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MAJ : 13/09/2026 

 

 

Au menu samedi.

 

 

 

Otto profita d’être seul dans son bureau pour jeter un coup d’œil à ses notifications et y répondre. Il n’avait pas trop envie de travailler ce matin-là non plus. Non seulement son métier l’intéressait de moins en moins, mais en plus il avait très mal dormi. Aziza annonçait qu’elle quittait le groupe pour en rejoindre un autre, mais assurait qu’elle viendrait voir la prochaine pièce. « Je serai assise au premier rang pour vous applaudir : promis ! » Otto choisit l’émoticône cœur, ce qui disait à la fois pouce levé de contentement de la revoir parmi le public et émotion de la voir partir. Pour lui, ce cœur n’avait aucune ambiguïté. Il s’exposait néanmoins à une mauvaise interprétation, mais peu lui importait, il avait répondu spontanément. Il sourit et commençait à s’assoupir à nouveau, quand Bob, son patron fit irruption dans son bureau.

 

 

 

-« T’endors pas au volant, Otto, sinon tu vas avoir un accident d’auto ! Ah ce que je suis drôle ! Je me trouve de plus en plus drôle à l’approche de mon mariage avec Anna. D’ailleurs, tu viens bien samedi ? Si tu as déjà quelque chose, libère-toi : y aura de la tigresse, ça te ferait du bien, tu sais. Tu ne peux pas rester célibataire. Moi, c’est bon j’ai trouvé ma lionne, elle m’a dressé, je me suis calmé, mais Otto, je te promets, mon mariage ce sera un vrai terrain de chasse. Je vais mater sans toucher, mais toi - la chance ! - tu vas pouvoir faire les deux. »

 

Bob parlait en s’admirant devant le miroir, desserrant sa cravate et s’ébouriffant. Ça le rendait encore plus beau, pas moins con certes, mais sacrément craquant. Dina, qui était entrée sans qu’ils s’en aperçussent, passa devant le miroir, aux pieds de Bob, fit une halte, et sembla sourire.

 

-« La chatte qui sourit ! Ah, ah, ah ! T’as compris le jeu de mots, mon Otto ? Je suis vraiment de plus en plus rigolo. La chatte qui sourit, comme le sourire et comme la petite souris qui vient quand t’as perdu une dent.  Bref, samedi, pour toi c’est chatte qui sourit, chatte qui s’ouvrit. Compris ? »

 

Et Bob sortit comme il était entré, sans prévenir.

 

 

 

Otto se mira à son tour dans le miroir, mimant Bob : il s’ébouriffa, se fit un clin d’œil, s’approcha du miroir, se trouva beau et s’approcha pour s’embrasser. La glace lui échappa et il passa à travers le miroir. D’abord la bouche, puis la tête, les épaules, et le reste du corps. Il sentit alors comme une métamorphose s’opérer. Il était bien le même en apparence, physiquement, mais quelque chose avait changé en lui.

 

 

 

Quelle ne fut pas sa surprise de voir Aziza dans son bureau, elle qui n’était jamais venue !

 

-« Je te remercie de ton message Otto. Ça m’a touchée ton petit cœur amoureux. Je me doutais bien un peu mais je me demandais quand même parce que je te trouvais sympa mais tu ne tentais rien. T’es plutôt dans le genre timide, et ça me plaît encore plus. Il aura fallu que je quitte le groupe pour que tu te lances !

 

-Aziza, j’étais réservé c’est vrai, mais j’ai changé. C’est bizarre mais je me sens libre d’oser. Le prends pas mal, surtout, mais t’es pas mon terrain de chasse. Moi, je suis plutôt cerfs avec de grands bois et sangliers aux grosses défenses, pour une bonne défonce. Je t’aime bien, en plus tu me fais confiance, tu as osé faire ta délivrance -je sais, je dois être un peu québécois à substituer des mots français aux anglicismes comme coming out. Sois rassurée, si tu veux rester discrète sur ta sexualité, je ne le dirai à personne. Ça ne doit pas être facile d’aimer un homme quand on est une femme ! Mais je suis sincèrement désolé, moi c’est les mecs que je préfère. Je peux te présenter mon patron, c’est un gros con, mais il est beau à craquer, ça doit être un bon coup. Je l’imagine, homme nu, ça me dit, dans mon lit. Je me le serais bien tapé mais je suis sûr qu’il est hétéro comme toi, sinon, il serait déjà marié depuis longtemps. Il est trop discret sur sa vie privée pour être homo comme tout le monde, enfin comme la majorité.

 

 

 

Aziza sécha une larme et la chatte Nadine passa à ses pieds, fit une halte devant le miroir, quand Bob fit irruption dans le bureau d’Otto.

 

-Ah pardon, je dérange peut-être. Je vois que tu as de la compagnie Otto. Tiens, c’est marrant, la chatte qui sourit…

 

-Enchantée, je m’appelle Aziza. Vous aussi vous adorez le pays des merveilles et l’univers d’Alice ?

