." cher au scénariste raté, protagoniste de la 3ème histoire: pour lui, un bon scénario se caractérise par un "Et si...? Alors que se passerait-il d'autre? "
Avec un "et si" on peut tout se permettre: une diarrhée infinie, la mort à répétition du personnage principal, des tenues vestimentaires extravagantes comme des dialogues qui sont enrayé. Ce film accorde une place au rêve, sort du réalisme, joue avec les codes et déroute le spectateur-teckel qui le suivrait docilement. Dressage du spectateur (briser sa volonté)?
 
Malgré un aspect délibérément décousu, je me suis laissé emporter jusqu'au bout. Il faut voir la scène de la grand-mère acariâtre et de sa petite fille venue chercher ...un gros chèque, mais non! Lui dire ses craintes sentimentales. Il faut surtout voir cette scène où cette même vieille dame sur le point de mourir voit en rêve toutes les personnes qu'elle n'a pas été, faute d'avoir fait les (bons?) choix. Un film qui semble hésiter lui aussi, ce qui est assez touchant, mais pas encore totalement convaincant je trouve.

 

21. Ma vie de courgette.

 

Petit bijou pour les petits comme pour les grands. Icare, surnommé Courgette, se réfugie dans ses rêves avec son cerf-volant : côté pile, son père représenté comme un super-héros capable de voler, côté face, une poule....parce que son père est parti avec une poule. Sa mère, elle, elle boit. Elle est violente. Et patatras. La mort de la mère est le début de l'histoire. Courgette va rencontrer Raymond, policier en charge de la protection judiciaire de la jeunesse, puis toutes celles et tous ceux de l'orphelinat. Chacun a son histoire, ses travers et ses qualités, ses espoirs et sa tristesse. Les portraits sont d'autant plus touchants et efficaces que le film ne dure qu'à peine plus d'une heure, intense. Les adultes généreux et bienveillants sont nombreux; la tante de Camille est là pour servir de contrepoint. Le réalisme en est renforcé. Sans tout raconter, j'ai aimé les choix musicaux -notamment le "Salut à toi..." des Béruriers noirs qu'écoute Simon très en colère contre le départ de ses amis qu'il convainc pourtant d'accepter l'adoption car elle sera pour tous "un espoir" et pour eux une chance inouïe. J'ai surtout adoré la liste des questions d'enfants à la fin, toutes commençant par "même si..."
Tous sont intéressés par une seule question: une future maman abandonnera-t-elle ou non son enfant? Même si...

 

20. Moi, Daniel Blake

 

Palme d'or au festival de Cannes (d'ailleurs je me demande pourquoi il ne sort que maintenant)
Film de Ken Loach.
Un film émouvant qui montre notre société contemporaine comme elle est, dans sa dureté et sa beauté, sa modernité et ses exclus.

 

En une phrase, c'est l'histoire d'un homme qui se bat pour toucher une indemnité d'invalidation qui lui permettrait de subsister : veuf, son cœur est malade et ses médecins lui interdisent de travailler.
Au-delà de ce combat du pot de fer contre le pot de terre, ce sont les mécanismes absurdes de marginalisation et la fraternité qui sont montrées à travers les rencontres:

 

II y a le voisin, jeune mec qui cherche à s'en tirer en achetant bon marché des baskets en Chine pour survivre, sans avoir à devoir faire un travail à la con (travailler à 5h30 le matin, moins d'une heure, et être payé une misère)

il y a Katie, jeune mère de deux enfants qui se voit "sanctionnée" parce qu'elle arrive un peu en retard à un rendez-vous au Pôle emploi britannique qui en sait que dissuader et sanctionner.

Il y a Daniel Blake, "Dan", lui-même confronté aux outils modernes de communication (l'internet qui ne marche pas, le numéro de téléphone surtaxé, la musique d'attente et les messages vocaux) est touché par ce que vit Katie et va faire sa connaissance, comme celle de ses enfants.

Il y a le fils de Katie, qui joue à la balle et n'écoute personne car personne ne l'écoute....jusqu'à ce que...

Il y a la fille de Katie, sensible à ce fait sa mère pour ses enfants comme aux moqueries de ses pairs à l'école car ses baskets sont à nouveau déchirées.

Il y a Ivan, le vigile, qui propose son "aide" aux plus pauvres....quand elles sont belles.

Il y a les petites gens qui font des petits riens qui sont beaucoup, comme les bénévoles de banque alimentaire, respectueux de la dignité de ceux qui n'ont plus d'amour-propre.

On se consume quand on n'a plus d'amour-propre. Pourtant, on a tous besoin d'un peu de vent dans le dos pour nous aider.

Daniel Blake pense avoir perdu son amour-propre, quand sa colère se traduit en révolte et semble devoir se terminer au poste de police. Pourtant, la fille de Rachel va trouver les mots justes elle aussi. "Tu nous as aidés, non?" "oui" "Alors pourquoi tu ne nous laisses pas t'aider?"