 

-Enchanté, Bob, le patron d’Otto. Enfin patron, mais on est comme des potes, n’est-ce pas Otto, mon poto ? Pardonnez-moi, je n’ai pas la référence. J’ai bien connu une Alice, elle était malicieuse. Aziza, humm... Il se retint, se censura car il pensa : « Aziza, elle aime ça ! ».

 

 

 

-Bob, je me marie samedi, avec Natan. Aziza sera notre témoin. Tu veux venir ? Ça te ferait du bien. Tu penses un peu trop au boulot. Tu dois prendre soin de toi. En plus, y aura du sanglier, du cerf et du rhino, un vrai terrain de chasse. Bon, moi ça y est, je me suis rangé, mais ce n’est pas parce qu’on a choisi à la carte qu’on ne peut pas regarder le menu, hein ? Ah, ah, ah ! »

 

 

 

Le rire d’Otto fut couvert par celui du miroir qui tomba et se brisa. Otto se réveilla.  Il y avait des bris de verre partout.

 

 

 

Bob surgit à nouveau dans le bureau d’Otto.

 

- « Oh putain, les cons ! Ils ont percé le mur à côté et ils l’ont transpercé : ça a décroché ton miroir. Dina n’est pas blessée. Et toi Otto, ça va ? Un peu plus et tu avais un accident du travail à rien foutre ce matin ! Ah, ah ah ! Bon, tu es parti pour sept ans de malheur. Je ne sais pas si je fais bien de t’inviter samedi. Je ne t’ai pas dit au fait, au menu, je ne sais pas si tu aimes ça, y aura du sanglier. »

 

 (13 septembre, participation à un concours de nouvelles organisé par la médiathèque de Neuilly-Plaisance sur le thème "au-delà du miroir")

 

 

Le ravissement de Coco.

 

 

Coco sautille de joie. Elle a 13 ans aujourd’hui et Papa vient de lui annoncer qu’on allait passer la journée dans le parc d’attractions de ses rêves qui vient d’ouvrir trois nouveaux manèges à sensation. Coco, elle adore ça. C’est plutôt cool parce que je croyais que Papa était fauché et puis moi, quand j’ai eu treize ans, Papa et Maman se sont séparés. Colette est ravie aujourd’hui et ça me fait plaisir pour elle. Je l’aime bien ma Coco. Dans la famille, on a des surnoms. Moi c’est Kat, c’est mieux que Catherine et en plus ça rime avec Pat, le surnom de mon père. Non, il ne s’appelle pas Patrick, il s’appelle Philippe. Pat, c’est pour le paternel. C’est toujours mieux que Fifi et en plus ça rime avec Kat. Je suis sûre que je suis sa préférée, mais il ne le dira jamais. C’est normal, ça ne se fait pas. Papa a fait les choses bien, il a déjà préparé le pique-nique et Coco n’a appris la surprise qu’après le petit-déjeuner.

 

Ça y est, on est en route, on y sera pour l’ouverture. J’adore la route en plus, à travers la forêt. Tout ce vert, ce jeu d’ombres et de lumières, ces odeurs aussi quand on s’y promène, et ces animaux sauvages qu’on croit surprendre et qui nous surprennent en fait aussi. Soudain, Coco crie, Papa pile, la voiture s’arrête net, comme mes rêveries. Une voiture nous a dépassés, fait une queue de poisson, deux individus cagoulés et armés en sortent et mettent en joue Papa qui nous somme de ne pas bouger, de bien lui obéir. Ils ont des voix d’hommes.

 

-Alors comme ça, Philippe, tu nous as oubliés on dirait ! Tu nous dois pas mal de pognon mon mignon. Tu vas où comme ça ? C’est tes filles ?

 

- Oui, ce sont mes filles, Catherine et Colette, mais je vous en supplie ….C’est l’anniversaire de ma cadette. On va passer la journée au parc. L’argent, vous le savez, je vous le rendrai. J’ai juste besoin d’un peu de temps encore. Ne me prenez pas ce que j’ai de plus cher. Non, Coco, ne pleure pas, Papa est là. Tout va bien se passer.

 

- Ecoute bien, Fifi. T’es qu’un baratineur. Normalement, on devrait tuer tes deux gosses là pour que tu comprennes qu’on est sérieux, mais bon, c’est l’anniversaire de ta petite, on est des sensibles, alors on va te laisser dix jours pour nous rembourser. Et comme garantie de paiement, on va partir avec l’une des deux. Laquelle tu préfères ?

 

-Vous ne pouvez pas me faire ça ! Le fric, vous l’aurez, je vous le jure.

 

-Laquelle tu préfères ?

 

-Je ne peux pas choisir entre mes deux filles ! Elles n’y sont pour rien !

 

-Donc on tue les deux ? C’est ça que tu veux ? On te fait une fleur, t’en auras pas deux. Choisis maintenant !

 

- Je vous en supplie.

 

-Bon, tant pis…..

 

-…Colette. C’est Coco ma préférée. C’est son anniversaire aujourd’hui. Je vous en supplie.

 

 

 

 

 

 

 

Je suis  dans un état de sidération.  Coco a été enlevée par des hommes armés. Je n’en reviens pas. Papa l’a désignée. Il roule à présent à vive allure. Il appelle Maman, qui ne décroche pas, laisse un message sur son répondeur, en pleurs et en colère : « Coco a été enlevée. Rejoins-nous à la gendarmerie. ».  Je pleure moi aussi, de terreur pour ma sœur, de colère pour mon père. Coco me manque déjà terriblement. Pourquoi ne m’a-t-il pas désignée moi, la plus grande ?  Qu’est-ce que je fous avec lui quand ma place devrait être celle de ma Coco chérie, si chétive, si innocente ? Ils vont lui faire du mal, ils étaient prêts à nous tuer. Non, ils vont la laisser en vie, pendant dix jours, le temps de récupérer leur argent. Donc Maman a bien raison, il est fauché et nous l’a caché. Il a dû perdre au casino mais pour ne pas nous l’avouer, il a sans doute emprunté beaucoup d’argent qu’il a encore joué et perdu. J’éprouve de la haine pour lui, peut-être plus encore que pour les ravisseurs. Il nous a menti, il nous a mis en danger, et il a choisi Coco.

 

 

 

-Je te demande pardon, Kat. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je ne voulais pas qu’ils vous tuent. Ils m’ont forcé à choisir. J’ai répondu Coco parce que c’est son anniversaire. Je me suis dit que peut-être au moins aujourd’hui, ils ne lui feraient pas de mal. Ces gens, c’est de l’argent qu’ils veulent, pas Colette, ne t’inquiète pas pour elle. Ils ne lui feront pas de mal. Les gendarmes vont les retrouver, ils finiront en prison pour enlèvement d’enfant et puis moi de l’argent, je vais en trouver.

 

 

 

Le paternel reste égal à lui-même : un baratineur. Coco et moi jusque-là, avons toujours bien su que Pat avait la tchatche, on aimait bien son côté affabulateur. Papa avait du bagout, Philippe provoque en moi du dégoût à présent. Je suis inquiète pour Colette, ses ravisseurs lui ont déjà fait du mal en nous terrifiant tous les trois. Tous les trois ? Coco surtout, parce qu’elle est partie avec des inconnus armés. Moi aussi, parce que ce qui vient de se passer, je pensais que ça n’arrivait jamais dans la réalité. Je croyais que ça ne se passait comme ça que dans les films. Quant à Papa, il est sans doute terrifié aussi, mais je lui en veux tellement. Et puis tout ça c’est à cause de lui.

 

 

 

Maman nous attend devant la gendarmerie. Elle n’a pas rappelé, mais elle a eu le message. La batterie de son téléphone est presque vide. Même folle d’inquiétude, Maman garde la tête froide.  Papa lui explique que des gens armés ont kidnappé Coco sur la route qui traverse la forêt, exigeant de lui une somme d’argent importante. Au début, ils voulaient nous tuer toutes les deux, mais il a dit que c’était l’anniversaire de Colette et finalement ils sont partis avec Coco. Je n’en reviens pas. Il arrive encore à se donner le beau rôle et à arranger l’histoire. Maman, quand elle saura, va le dégommer.

 

-Bon, vous avez vu leur voiture, vous avez peut-être même leur plaque d’immatriculation. Les gendarmes peuvent les retrouver.

 

Pat reçoit un message sur son téléphone : « Si tu parles aux condés, on va la découper. On commencera par sa langue, qu’on va t’envoyer. Tu as dix jours. »

 

-Maman, les ravisseurs connaissent Papa. Il leur doit beaucoup d’argent. Ils l’ont appelé par son prénom. Ça se trouve, je ne sais pas comment, mais ils nous voient ou ils nous géolocalisent. Ils envoient cette menace à Papa au moment où on arrive à la gendarmerie.

 

 

 

-Philippe, t’es un connard, un salopard même. A cause de toi, Coco est en danger et on ne peut pas faire appel à la police. Mais pour le moment, nous devons rester unis. C’est tout ce qui nous reste. Combien d’argent tu leur dois ? C’est qui ces gars ? Raconte-nous un peu comment tu as réussi à te mettre dans de beaux draps comme ça ? Et c’est pas le moment de nous baratiner. Dis-nous la vérité. Je te le promets, si tu nous la dis, je ne te jugerai pas, je ne t’insulterai pas. Du moins jusqu’à ce qu’on ait retrouvé Coco en un seul morceau.