Le pot de terre est comme l'agneau de la fable. Il a raison. Mais la raison du plus fort est toujours la meilleure. Et c'est la fable qu'on garde en mémoire.

 

19. Captain Fantastic.

Très beau film comme je n'en avais pas vu depuis un moment...
Le parti pris de l'ambivalence est tenu de la scène initiale à la scène finale. Ouverture magnifique: plongée dans la vie animale de la forêt, scène de chasse, nature et violence, beauté et vie.
Un père élève ses six enfants à l'écart dans la forêt, loin de l'école, loin de la société de consommation, loin de la prétendue civilisation, mais près des livres, près de la nature, près de la culture.
La mère? Elle est à l'hôpital, où l'on apprend qu'elle s'est suicidée.
Les obsèques seront l'occasion d'une confrontation au monde hors de la forêt. Mort et vie sont un fil conducteur. Fin de l'acte 1.

 

 

Acte 2: le repas est l'occasion de constater le fossé entre les cousins: les uns ne connaissent ni Adidas, ni Nike (ils connaissent seulement Nikè, la déesse grecque de la victoire), les autres connaissent non seulement les amendements par cœur, mais comprennent leur signification politique. Culture 1-Civilisation 0.

 

Acte 3: l'enterrement. Leslie, la mère, était bouddhiste. Elle voulait être incinérée et voir ses cendres jetées dans un endroit où il y aurait beaucoup de passage. Il n'en sera rien. Son père a tout programmé dans une église. Il rejette les folies de son gendre et lui en veut. Quand la famille venue des bois avec vêtements colorés et instruments de musique, le malentendu est complet. Les enfants supplient leur père de renoncer à aller au cimetière. Ils ont perdu leur mère, ne veulent pas voir leur père arrêté par la police.

 

Acte 4: le point de vue du grand-père et le retournement: Jusque-là, le spectateur a plutôt épousé le point de vue du père et de ses enfants. Le réquisitoire du grand-père néanmoins fait mouche: il parle de maltraitance, d'apprentissage du vol, etc. L'un des fils a décidé de rester avec ses grands-parents. Quand les autres tentent une excursion par le toit, sous l'oeil du père, c'est l'accident. Inconscience. Violence. Maltraitance. Les enfants resteront chez leurs-grands parents, dans une villa avec piscine, luxe, calme et volupté.

Acte 5: Oui mais leur père? Oui mais leur éducation? Oui mais leur mère, enterrée contre sa volonté. La scène du déterrement est extraordinairement osée. Leslie sera incinérée et ses dernières volontés seront respectées. Et la vie continuera, non plus comme avant, mais dans une maison, ensemble ou presque (l'aîné, reçu dans toutes les universités prestigieuses grâce à des démarches entreprises du vivant de sa mère, part étudier en Namibie)

 

18. La fille inconnue.

Film des frères Dardenne. Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l'identifier, Jenny n'a plus qu'un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu'elle ne soit pas enterrée anonymement, qu'elle ne disparaisse pas comme si elle n'avait jamais existé.

"Elle n'est pas morte, sinon elle ne serait pas dans nos têtes." L'enquête va déranger, délier des langues. Jenny va prendre des risques inconsidérés pour en apprendre plus sur cette femme dont la mort la hante: un adolescent qui se tait mais sait, un  mobile-hom(m)e, une maison de retraite, des clients, des proxénètes, voilà ce que dévoile une enquête qui donne à voir la société malade, quotidien d'une médecin qui veut apprendre à son stagiaire qu'on ne pose pas un bon diagnostic si l'on n'est pas maître de ses émotions. Un film captivant, drôlement bien mené et joué.

 

 

17.Juste la fin du monde.

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Violent. On dit parfois d'un film qu'il est fort. Je dirais qu'il est violent. Une distribution impeccable. Une histoire simple à résumer: un homme revient dans sa famille après 12 ans d'absence pour annoncer l'imminence de sa mort.
Simple en apparence.
Violence. Du cercle familial, de l'absence, de l'amour, des non-dits, des représentations de chacun sur chacun, de l'absence de mots.
Violence des faux-semblants, des mensonges qu'on dit parce que la vérité brûle et empoisonne.
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le film. Pourtant, il est prenant et je me suis surpris à me dire: déjà fini?
Avant-première du dernier film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde.