 

 

 

Pat n’a plus vraiment le choix : Maman l’a aimé jusqu’à mes treize ans, Coco jusqu’à ce matin. A mon tour, mon amour est en train de s’effacer inéluctablement. Joueur de casino, il sent qu’il est en train de tout perdre, mais dans son esprit, j’en suis sûre, il peut encore tout gagner. Il nous avoue qu’après la séparation, il est devenu irascible, il a perdu son boulot. Il a été trop orgueilleux pour montrer ses faiblesses. Il est allé jouer au casino le peu qui lui restait et a tout perdu. C’est à ce moment-là qu’il s’est endetté. Son copain louche de la salle de sport, Tonton Franck, lui a prêté 30 000 balles, sûr de récupérer sa mise, non seulement parce que Pat avait un travail qui rapportait gros, une femme assise sur une fortune, mais en plus parce qu’il avait déjà eu pas mal de chance au jeu.  Pat l’avait tellement baratiné qu’il avait seulement omis de lui dire qu’il avait été licencié, qu’il était divorcé et qu’il avait tout perdu au jeu.

 

 

 

-Tu te rends compte que…Non. Je me suis engagée à ne pas te juger. Je te remercie de nous avoir tout dit. Restons unis, pour Coco. C’est donc Franck et un compère ou ses hommes de main qui ont fait le coup. 30 000 balles, je pourrais les sortir. La vie de notre fille n’a pas de prix…

 

 

 

-40 000. J’ai emprunté 30 000 mais je dois lui rendre 40 000 balles.

 

-Mais Maman, s’ils voient qu’on peut leur donner autant d’argent en si peu de temps, qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne vont pas demander plus et nous faire chanter ? Ils ont Coco. Je pense qu’on devrait en parler aux gendarmes. Elle est en danger. Et ils menacent de la couper en morceaux…

 

-Seulement si on parle à la police ou aux gendarmes. Si ça se trouve, ils sont en train de nous observer ou d’imaginer qu’on est en train de porter plainte contre eux. Eloignons-nous !

 

-Allons trouver Tonton Franck à la salle de sport. Après tout, tu lui dois 40 000 balles. Dans le meilleur des cas, il nous rendra Colette. Moins long sera son enlèvement, mieux ça vaudra. La pauvre, elle doit être complètement traumatisée.

 

 

 

Je désapprouve complètement ce plan de mes parents. Assise à l’arrière -nous faisons voiture commune- j’explose de colère :

 

- « Dans le meilleur des cas » ? Tout est bien qui finit bien. Maman aligne le fric, Coco est traumatisée à vie, moi aussi. Papa n’a pas réglé ses problèmes d’argent et les ravisseurs s’en sortent sans être inquiétés ? Et dans le pire des cas, il se passe quoi ? Coco est retrouvée en morceaux, vous finissez en prison parce que vous ne nous avez pas protégées et moi je n’ai plus ni sœur ni parents, je finis dans un foyer de l’ASE jusqu’à ma majorité ?

 

 

 

Tonton Franck n’est pas à la salle de sport. Pat lui envoie un message : « C’est bon Franck, j’ai ton argent. Je t’avais dit d’être patient. Je suis avec Nina. Prouve-nous que Coco va bien et ce soir t’as tes 40 kilos. Dis-nous juste où et quand. » « Pas d’entourloupe, pas de condés, 21h là où ça s’est passé. La petite va bien Pat, viens seul. » Et il joint une photo de Coco, déguisée en princesse, l’air ravi, avec un journal du jour dans les mains.

 

Ce mec est louche. Il reconnaît l’enlèvement, laisse des traces et ne demande pas plus d’argent. Remarque, ce soir, si tout se passe bien, il récupère ses 30 000 balles avec une marge de 33%. Ce qui me rassure c’est que Colette est bien vivante et même souriante. J’espère juste que ce n’est pas une photo trafiquée avec de l’intelligence artificielle. Je commence à être inquiète pour Papa.

 

-N’y va pas seul, Pat, imagine : ils te tendent un guet-apens. Ils te prennent l’argent de Maman, et t’élimines.

 

-Je n’ai pas le choix, ma chérie. Maman a raison, moins long sera l’enlèvement, mieux ça vaudra pour Coco. Si j’en crois la photo, elle est vivante et en un seul morceau. J’irai au rendez-vous, seul et je ramènerai Colette. Nina, tu es bien sûre que c’est bon pour les 40 000 en liquide d’ici à ce soir ?

 

-Oui.

 

 

 

 

 

21h00 Je suis à la maison avec Maman. Nous nous sommes mises d’accord. Si Papa ne donne pas signe de vie au plus tard à 21h30, on appelle la police. Mon téléphone vibre : « appel entrant de Papa. »

 

-Allo ? Papa ?

 

-…

 

-Allo ?

 

On entend la voix de Coco, la voix de Papa. Ils sont dans la voiture.  Ce doit être un appel poche : son téléphone a composé le dernier numéro appelé.

 

-Alors ma chérie, tu es contente de ta journée d’anniversaire ?

 

-Oh oui papa, au début j’ai vraiment eu très peur, mais après Franck m’a tout expliqué. Je me suis bien amusée toute la journée au parc, j’ai eu beaucoup de sensations aujourd’hui. Dommage que Kat n’ait pas pu venir, mais bon pour que ça marche, il fallait que je sois la seule à être ravie. D’ailleurs, merci Papa. Maintenant, je sais que c’est moi ta préférée !

 

-Coco ma chérie, tu sais garder un secret ?

 

-Oui.

 

-Alors, ta journée d’anniversaire au parc avec Tonton Franck, ce sera notre secret. Pour Maman et pour Kat, tu as été kidnappée ce matin, et Papa te ramène ce soir après avoir payé une somme importante pour ton ravissement…

 

 

 

 

 

 (7 septembre 2026. Texte écrit dans le cadre d'un concours proposé par le Labo des auteurs. Le thème était ce qui manque. Le récit devait mettre en scène un personnage qui prenait une décision dont il ne pourrait annuler les conséquences.) 

 

 

 

 

 

  • Culpa, culpae.

 

 

Quand mon ami Hercule rentra dans le box, je ne pus réprimer quelques larmes. Ce grand gaillard était d’une rare beauté dans son costume noir et l’avocat général, réputé pour être intransigeant dans les affaires de violences faites aux femmes et de féminicides l’avait voué aux gémonies, appelant la cour à la plus grande des sévérités contre cet imbécile qui s’était montré d’une violence inouïe en tuant sa femme et ses enfants. Le ministère public ne trouvait pas la moindre circonstance atténuante à mon ami, ni dans la sincérité de ses aveux, ni dans la répétition des deux seuls mots (« mea culpa ») que je lui avais déconseillé de prononcer, ni même dans toutes les bonnes actions qu’il avait pu accomplir depuis pour réparer sa faute.

 

 

 

L’avocat de la partie civile avait été assez mauvais, citant la faible intelligence de mon ami pour mettre en évidence ses antécédents de violence, ce qui avait plutôt fait sourire le public pourtant acquis à la cause des victimes. « Monsieur, dès son jeune âge, a tué des animaux et menacé d’« éteindre » celui qui l’échauffait un peu trop. Monsieur, est-il bien exact que vous avez tiré une flèche en direction du soleil parce que vous aviez trop chaud ? »

 

L’avocat de la défense insista lui sur le déroulement de la vie de son client, faite de bravoure et d’amour. « Non, je vous en conjure, ne le réduisez à son geste malheureux, terrible, nous en convenons tous, évidemment pour sa femme et ses enfants, mais pour lui aussi, qui a perdu tout ce qu’il avait de plus cher, dans un accès de démence. Je ne veux point que vous le condamniez car il s’est déjà condamné lui-même à perpétuité par son geste qu’il regrette très sincèrement et reconnais ; je ne veux point que vous ajoutiez une injustice à une injustice en le déclarant responsable d’un acte dont il revendique la culpabilité certes, mais commis dans un moment de folie. Je ne veux point qu’après « Heureux qui comme Ulysse » on chante « Malheureux qui comme Hercule a été blâmé ». Par la clémence de votre décision, vous lui signifierez qu’il est digne de se relever.

 

 

 

La cour s’était retirée pour délibérer, la tension restait palpable dans la salle, l’attente forte. La mère - ô combien humaine- de l’accusé pleurait au premier rang. Elle avait élevé son fils dans le respect et l’amour des femmes et ne reconnaissait pas son enfant dans ce qui leur valait d’être épiés, jugés, conspués. Ses deux jumeaux étaient si bons et si différents : Hercule s’était toujours montré protecteur des siens. Il n’était ni l’imbécile, ni le violent, ni même le fou qu’on avait décrit. Mais qui était-il donc ? Le connaissait-elle vraiment ?  Il restait son petit, son enfant, né d’une tromperie trompeuse : comment aurait-elle pu imaginer avoir couché avec un autre que son mari quand Jupiter son amant, attiré par elle, était devenu le sosie d’Amphitryon son mari ? Alcmène n’éprouvait aucun regret. Elle s’en remit aux divinités pour régler un problème qu’elles avaient créées de toute pièce.

 

La cour, dans son délibéré, estima Hercule coupable.  Considérant néanmoins que son discernement avait été aboli par Junon, rendue jalouse par la conduite de Jupiter, elle décida de ne pas condamner Hercule. Alors que le président venait d’achever, le tonnerre gronda, la foudre s’abattit sur le tribunal, ce qui fit chuter le président de son siège.

 

-Au nom de la cour, j’ordonne à la force publique d’appréhender Junon et Jupiter pour qu’ils répondent enfin de leurs actes !

 

Hercule s’engagea alors dans la police.

 

 

 

 (17 août 2026, participation à un appel à textes proposé par la revue La Miniature autour du thème des regrets.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le poète, une colombe et les deux voyelles ou une guerre des mondes.

     

    Elles progressent, elles dévorent

    Deux voyelles perdues.

    Une colombe les recherche, comme deux trésors

    Pour le compte du poète éperdu.

     

    Sur les mers, en Europe, elles n’y sont plus.

    Des drones survolent New York et Honolulu

    Où êtes-vous mes belles ? Oyez, oyez.