 

 

16. Un petit boulot.

Résultat d’images pour un petit boulot

 

"Je veux que tu tues ma femme!" C'est presque comme ça que commence le film de Pascal Chaumeil, UN PETIT BOULOT. C'est le fortuné truand Gardot (remarquable Michel Blanc, tant comme acteur,que comme auteur du scénario et des dialogues) qui s'adresse ainsi à Jacques, qui a perdu son boulot, sa femme et qui est sacrément endetté.
Dit comme ça, ça n'a pas l'air si drôle que ça et pourtant...Comédie sociale grinçante qui met en scène un protagoniste sensible et attachant en dépit des assassinats qu'il commettra (ou pas).
L'inspecteur de la station service est excellent dans le rôle du salaud qui humilie les petites gens. On ne le pleure pas.
Le chauffeur de Gardot, le mari qui va mourir du cancer de la cigarette, l'amant de la femme. Tout fonctionne.
Les potes, la nécessité de l'argent et cette scène où Jacques invite son collègue à rire de leur situation:un rire comme un exutoire à une colère sociale légitime. Un rire comme un sursaut. Même la scène où Tom (l'autre collègue qui gère la station service) s'enferme dans son garage est à la fois belle, touchante et drôle, d'un comique qui ne tourne pas en dérision, mais d'un comique qui effleure des êtres fragilisés.
Et puis il y a la fin. L'équilibre retrouvé, loin du bruit...

 

15. Le fils de Jean.

 

 

Une fois n'est pas coutume: je vais d'abord citer la critique d'Alexia Cerutti sur www.S2pmag.ch  que je trouve très juste:

"Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Le fils de Jean nous livre une histoire de filiation et de quête identitaire racontée avec justesse, subtilité, délicatesse et pudeur. Conté comme un polar, le film prend la forme d’une enquête dans laquelle on avance pas à pas jusqu’au final tout en retenue, en allusions et en émotions contenues. Porté par les excellents Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand, le film, aussi bouleversant qu’attachant, évoque aussi la question du mensonge, des non-dits et de ses conséquences. On appréciera le rythme au cordeau et l’élégance de la mise en scène. Une œuvre vibrante qu’on a adorée !"

J'ajouterais juste que l'histoire est d'autant plus touchante que celui qui se révèle être le père témoigne par son mensonge de son incapacité à dépasser une culpabilité qui l'a hanté toute sa vie. En revanche, ce fils qu'il n'a jamais eu le courage d'aller voir et qu'il fait venir grâce à une machinerie mensongère au Québec (dont la devise est "Je me souviens"...) s'attache,  malgré une séparation conjugale et une forte implication dans son travail, à être présent pour son fils. Quand il apprend la vérité (son père soigne son cancer de la prostate avec ...de l'aubépine!), Mathieu parvient à dépasser les sentiments qu'il peut éprouver à l'égard de son père: il trouve les mots pour l'encourager à se soigner.

Mathieu, qui est écrivain de polars à ses moments perdus, écoutera-t-il les conseils de son père: vendre le tableau pour prendre le temps d'écrire, vivre sa passion pour la fiction (comme son père en quelque sorte...) plutôt que de continuer à vendre des croquettes pour chien et arriver à l'âge de la vieillesse sans avoir réalisé ses rêves?

 

 

14. Divines.

Drame féminin de Houda Benyamina, caméra d'or au festival de Cannes.

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Qu'elles sont belles, Maimouna et Dounia, pleines de rêves, pleines de vie et pleines de joie. Talentueuses actrices capables de donner vie au monde dont elles rêvent: imagine on est à Phuket....
Dans ce film poignant, tout est contraste: rêve et réalité, paradis et enfer, femme virile qui branle rien et parle aux mecs comme à des chiens (Rebecca) et mec féminin (le vigile-danseur qui passe des auditions) qui travaille dur et parvient par sa douceur à charmer Dounia, elle-même souillon qui se transformera en Cendrillon pour appâter Réda. Money, money, money! Pour le meilleur et pour le pire. Un film drôle et dur. A voir.

 

13. A peine j'ouvre les yeux.

Film particulièrement émouvant et réussi de Leyla Bouzid.Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière.
Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

Le titre du film est celui d'une chanson entonnée par Farah, l'une des protagonistes: elle a 18 ans, en Tunisie, nous sommes à l'été 2010. Elle vient de réussir son bac, mention très bien. Elle vit chez sa mère à Tunis. Son père vit et travaille à Gafsa. Elle côtoie des garçons avec lesquels elle fait de la musique. Elle sort avec le compositeur de ses chansons qui joue aussi du luth. Farah est une jeune femme libre, pleine de vie, coquette qui n'hésite pas à entonner de sa plus belle voix des chants souvent tristes, pessimistes et critiques sur son pays.

Farah agit en secret pour sortir avec son ami, pour chanter et se produire dans des bars, pour boire, etc. car sa mère veille sur elle pour la protéger. Sa mère se reconnaît en elle et sait que les hommes, les policiers, le régime peuvent être dangereux. Farah entretient des relations adolescentes avec sa mère: amour et colère car l'une est la vie et la liberté, l'autre incarne une forme de sagesse résignée.

Un voisin, qui travaille pour la police et désire la mère de Farah la met en garde. Plus tard on apprend que le groupe musical est surveillé de près, de l'intérieur même. Amour, trahison, violence aussi quand esprit de liberté et régime policier se rencontrent. Scènes suggérées. Violence du régime, violence masculine. Farah disparaît. Sa mère met tout en œuvre pour la retrouver. Son père est là aussi, prêt à contrarier son esprit indépendant en prenant sa carte au Parti pour obtenir sa mutation à Tunis. Amour d'une mère pour sa fille. Farah est prostrée. Sa mère lui redonne les mots. Farah se sépare de son ami. De l'idylle  à la scène de jalousie, leur histoire est rompue irrémédiablement par un enregistrement de la police dans lequel il parle de Farah comme d'une fille aimant le danger. Manipulation politique? Cynisme masculin? Au sortir de la séance, nous n'avions pas la même interprétation mais nous accordions pour dire que nous avions vu un très beau film.

 

12.Timbuktu.

 

Magnifique scène de foot avec un ballon imaginaire. Condamnée au fouet pour avoir chanté, une femme souffre avant de trouver la force de chanter. Résistances masculines et féminines à un obscurantisme contemporain. Bel hymne à la liberté.

 

11. Californie.

 

 Il ne boit que du jus d'oranges de Californie car sa fille vit là-bas, celle qui viendra sans doute dans quelques jours, pour son anniversaire, pas l'autre.
Lui est joué par un toujours admirable Jean Rochefort, l'autre par Sandrine Kiberlain. Autour d'eux il y a un gendre, un petit-fils et des assistantes de vie, qui changent sans cesse, chacune avec son caractère: bienveillantes avec leur patient atteint d'Alzheimer, elles font preuve d'une grande patience, mais la tâche est redoutable. La fille travaille dans une papeterie, qu'elle dirige après son père dont elle s'occupe beaucoup. Lui est ingrat avec elle, car il idéalise l'autre, celle qu'il ne voit jamais mais qu'il attend. Le triptyque n'est pas pourtant celui du film de Tavernier, Un dimanche à la campagne, car la fille aimée ne viendra pas, sinon en rêve. Elle est morte voilà neuf ans dans un accident de voiture à Miami. Tout se passe comme si lui avait perdu la mémoire "pour ne pas se souvenir".

 

Des souvenirs pourtant, il en a, comme le rappellent de réguliers petits retours en arrière qui nous plongent dans la vie intérieure d'un protagoniste qui suscite beaucoup de sympathie, avec quelques moments d'antipathie aussi tant il est dur avec la fille qui s'occupe de lui. Ses souvenirs, souvent très précis, viennent parfois éclairer le présent.

De la maison avec assistante de vie la nuit à l'appartement de sa fille, de l'appartement de sa fille à la maison "pour vieux", ou... à la Californie?

La fin est à l'image du film et du jeu de la plupart des acteurs: juste et poignante. Un très beau film.

 

 

10.Shaun, le mouton.

Drôle et ingénieux à chaque minute. Film d'animation remarquable. A la ferme, règne un certain besoin de changer d'air et de prendre des vacances. Shaun, mouton curieux et malicieux, décide de prendre les choses en main. Sauf qu'évidemment, ça dérape... Le fermier se retrouve perdu dans la "Grande Ville", Shaun et Bitzer (le chien de berger) tentent d'aller le chercher pour le ramener, mais rien ne se passe comme prévu, le troupeau débarque, et avec lui son lot d'imprévus et de maladresses, Shaun et Bitzer se font arrêter par un garde fourrière un peu trop enthousiaste dans son travail, le fermier oublie sa ferme et se reconvertit dans la coiffure...

 

9. Imitation game.

Imitation Game

 

 

1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Au-delà, un très beau film sur l'amitié, l'amour, le calcul et l'éthique, une réflexion sur la normalité et la répression de l'homosexualité.

J'ai aimé l'imbuvable Turing, l'explication qu'il donne à la violence, son amitié adolescente avec Chistopher, dont la mort marque à vie Turing qui nommera sa machine du nom de son ami.

J'ai aimé les moments drôles comme les scènes de calcul amoureux: elle m'a souri et s'est montrée indifférente pendant 20 minutes. Elle veut donc que j'aille la voir! Et réciproquement...

J'ai aimé la réflexion sur la normalité et l'anormalité ainsi que la question de la répression de l'homosexualité. La question de la tolérance, de l'acceptation ou non de la différence.

La dimension historique et la question du choix de conserver le secret au prix de vies, pour éviter que les nazis ne s'aperçoivent que leur code avait été décrypté...

 

8.Neuf mois ferme.

9 mois ferme : Affiche

Comédie réussie d'Albert Dupontel avec Sandrine Kiberlain et Albert Dupontel (2013).

Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob Nolan, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

 

En dépit de quelques lourdeurs et facilités ainsi que de deux personnages secondaires ratés, c'est une excellente comédie, bien construite, bien jouée, efficace.