    Tout le monde vous veut

    Personne comme vous ne peut.

    Répondez.

     

    Seul le poète que de voyelles vous dépossédez

    Possède une formule que vous recherchez

    Revenez, que le poète révèle son secret

    H2O murmure le muet.

     

    Le poète se joue de vous,

    Compose des vers encore

    24 lettres contre deux, ses trésors,

    Ses poèmes, c’est tout.

     

    Progressez, ne m’écoutez guère

    Je vous révèle un secret :

    Encore deux lettres perdues et vous perdez une guerre.

    Ou même une seule voyelle et vous resteront les regrets.

     

    Les deux voyelles, en quête d’eden

    Rentrèrent écouter le poète.

    Ô Muse céruléenne,

    Ces voyelles ne sont donc guère bébêtes.

    H2O, chose due.

    Promesse tenue.

    Vous êtes revenues et me volez

    Muse, tu t’es envolée.

 

(Participation à un concours d'écriture. Il s'agissait d'écrire un lipogramme en i et en A, bref un poème sans IA, dont le thème était demain.)

 

 

  • Du jus jusqu'à plus soif.

 

 

J’étais posé tranquillement  avec ma radio à écouter les infos :

 

je  sirotais un jus d’orange, allongé sur le sable chaud,

 

quand Julie sortit de l’eau.

 

Julie, vous l’aurez compris, c’est Juju.

 

Et elle sortait de l’eau de la mer, pas de l’eau du frigo.

 

Remarquez, elle aurait pu avoir soif,

 

 parce qu’elle venait de boire un jus de chaussette.

 

« Dis-moi, Juju (Oui, elle aussi, m’appelle Juju parce que je m’appelle Julien),

 

je vois que t’écoutes les infos.

 

Tu pourrais me tenir un peu au jus de ce qui s’est passé dans le monde ? »

 

Comme elle était mouillée, j’ai coupé la radio :

 

J’avais peur de me prendre un coup de jus.

 

« Alors Claude François est mort, je sais pas si t’es au jus :

 

 il s’est pris un coup de jus alors qu’il était dans l’eau. »

 

« Nan, t’es sérieux, Juju !

 

J’étais déjà au jus, c’est du réchauffé que tu me sors là. »

 

« Ah ben non, je crois bien qu’il était froid.

 

 Enfin peut-être qu’il prenait un bain chaud, Cloco.

 

Ça je ne sais pas, ils l’ont pas dit aux infos. 

 

Ils ont dit aussi que la prostitution était un commerce de plus en plus juteux.

 

« Ben, ça, tu vois, Juju, ça ne m’étonne pas.

 

Ça me dégoûte un peu que tu me parles de ça en buvant ton jus.

 

Ben oui, parce que plus tu multiplies les passes, plus t’as de jus et alors là

 

C’est plus l’électrocution, c’est l’inondation.

 

T’as du jus partout, mon Juju. J’ai dit une connerie ? Pourtant pas encore.

 

Dis, je peux goûter à ton jus, Juju ? Là c’est bon, je l’ai dite ma connerie. »

 

Comme je me sentais rougir d’avoir foutu du jus partout en manquant de m’étouffer,   

 

         je dis à Juju :

 

« Je croyais que t’aimais pas le jus d’orange ! 

 

Je peux te donner un jus de tomate si tu préfères, ou te réchauffer un peu de poulet rôti et y verser beaucoup de jus. Comme ça le poulet, sera bien juteux. Tu aimes le poulet rôti, Julie?»

 

C’est à ce moment que je vis qu’on n’était pas seuls sur la plage.

 

Un CRS MNS, maître-nageur sauveteur, paupières et oreilles ouvertes,

 

Assis sous un parasol, et baignant dans son jus, nous écoutait.

 

Master poulet crut sans doute qu’on cherchait à se moquer de lui,

 

En parlant de poulet rôti.

 

Sa collègue, qui s’appelait Juliette (qui l’eût cru ?)

 

lui demanda ce qui se passait :

 

« Y a besoin d’aller faire un peu de jujitsu ? »

 

« Non, c’est juste Julie qui cherche à prostituer Julien pour faire commerce de son jus parce qu’elle est au jus que ça pourrait être juteux. Message reçu ma Juju ? »

 

« Affirmatif,  mais ce qu’elle ne sait pas la Juju, c’est que nous deux, on n’est pas deux poulets rôtis baignant dans leur jus.  Jusqu’ici, on représente la justice. Alors, si la Juju continue de chercher le jus de Juju, on va la mettre au jus, et son jules avec, ce sera que justice, n’est-ce pas Juju ?»

(Participation à un concours organisé par la revue Paupière, sur le thème du jus, août 2026).

 

 

  • Merci Jessie.

     

     

    Jessie s’ennuyait ferme. Ses abonnés lui réclamaient du contenu, demandaient où elle était, ce qu’elle faisait, si elle préparait quelque chose d’énorme. Plus elle recevait de notifications, plus elle ressentait de lassitude, de pression voire de dégoût. Ce qui l’avait jusque-là motivée représentait pour elle ce matin une tyrannie qui la privait de sa liberté.