Ariane Felder (Sandrine Kiberlain) est ambitieuse et sa carrière s'annonce très belle. A l'occasion du réveillon du barreau, elle boit au point d'oublier ce qu'elle fait durant la nuit. Six mois après, elle réalise qu'elle est enceinte: son gynécologue croit qu'elle blague quand elle affirme être célibataire et suggère qu'elle n'a pas de relations sexuelle. Elle va chercher à comprendre comment cela a été possible. En remontant à la conception supposée (6 mois plus ou moins deux semaines) elle comprend que tout s'est passé le soir du réveillon. Elle pense d'abord à un collègue qui la courtise gauchement avec insistance, avant d'examiner les bandes de vidéo surveillance qui quadrillent la ville et permettent de suivre la scène du 1er janvier: coiffée d'une perruque, elle sort, manifestement ivre, jouant au foot dans la rue, faisant la morale à des prostituées avant d'être prise à partie et emmenée par un homme avec lequel elle sympathise rapidement au point de faire l'amour avec lui sur des poubelles! Déjà horrifiée par cette vidéo mauvaise pour sa carrière, elle entreprend de découvrir l'identité du père et découvre qu'il s'agit...d'un cambrioleur récidiviste suspecté d'un crime atroce: il aurait mutilé un veuf auquel il aurait arraché les yeux. Les Britanniques en parlent même dans leurs unes consacrées à la gastronomie française; les journaux ne parlent que de lui, même en langage des signes pour les sourds (excellents passages avec Jean Dujardin dans des scènes de traduction).

 

Albert Dupontel est excellent dans son rôle de loubard faussement crétin, ouvreur de portes...y compris les plus intimes, qui clame son innocence à propos de l'abominable crime, non des cambriolages qu'il reconnaît volontiers. Il connaît par coeur le discours judiciaire ce qui lui permet d'inverser les rôles avec Ariane Felder pour le plus grand bonheur du spectateur, notamment quand il cherche à expliquer comment le veuf a pu être mutilé atrocement: il donne à voir les réalités plus ou moins vraisemblables qui naissent des plaidoiries d'avocats. Un suicide car il ne supportait plus de de voir: il s'arrache les yeux et se mutile. Un accident de cuisine extraordinaire. Aucune hypothèse ne semble impossible au cambrioleur, sauf celle qui l'incrimine.

 

L'histoire est bien construite car évidemment, ce qui pourrait disculper notre cambrioleur...ce sont les bandes de vidéo surveillance qui montrent qu'à l'heure du crime, il avait fini son cambriolage et s'envoyait en l'air sur des poubelles avec celle qu'il pensait être une nouvelle prostituée.

 

Jusqu'au bout ou presque, Ariane Felder va privilégier sa carrière, essayer de conserver le secret de la paternité.

Coup de théâtre au moment de la clôture de l'audience: la juge ambitieuse mais juste fait des révélations qui disculpent le cambrioleur-père...et lui font perdre ses espoirs de siéger en cour d'appel...

 

Bon moment de rigolade assuré.

 

 

 

 

 

7. La vie d'Adèle.

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

Palme d'or 2013 au festival de Cannes. Film hors norme parce qu'il dure 3h ou doublement dans la norme tout simplement? Abdellatif Kechiche commet avec La vie d'Adèle un bon film qui n'est pas exceptionnel pour autant à mon sens. J'avais préféré L'esquive, aimé La faute à Voltaire, regardé avec un certain plaisir La graine et le mulet.La vie d'Adèle est quand même un beau film d'amour.

L'histoire est celle d'Adèle, une lycéenne qui étudie Marivaux en classe, une adolescente séduite par les beautés qui l'entourent sans trop savoir pouvoir s'attacher aux gens.

La distribution vaut le coup d'oeil! Jérémie Laheurte joue Thomas, beau gosse de terminale qui plaît à toutes mais qui n'a d'yeux que pour Adèle. Trois petits flirts et puis l'histoire ne va pas plus loin. Il faut dire qu'Adèle est obsédée par le souvenir d'une jeune femme qu'elle a croisée sur un passage pour piétons, tenant la main à une autre jeune femme. Il est vrai qu'Emma, la fille aux cheveux bleus, l'a regardée en retour et s'est retournée. Pas d'histoire sérieuse possible, fût-ce avec un canon de beauté comme Thomas quand on a un autre fantasme en tête.  La vie lycéenne continue, avec quelques scènes de cours (mais pas trop), une belle scène de manifestation ("On ne lâche rien") pleine de vitalité, toujours en écho avec ce qui se passe dans la tête de notre protagoniste, qui va flirter avec une camarade de classe de manière éphémère. Elle va découvrir le milieu gay par l'intermédiaire de son meilleur ami, gay lui-même, et traîner dans des lieux où elle risque de tomber sur celle qui l'obsède et ça ne rate pas.