    Elle décida d’aller au centre commercial, en espérant toutefois passer inaperçue. Elle se gara et, à peine sortie de sa voiture, aperçut un couple qui parlait fort, une petite fille vêtue d’une robe blanche à pois noirs qui sautillait et respirait la joie. Combien Jessie aurait aimé à cet instant avoir l’insouciance de cette petite fille, si mignonne avec ses tresses et son sourire !

    Un mendiant demanda tendit la main à Jessie pour lui demander l’aumône. Elle le rabroua vivement et c’est à cet instant précis que des flammes jaillirent du coffre de la voiture que venait d’ouvrir le père de la petite. Il dut y avoir une explosion aussi car l’homme tomba au sol. Le feu se propageait à une vitesse impressionnante. Jessie attrapa son téléphone et chercha à composer le numéro des secours. Instinctivement, elle avait déclenché sa caméra et démarré une émission en direct avec ses abonnés. Courir pour les sauver ? Au moins la petite fille ? Non, elle était comme figée, composant maladroitement un numéro qui n’était pas le bon. On voyait bien que, prise de panique, elle ne se souvenait plus. L’instant lui semblait une éternité. Ses abonnés lui disaient de composer le 18 ou le 112. Certains le firent sans doute même à sa place, d’autres imaginant à tort qu’ils assistaient en direct à un spectacle spécialement mis en scène pour eux.

    S’approcher pouvait être dangereux. Jessie était tiraillée entre l’envie de porter secours aux gens et le souci de se protéger. Toutes ces idées lui traversèrent l’esprit très rapidement. La robe de la petite fille commençait à s’enflammer. Soudain, une main surgit, ou plutôt le mendiant, qui s’était approché, tendit le bras, attrapa la petite fille et la sortit de là. D’autres anonymes prirent le relais un peu plus loin, étouffant le feu de la robe et rassurant la petite. La mère restait au sol. Là encore, seul le mendiant osa approcher et tirer le corps, inconscient.

    Les pompiers prirent le relais, réanimèrent la mère, prirent soin de la petite fille, éteignirent le feu et constatèrent le décès du père qui s’était fracassé le crâne dans sa chute.

    Les commentaires allaient bon train : quel spectacle formidable Jessie leur avait offert ! « Jessie, même mon gamin de cinq ans, sait qu’il faut composer le 18 ou le 112 : qu’est-ce que t’as foutu ? » « Comment va la petite fille ? » « Bravo et merci aux pompiers. » « Jessie, tu nous a régalés. »

     

    Une semaine plus tard, le maire organisa une cérémonie de remise de médailles pour saluer le courage du mendiant, décorer aussi Jessie et à travers elle, ses milliers d’abonnés, sans lesquels les pompiers -eux aussi décorés- n’auraient pas été alertés aussi rapidement.

    Jessie se sentait à la fois confuse, attristée, soulagée et joyeuse. Avait-elle vraiment sa place à cette cérémonie ? Elle n’avait rien d’une héroïne. Elle n’avait pas su composer le numéro, la petite avait perdu son père mais elle était sauvée. C’était en tout cas malin de la part du maire de l’avoir invitée et récompensée pour promouvoir sa remise de décorations.

    On pressait à présent le mendiant de s’exprimer sur son acte de bravoure. Qui était-il donc, ce héros sans qui la fille aurait péri, et sa mère aussi. Où avait-il donc trouvé le courage d’approcher de la voiture en feu alors même que son réservoir pouvait exploser à tout moment ?

     

    « Oh, vous savez : je ne suis pas le héros que vous imaginez. Je viens de perdre mon boulot et ma femme. J’étais à deux doigts de mettre fin à mes jours. Quand j’ai vu le feu, je me suis précipité. Je n’ai pas réfléchi. J’ai tendu ma main à la petite et après, je me suis dit que ce serait terrible si elle perdait ses deux parents. »

    Le maire salua l’humilité du mendiant, salua encore un geste audacieux qu’il qualifia volontiers d’héroïque.

    Les abonnés de Jessie de commenter de leur côté le nouvel événement : « le faux héros est démasqué. Il veut tirer profit de la situation, cherche à émouvoir les gens pour qu’on lui donne un boulot, et pourquoi pas même une femme. » « Merci Jessie : tu es la seule à oser nous montrer la vérité. »

     

    Jessie tendit alors la main au maire qu’elle remercia d’avoir organisé cette cérémonie. Elle se réjouissait de ce que les pompiers avaient sauvé deux vies. Elle ajouta qu’elle avait une annonce importante à faire. « A vous toutes et à vous tous qui me suivez, je vous vous remercie d’avoir fait de moi celle que je suis aujourd’hui. » Cœurs en émoticônes. Elle tendit la main au mendiant qui l’accepta.