La liaison entre Emma est forte, passionnelle. Emma peint et étudie aux Beaux arts. Elle peint des nus. Adèle sera l'un des ses modèles. Emma a un rêve: être exposée dans une galerie qui compte à Lille. Adèle elle a-t-elle des rêves? Devenir institutrice peut-être? C'est du moins la réponse que lui fait Adèle poussée dans ses derniers retranchements. Adèle est tellement amoureuses qu'elle se contente de son amour. Elle fait (bien) la cuisine, elle fait la vaisselle....Emma est libre et directe. Pourtant Adèle, toujours perturbée par un désarroi sentimental, va se sentir seule à deux ou trois reprises et céder aux charmes de l'instituteur de la classe d'à côté, lui aussi charmant en effet. Avant cette rencontre, elle a fait connaissance de Samir (le beau Salim Kechiouche), lors d'une soirée amicale. On lit l'amour dans les yeux de Samir mais le moment n'est pas venu encore.

 

Le sexe et la nourriture occupent une place importante, parce que Kechiche filme la vie. J'ai été dérangé par la longueur de certaines scènes sexuelles. Vingt-quatre heures après avoir vu le film, je me dis néanmoins que ces scènes sont importantes pour dire la force de la relation (au moins sexuelle) entre Emma et Adèle. Ces scènes pourraient d'ailleurs être comparées à des scènes où Adèle, plus passive, semble subir les assauts de Thomas. Avec Emma le plaisir sexuel est partagé, très clairement. Le diptyque des dîners vaut le coup d’œil aussi, Kechiche travaillant sur les clichés: la famille (recomposée) d'Emma est ouverte d'esprit, on y mange très bien (des fruits de mer...qu'Adèle hélas n'aime pas), la liberté y occupe une place importante, comme l'art; dans la famille d'Adèle, chaleureuse aussi avec celle qui doit s'inventer un mari et une vie partiellement convenue pour assurer une régularité des revenus, on mange des pâtes, cuisinées certes.

 

L'orage éclate quand Emma comprend qu'Adèle lui ment à propos de son collègue instituteur. Oui Adèle a couché avec lui deux ou trois fois quand elle se sentait seule.Emma la met à la porte dans un scène violente très bien jouée par les deux actrices. Adèle continue à vivre, grâce à son travail et à la vie que représentent les enfants dont elle s'occupe avec patience et passion. Emma Et Adèle vont se revoir. Si la tentation physique existe encore, l'amour n'est plus partagé. Emma vit sa vie avec Lise et ses enfants. Elle continue de vivre, de réaliser ses rêves puisqu'elle expose enfin dans la galerie tant convoitée de Lille. Adèle se rend dans la galerie où elle rencontre à nouveau le beau Samir toujours drôle quand on connaît un peu le parcours de Salim Kechiouche, qui a joué un agent immobilier (Brahim) dans la série et le téléfilm Fortunes. Lui aussi interroge Adèle sur la réalisation de ses rêves et serait prêt à lui proposer un voyage à New York. Il connaît les Etats-Unis où il a joué l'arabe de service, le terroriste dont sont si friands les Américains. Il connaît la tchatche aussi, c'est pour ça aussi qu'il est devenu agent immobilier. Adèle est ailleurs. Adèle est en pleurs et s'en va...Fin ouverte. Elle marche dans la rue. Samir, interrompu dans sa discussion avec Adèle, après s'être absenté quelques minutes, constate qu'elle est partie et part à sa recherche...
Salim Kechiouche

 

 

 6.Vandal.

VandalFilm français (2013) d'Hélier Cisterne avec Zinedine Benchenine notamment.Chérif, 15 ans, est un adolescent rebelle et solitaire. Dépassée, sa mère décide de le placer chez son oncle et sa tante à Strasbourg, où il doit reprendre son CAP maçonnerie. C’est sa dernière chance. Très vite, dans cette nouvelle vie, Chérif étouffe. Mais toutes les nuits, des graffiteurs œuvrent sur les murs de la ville. Un nouveau monde s’offre à lui. Film drôle et émouvant qui suit le parcours chaotique de Chérif. Son cousin, Thomas, lui fait découvrir un univers nocturne de transgression qu'il connaît fort bien car derrière ses lunettes et son air sérieux se cache un autre adolescent révolté. Chérif, séparé de son petit frère, va trouver chez son cousin et avec la camarade de classe dont il tombe amoureux une affection qui lui manque. La bande de son cousin est impressionnée par les graffitis d'un certain Vandal. Après avoir été rejeté par le groupe pour avoir introduit sa petite amie dans leur repère, Chérif va se racheter en livrant à ses acolytes le moyen de surprendre Vandal. Accident effroyable: l'arc électrique foudroie Vandal sur un wagon de train. Un bon moment de cinéma même si la fin est un peu décevante car trop  abrupte(Chérif trouve la cache de Vandal et va faire un graf au nom de Vandal qui est dans le coma).

 

5. Grigris.

Grigris

Film franco-tchadien (2013) de Mahamat Saleh Haroun.

Alors que sa jambe paralysée devrait l'exclure de tout, Souleymane alias Grigris, 25 ans, se rêve en danseur. Un défi. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d'essence…

Il va faire la rencontre d'une prostituée dont il va tomber amoureux. Grigris parvient à détourner de l'essence pour payer l'hôpital et sauver Ayoub, qui est pour lui comme son père. Il le fait au risque de sa vie et de son amour pour Mimi.

Finalement tous les deux vont s'en aller loin de la ville pour rejoindre un village retiré du monde. C'est là que Mimi apprend qu'elle est enceinte. Elle craint d'être rejetée par Grigris à cause de son passé de prostituée mais il l'aime comme elle est.

Le malabar de Moussa retrouve la trace de Grigris,sauvé in extremis par les femmes du village qui l'apprécient. Mimi l'aime comme il est.

Une belle histoire, un film bien mené.

 

4.Aladdin.

Aladdin

Dessin animé (long métrage d'animation) des studios Disney (1992, 1993), inspiré librement du Conte des mille et une nuits Aladin ou la lampe merveilleuse et du film Le voleur de Bagdad (1940). Je  ne l'avais encore jamais vu et j'ai adoré!

Souvent très drôle et bien construit, voilà un film à voir et à revoir. C'est un régal.

Le sultan veut marier sa fille, Jasmine, à un prince pour se conformer à la loi, mais celle-ci rejette tous les prétendants et décide de s'enfuir de sa prison dorée pour rester libre. Elle fait alors la rencontre d'Aladdin, un voleur généreux qui sauve Jasmine qui vient de voler une pomme à l'étalage. L'un et l'autre vont rapidement tomber amoureux et Aladdin entrer en possession d'une lampe dans laquelle est enfermé un génie. Son premier voeu sera de devenir prince pour approcher de Jasmine qui le croit mort et ne peut épouser qu'un prince. Le vizir Jafar et son perroquet Iago ("Quand je déprime, je me déplume") seront les meilleurs ennemis d'Aladdin devenu prince Ali, toujours accompagné de Abu (singe devenu éléphant).

Le génie, toujours très drôle, aidera Aladdin avant de changer de maître: être bleu aux ressources infinies (ce qui permet de bons moments de rigolades car il représente le principe de désir), il rêve de liberté lui aussi.

Après bien des péripéties, le père de Jasmine s'interroge quand il n'est plus hypnotisé et soumis par son vizir: que fait un sultan d'une loi insultante? Il la change. Jasmine pourra épouser Aladdin, qui, après avoir vaincu Jafar et rendu sa liberté au génie, sera parvenu à se montrer sous sa véritable identité: Aladdin, et non plus le prince Ali.

 

 

3. Yema.

YemaFilm algérien (2012) de (et avec) Djamila Sahraoui.

Très beau film à plus d'un titre: d'abord pour ses images qui nous montrent une Kabylie à la fois verte et aride; pour son rythme justement lent, celui-là même qui permet de poser son regard, de réfléchir et donne à voir plus qu'à entendre; pour son économie de mots qui permet de donner plus de force au jeu des acteurs et aux mots qui sont prononcés; par son histoire, qui entre en résonance avec l'histoire récente (ou actuelle?) de l'Algérie:

Une petite maison abandonnée, isolée dans la campagne algérienne. Une femme vient, après des années d'absence, pour enterrer son fils aîné -son fils préféré- Tarek, militaire. Une tension est palpable d'emblée. On ne sait pas encore qui sont les personnages, mais on constate qu'elle est gardée par un homme armé qui l'empêche de quitter sa maison. Elle soupçonne son autre fils, Ali, dirigeant d’un maquis islamiste, d'avoir tué Tarek ou du moins, elle l'accuse d'avoir pour compagnons les assassins de Tarek. Malgré l'aridité de la terre, malgré la mort, la femme s'obstine à arroser, à travailler, à vivre sous la surveillance de son gardien, qui a perdu un bras pour la cause islamiste. La femme reçoit très mal celui qui a ordonné de la surveiller, son autre fils, celui qu'elle n'a jamais aimé selon lui. Il vient avec un bébé pour demander à sa mère de s'occuper de son enfant car la mère, ancienne compagne de Tarek, est morte en couches. Quand le fils maudit revient blessé, la mère (yema) tolère qu'il soit soigné mais cache la morphine dans le couffin: elle ne veut pas que la douleur soit atténuée. Elle le laisse à la porte de la maison, même la nuit, ne lui cédant qu'une couverture (mais pas de coussin) quand il la supplie en invoquant "yema", "yema". Plus tard, quand il mourra, sans doute assassiné par le gardien, la mère pleurera sur ses fils, comme l'Algérie sur ses enfants engagés dans une lutte fratricide. Unis sous terre, dans la mort, les deux frères peuvent faire l'objet de voeux identiques, sans préférence pour l'un ou pour l'autre...

J'ai aimé aussi la chanson finale (Le désir d'Houria Aïchi).

 

2.Syngué Sabour.