    « Monsieur le maire, si vous m’y autorisez, j’aurais encore trois demandes un peu osées : l’une à monsieur, une autre à vous monsieur le maire, et une dernière à mes abonnés. »

    Le maire, circonspect tout autant que curieux, répondit qu’il était tout ouïe.

    « Monsieur, oui car la perte de votre emploi ne doit pas vous faire perdre en plus votre civilité. J’ai été impressionnée par votre courage et reste admirative de l’audace que vous avez eue. Vous avez sauvez cette petite fille et sa mère. Acceptez-vous de m’épouser ? »

    Le mendiant répondit par l’affirmative.

    « Monsieur le maire, accepteriez-vous de célébrer notre mariage et de nous embaucher ? »

    « Ça fait trois demandes…Eh bien, je vous dis trois fois oui. »

    « A toutes mes abonnées, à tous mes abonnés, vous l’aurez compris, encore une fois je vous remercie, mais j’ai décidé il y a un instant de changer de métier et je vous demande à présent de la boucler. »

     

    (10 août 2026. Participation à un concours sur le thème de la main tendue. Salon du livre de la ville de Chinon) 

     

     

     

  • Pro domo.

 

 

 

Luray, juin 1940. Depuis plusieurs jours, des réfugiés qui ont tout quitté, qui sont affamés et épuisés ne cessent de passer. Enfants, femmes, hommes, animaux marchent vers Chartres. Tous fuient. L’aviation ennemie mitraille et bombarde, tue, détruit, désorganise, prépare l’arrivée des troupes allemandes. Des rumeurs circulent déjà selon lesquelles l’armée française aurait capitulé. Les communications téléphoniques sont coupées.  Madame Bourgeois, 83 ans, veuve, n’a plus que sa fille et sa maison. Pour combien de temps ? Quand les Allemands pénètrent par effraction chez elle, elle proteste énergiquement. Pour bien se faire comprendre, c’est en allemand qu’elle leur dit de rentrer chez eux : « Nach Hause ! » Les soldats n’aiment pas qu’on leur résiste. Ils sont loin des leurs. Non, ils ne sont pas près de rentrer à la maison. Ils la fusillent, dans son jardin, sous les yeux de sa fille qu’ils obligent à creuser la tombe de sa mère dont le cadavre est encore attaché à l’arbre. De son vivant, elle tenait à sa maison et voulait qu’ils rentrent chez eux. Elle sera enterrée à la maison.  A quelques kilomètres de là, le préfet Jean Moulin n’est pas dupe de la propagande nazie selon laquelle les soldats allemands apporteraient ordre et protection. Resté à Chartres pour organiser la survie de la population avec celles et ceux qui ne sont pas partis, il refuse de signer un protocole mensonger selon lequel des femmes et des enfants auraient été violés et tués par des tirailleurs sénégalais, soldats de l’armée française, ceux-là même qui, loin de chez eux et des leurs, défendent la maison France. Torturé durant des heures, Jean Moulin ne cède pas. Il résiste. Pour combien de temps ? Dans la nuit du 17 au 18 juin, il préfère se trancher la gorge. Souvenons-nous, 86 ans après, de ces actes de résistance à l’ignominie et de bravoure.

(Texte écrit le 8 août 2026, jour des 18 ans de Simorgh. Librement inspiré de Premier combat, témoignage poignant de Jean Moulin. Participation à un concours d'écriture proposé par la revue (Sur)Vivre, dont le thème était "à la maison.")

 

 

  • Quelles cloches !

 

 

 

Ding-dong ! Ding-dong !

 

Y a quelqu’chose qui cloche.

 

Ding-dong ! Ding-dong !

 

Aubin est sous cloche.

 

Plus de branle, plus de volée

 

Plus de baptêmes, plus de mariés.

 

Pauvres cloches ! Tout s’est arrêté.

 

Fondez la cloche : vendez du muguet, écrivez !

 

Le Bon Dieu lui-même en a besoin.

 

Oyez, oyez,

 

Sans vous apeurer :

 

Angélus, glas ou tocsin ?

 

Pique le bourdon, demain, c’est certain,

 

On va bien se la taper.

 

(4 août 2026, participation à un concours de poésie Cloches et clochers, collégiale de Saint-Aubin, dans le Maine-Anjou, Gohier Saint-Sulpice: il s'agissait d'écrire un poème de 150 mots maximum sur le thème de la cloche quel que soit le sens qu'ait le mot)

 

 

 

  • SAUVER ET PERIR : MEMENTO MORI.
« Embarquement immédiat ! Un seul mot autorisé à bord par personne. »
Le passeur m’en proposa trois : « Choisissez celui que vous emmènerez et sauverez, parmi ces trois-là :  nourrir, rire, mourir. » Je pris nourrir. A l’arrivée, pour sauver le mot, je dus justifier mon choix : « Je ne vais pas périr seul, alors j’ai sauvé celui qui en contenait trois. »
(Participation au concours organisé par Les mots du globe, août 2026)