 

 Syngué Sabour - Pierre de patience

 

Film d'Atiq Rahimi (2013), qui adapte ainsi à l'écran son roman du même nom paru en 2008 et lauréat du prix Goncourt. Très beau film qui met en scène la solitude d'une femme dans un contexte de guerre en Afghanistan: elle est au chevet de son mari qui est dans le coma. Elle va se confier à lui dans une sorte de long monologue ou de dialogue sans répondant. Le film impose un rythme, celui des confessions de la protagoniste.

Au pied des montagnes de Kaboul, un héros de guerre gît dans le coma ; sa jeune femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville ; les combattants sont à leur porte. La femme doit fuir avec ses deux enfants, abandonner son mari et se réfugier à l'autre bout de la ville, dans une maison close tenue par sa tante. De retour auprès de son époux, elle est forcée à l'amour par un jeune combattant. Contre toute attente, elle se révèle, prend conscience de son corps, libère sa parole pour confier à son mari ses souvenirs, ses désirs les plus intimes... Jusqu'à ses secrets inavouables. L'homme gisant devient alors, malgré lui, sa "syngué sabour", sa pierre de patience - cette pierre magique que l'on pose devant soi pour lui souffler tous ses secrets, ses malheurs, ses souffrances... Jusqu'à ce qu'elle éclate !

J'ai aimé le sujet, le rythme, la simplicité, l'alliance de légèreté et de gravité. La jeune femme, pour se protéger des combattants, va se faire passer pour une prostituée avant de le devenir pour l'un d'entre eux, qui est bègue et précoce...occasion pour la tante de la protagoniste de lui donner un conseil qui fait rire (qu'il te fasse l'amour avec sa langue et te parle avec sa queue"), dans un film au propos plus souvent grave que drôle. Le mari est comme la pierre: il écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Ce jour-là on est délivré. C'est d'ailleurs ce qui va se passer à la fin (ne pas lire si vous voulez voir le film): le mari sort du coma au moment même où sa femme lui apprend qu'il était stérile et que, pour éviter d'être chassée pour stérilité, elle a été obligée d'aller voir un "guérisseur" payé une fortune par sa belle-mère, en réalité le maquereau de la tante. La protagoniste a eu des relations sexuelles dans le noir, avec un inconnu, jeune, musclé et inexpérimenté aux yeux bandés, avec interdiction réciproque de se parler. Elle a eu deux enfants d'un homme qui n'était pas son mari. Les confessions antérieures ont dressé le portrait d'un mari souvent absent, peu soucieux et peu respectueux de sa femme. La scène finale (le mari cherche à étrangler sa femme qui parvient à le poignarder) reste ouverte: le jeune combattant, client de la protagoniste, doux, désireux de parler et de se confier des mauvais traitements qu'il subit lui-même, inexpérimenté sexuellement mais attentif aux conseils qu'il accepte de recevoir, arrive et voit l'homme et la femme côte à côte, l'homme allongé dans un bain de sang. Il ne connait pas l'existence du mari, pensera peut-être qu'il s'agit d'un autre client. Entrera-t-il ou non? S'il entre, pour quoi faire?

Un film émouvant et original qui accorde une grande place à la force de la parole.

 

1. Queen of Montreuil.

Affiche Queen of Montreuil

Film de Solveig Anspach.

C’est le début de l’été et Agathe est de retour en France, chez elle à Montreuil. Elle doit se remettre à son travail de réalisatrice mais aussi faire le deuil de son mari brutalement décédé. Elle y parviendrait peut-être plus facilement si elle cessait de se trimballer avec l’urne funéraire et savait quoi faire des cendres !
 L’arrivée inopinée à son domicile d’un couple d’Islandais, d’une otarie et d’un voisin toujours désiré mais jamais complètement conquis vont lui donner les pouvoirs de reconquérir sa vie…

 

Un film complètement lou-phoque, drôle et émouvant qui met en scène une belle tranche de vie, une rencontre improbable entre deux Islandais égarés en France (une mère et son grand fils) et une jeune veuve généreuse et paumée. L'univers cosmopolite et contemporain de Montreuil est un cadre qui colle bien à cette histoire.

L'obstacle de la langue donne lieu à des scènes délicieuses où l'on voit des acteurs se/nous faire plaisir. La mère islandaise, poète à ses heures, trouve une grue d'où elle domine Montreuil et Paris: elle rencontre Samir, qui travaille dans cette grue et parvient à la faire embaucher. Ulfur, lui aussi Islandais, trouve un travail dans une laverie automatique qui donne aussi accès à l'internet. Il va s'attacher à une otarie oubliée du zoo de Vincennes.

Agathe, accueillie par les siens, va ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure comme sur son mari enfermé dans l'urne. Conformément à un proverbe jamaïcain, "quand une femme aura surmonté le deuil de son mari, elle sera reine". Agathe sera ...queen of Montreuil.